La connivence politico-médiatique. Albert Du Roy. 2003

 

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La connivence politico-médiatique. Albert Du Roy - 2003

 

Certaines particularités dommageables du journalisme français en matière politique sont connues de longue date. Elles ne sont d'ailleurs pas toutes propres au traitement de ce secteur d'actualité. La couverture de tout domaine d'activité implique la fréquentation assidue de ses acteurs.

Des liens personnels se tissent ; des sympathies se forgent. Le manque de distanciation entraîne au mieux une forme de myopie ; au pis, une connivence ; parfois une complicité. Ce travers est plus accentué qu'ailleurs dans le champ politique. Par obligation, hommes et femmes politiques savent séduire. Les journalistes ne sont pas insensibles à cette séduction, d'autant que leur recrutement n'échappe pas à l'endogamie.

Il y a une évidente consanguinité entre les politiques et ceux qui sont chargés de les observer. Ils sont fréquemment issus des mêmes milieux, et souvent des mêmes écoles. Ils partagent la même culture, les mêmes codes, les mêmes références. Par goût autant que par obligation, ils fréquentent les mêmes lieux.

Souvent, hors des studios, ils se tutoient. Il peut même arriver que certains journalistes imaginent influencer le cours des événements et rêvent de jouer les éminences grises, passant alors de l'autre côté du miroir...

Les effets pervers de cette grande proximité sont accrus par une tradition de déférence à l'égard de tous ceux qui occupent une fonction publique. Cette déférence a imprégné la société : l'expérience montre, à la télévision notamment, qu'un questionnement pointu, insistant, est considéré comme agressif, et se retourne contre « l'agresseur », blâmé non sur le fond mais sur la forme.

La société républicaine est monarchique dans son comportement : le roi doit être respecté, les roitelets aussi.