Un an après le 22 février, retour sur la semaine de résistances

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour

Justice coup de poing, justice au point mort

Communiqué du collectif du 22

La justice oppose depuis un an une inertie pesante aux plaintes de trois Nantais mutilés par des tirs policiers de LBD, les redoutables lanceurs de balles de défense.

Collectif du 22

Pendant une semaine, du 16 au 22 février, nous avons débattu tous les soirs, dans des salles pleines à craquer, des politiques d’État envers les migrants, les prisonniers, de la stratégie de la peur, des contrôles au faciès, de l'armement de la police, de la répression en Espagne. Nous avons partagé des repas préparés ensemble, écouté des comédiens lire des textes poétiques. Nous avons débattu avec les blessés par la police, militants, supporters de foot, habitants des quartiers populaires.

Le samedi 21 février, la police a d'abord laissé la manifestation, menée par l'assemblé des blessés, emprunter les artères du centre ville de Nantes, mais dans un deuxième temps (devant l'hôpital et après), elle s'est déchaînée en utilisant matraques et LBD (13 tirs selon l'autorité policière) contre des manifestants, ciblant au passage les journalistes et un secouriste, clairement identifié par son uniforme, plaqué au sol à l'intérieur du CHU, et dont le matériel a été détruit par une équipe de la BAC qui a proféré des menaces de mort à son encontre.

Les blessés lors de cette manifestation sont invités à se faire connaître ici : assemblee.des.blesses@gmail.com

La justice, expéditive, a condamné très sévèrement des manifestants, à des peines de prison ferme pour jet de fumigène, et des interdictions de territoire, sur lesquelles nous interrogerons le Ministère de la justice.

Des condamnations prononcées alors qu'il n'y a pas de victimes déclarées, juste un étonnant « préjudice moral » attribué à des policiers qui récoltent des centaines d'euros, à titre personnel.

En revanche, la justice oppose depuis un an une inertie pesante aux plaintes des trois Nantais* mutilés par des tirs policiers de LBD, les redoutables lanceurs de balles de défense. Depuis le 22 février 2014, leurs plaintes sont au point mort. La justice hésiterait-elle à désavouer la police qui lui fournit au quotidien les procédures et procès verbaux ? Est-ce un prélude à une décision d'impunité de l'institution policière responsable de ces mutilations volontaires ?

L'assemblée d'organisation de la semaine des résistances aux violences d’État tient à rappeler que ni cet immobilisme judiciaire, ni cette répression féroce n'entameront sa résistance.

Collectif du 22 février

* Quentin Torselli, Damien Tessier, Emmanuel Derrien

Photo : Evan Forget

Photo : Evan Forget

Communiqué de l'assemblée des blessés par la police

- La manifestation de ce samedi 21 février à Nantes contre les violences policières, sociales et économiques ainsi que la semaine de résistances qui l'a précédé sont des réussites. Bien qu'un important dispositif policier quadrillait la ville, ce sont plus de 3000 personnes qui ont défilé dans des rues qui avaient été interdites lors des précédentes manifestations et l'année dernière.

- Des manifestations ont aussi eu lieu à Toulouse, Le Havre, Calais, Montreuil, etc. A chaque fois, les manifestants ont fait face à d'importants dispositifs policiers. A Montreuil, les manifestants ont été encerclé, bloqués pendant des heures et finalement fouillés.

- Faut-il le répéter, ce ne sont pas les manifestants mais la police qui détermine le niveau de violence d'une manifestation. Il est normal que la colère s'exprime alors que les morts et les mutilations causées par les forces de l'ordre se multiplient. Il est normal que la colère s'exprime quand nous subissons au quotidien la violence de l'économie, la dépossession des territoires où nous vivons.

- Alors même que nous avons été des milliers à défiler contre les violences d'Etat, la police a encore tiré sur la foule à hauteur de tête avec des Lanceurs de Balles de Défense. Dans la capitale des mutilations policières, les forces de l'ordre continuent de blesser en toute impunité, y compris en s'attaquant délibérément aux journalistes chargés de couvrir la manifestation.

- A ces violences s'ajoute une justice implacable qui distribue des peines expéditives et disproportionnées aux manifestants jugés. Un prévenu, blessé par un tir policier, a été condamné en comparution immédiate le 23 février. En plus d'une peine de prison il devra payer une amende aux policiers qui lui ont tiré dessus. D'un côté la justice frappe ceux qui luttent, de l'autre elle blanchi les policiers violents.

Nous continuerons de nous organiser pour que ces violences cessent.

02/03/2015 - Analyse de la semaine de résistance à Nantes (Doc du réel)

"Les grands médias n'ont insisté que sur la violence des manifestants lors de la mobilisation du 21 février 2015 à Nantes et Toulouse, DOC du réel, présent ce jour-là à Nantes, donne la parole aux manifestants".

Docs du Réel

22/02/2015 - "Manif en soutien à toutes les Zad et contre les violences policières" (Tanaris News)
21/02/2015 - Police et droits à l'image

"Les policiers ne bénéficient pas de protections particulières en matière de droit à l'image"

Direction Générale de la Police Nationale

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18/02/2015 - Semaine des résistances : Mise au point à l'adresse des médias

Réuni-e-s en assemblées ouvertes de préparation depuis plusieurs semaines, nous appelons à une semaine de résistances à Nantes du 16 au 22 février prochain, un an après la grande manifestation du 22 février dernier.

La grande mobilisation de 2014 constitue d'une part un cap dans la mobilisation, d'autre part une nouvelle étape dans la militarisation policière : 3 manifestants avaient perdu un œil, des dizaines d'autres avaient été blessés. Il était impensable pour beaucoup d'entre nous de laisser passer cette date. La semaine de résistance sera l'occasion d'aborder des questions aussi diverses que les violences policières, les pratiques de résistances, les politiques sécuritaires et racistes.

En conséquence :

- Nous refusons que la semaine de résistances soit réduite à la seule manifestation du samedi 21 février. Si ce défilé constitue le point d'orgue de la semaine, des débats de fond se dérouleront tout au long de la semaine à Nantes, un concert aura lieu le samedi soir.

- Nous refusons l'étiquette systématique et impropre de « ZADiste » que les médias accolent systématiquement à toutes les luttes qui se jouent à Nantes. Si nous sommes solidaires du mouvement en cours contre l'aéroport et son monde, nous n'acceptons pas que cette étiquette soit utilisée en permanence pour (dis)qualifier les résistances ici comme ailleurs. De Nantes ou d'ailleurs, militant-e-s ou pas, nos identités sont diverses.

- Nous nous étonnons du lien scandaleux que l'élu François de Rugy se permet de faire entre les attentats terroristes et l'organisation de cette semaine de résistances qui sera large, populaire et festive. Les élus écologistes – qui ne se sont pas mobilisés suite aux graves violences policières de ces derniers mois – justifieraient-t-ils désormais l'interdiction de manifester au nom d'un présumé antiterrorisme ?

Enfin, contrairement à ce qui est dit dans le reportage de France 3 en date du 20 janvier, la page facebook « Nantes Révoltée » n'est en aucun cas à l'origine de l'évènement, elle n'a fait que relayer ce qui avait été déjà diffusé par l'Assemblée de préparation, tout comme l'a fait le site de la ZAD entres autres.

Nous nous tenons à votre disposition pour de plus amples précisions.

Des organisatrices/organisateurs.

14/02/2015 - Programme du 16 au 22 février

Le 22 février 2014, en marge d’une manif contre l’aéroport, des violences éclataient. Réflexions toute la semaine. Un collectif qui s’est nommé « du 22 février » organise, à Nantes, une Semaine de résistance pour réfléchir à ce qui s’est passé, sur fond de dénonciation « des violences policières, sociales et économiques ».

Lundi 16 février à 19h - Lectures poétiques et historiques autour des répressions et des résistances. > Café La Perle 8 rue du Port-au-Vin

Mardi 17 février à 19h- Débat sur le thème « Migrants, exilés et réfugiés, quel accueil en France ? » Avec l’auteur et traducteur Olivier Favier. > Salle de Doulon 12 rue du Portereau

Mercredi 18 février à 19h - Débat sur le thème « La politique de la peur », avec le journaliste et écrivain Serge Quadruppani et le collectif Stop contre le contrôle au faciès. > Pol’N 11 rue des Olivettes

Jeudi 19 février à 19h - Débat sur le thème « Violence d’État et industrie des armes ». > Chat Noir, 13, allée Duguay-Trouin

Vendredi 20 février à 19h - Débat sur le thème « Prison et justice », avec un syndicaliste espagnol et le Genepi. Introduction : violence, langage et démocratie. > Café Le Havre, rue de l’Hermitage

Samedi 21 février à 12h - Pique-nique. > Square Daviais. À 14h Manifestation. > Square Daviais. À 18h Débat « Et après ? » suivi de concerts. Apéro et restauration. > Dahu, 26, boulevard de Chantenay

Dimanche 22 février à 14h - Assemblée collective, discussions en présence de collectifs de blessés. > B17, au 17, rue Paul-Bellamy

Répressions, abus, humiliations, on n'oublie pas !

Violences policières, sociales, économiques : Quelles résistances ?

Appel

Nous sommes tes voisin-e-s, tes collègues, tes ami-e-s.
Nous sommes de celles et ceux qui luttent contre les violences policières.
Nous sommes de celles et ceux qui résistent au saccage de la nature.
Nous sommes de celles et ceux qui refusent le racisme d'État, les contrôles au faciès, le harcèlement policier.
Nous sommes de celles et ceux qui subissent les politiques néolibérales.
Nous sommes de celles et ceux qui n'attendent pas les élections pour agir.

Le 22 février 2014, 50 000 personnes se rassemblent à Nantes contre l'aéroport et son monde. La manifestation, dynamique et populaire, est bloquée par des grilles anti-émeute et fait face à une répression féroce. Parmi les dizaines de blessé-e-s, au moins 3 personnes perdent l'usage d'un œil suite à des tirs de flashball. Nantes devient la capitale des mutilations policières.

Dans les mois qui suivent, plusieurs dizaines de personnes sont inquiétées par la justice du fait de leur participation à la manifestation. Pour la plupart d'entre elles, des rafles au petit matin mènent à des procédures expéditives, qui se soldent par de sévères condamnations – jusqu'à 18 mois de prison ferme. Le message est clair : celles et ceux qui résistent s'exposent à être blessé-e-s ou incarcéré-e-s.

Dans la nuit du 26 octobre, la gendarmerie tue un manifestant de 21 ans lors d'un rassemblement contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. Pendant plusieurs semaines, un mouvement de solidarité se répand dans toute la France. A Nantes, Rennes, Toulouse et ailleurs, des manifestations réunissant plusieurs milliers de personnes sont interdites de fait par les préfectures qui militarisent les centres villes avec des centaines de policiers armés. Plusieurs personnes sont blessées, d'autres condamnées.

Ces stratégies policières ont précédemment été expérimentées à grande échelle lors des révoltes dans les quartiers, notamment à Villiers-le-Bel en 2007, inaugurant l'utilisation d'hélicoptères, de nouvelles armes policières et le quadrillage militaire du territoire. Les mouvements de résistances sont multiples et divers : ici une occupation de sans-papiers, là-bas des cabanes dans une forêt, ailleurs une confrontation avec la police.

Ce mouvement est l'occasion de rappeler que chaque année, des dizaines de personnes sont tuées ou blessées par la police, essentiellement dans les quartiers populaires, ou dans les luttes. Plus de 40 personnes ont perdu un oeil ces dernières années, touchées par des tirs policiers. Malgré la répression, les mois qui viennent de s'écouler montrent nos capacités à construire des solidarités, à nous organiser, que ce soit sur les ZAD ou au cœur des métropoles. Il ne tient qu'à nous de renforcer ces dynamiques, ici comme ailleurs.

A l'aube de l'année 2015, une série d'attentats préfigure un renforcement considérable des dispositifs sécuritaires. Nous refusons que le choc suscité par ce drame serve à alimenter l'islamophobie et à renforcer l'impunité des forces de l'ordre. Les gouvernants qui défilent pour la liberté d'expression sont les mêmes qui font la chasse aux migrants et les enferment dans les Centres de Rétention Administrative.

Un an après la démonstration de force et de solidarité du 22 février, alors que le gouvernement rappelle sa volonté de construire l'aéroport et d'expulser les opposant-e-s, retrouvons-nous à Nantes pour affirmer notre solidarité avec les ZAD et notre refus des violences d'État, qu'elles soient économiques, sociales ou policières.

Contre le bétonnage du bocage et la militarisation de nos villes, occupons la rue. Tou-te-s concerné-e-s, tou-te-s solidaires : rencontrons-nous, organisons-nous, luttons unis dans notre diversité.

Source : [NANTES] 22 février : un an après, semaine de résistances

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