Le mémorial de l'abolition de l'esclavage en question

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour

04/02/2014 - Et si le mémorial de l'abolition de l'esclavage n'était pas encore terminé ?

Le Mémorial de Nantes gagnerait à parfaire son exposition (...) avec l'évocation de la codification de la traite et de l'esclavage par le pouvoir royal (...) pour rendre compte de toute la dimension du crime qui fut perpétué . Le geste serait d’une belle grandeur.

Christiane Taubira. Mars 2014

Emmené par l'avocate et historienne colombienne Rosa Amelia Plumelle-Uribe, l'historien Louis Sala-Molins et le militant nantais Peter Lema, un collectif citoyen a pris l’initiative d’interpeler le Maire de Nantes pour que le Mémorial de l’abolition de l’esclavage érigé dans cette ville, autrefois premier port négrier de France, rappelle ce dont il ne souffle mot : la légalisation par Versailles de la Traite et de l’esclavage des Noirs.

Inauguration du Mémorial de l'abolition de l'esclavage en 2012. Photo : Yves Monteil

Inauguration du Mémorial de l'abolition de l'esclavage en 2012. Photo : Yves Monteil

Extrait de l'appel du collectif citoyen

Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage érigé à Nantes en 2012 sur un quai de la Loire comporte un circuit souterrain éclairé par une série de panneaux translucides ornés de divers textes (décrets d’abolition de l’esclavage, témoignages d’esclaves, condamnations littéraires ou politiques de cette pratique criminelle etc.), particulièrement choisis pour que le visiteur sache et s’émeuve.

Volonté politique ou négligence des concepteurs ? Pas un mot, pas une syllabe ni sur les panneaux du circuit ni dans l’ensemble du monument pour rappeler les débuts historiques du chapitre français de la traite négrière, dont le Mémorial célèbre la fin.

Nous demandons aujourd’hui que sur les premiers panneaux du circuit souterrain, jusqu’ici vierges de toute inscription, figurent des articles particulièrement significatifs de l’Edit de 1685, connu sous le nom de « Code Noir », qui officialise pour l’Histoire et pour le Droit l’engagement solennel de la monarchie française dans ce « crime contre l’humanité » dont le Mémorial célèbre la fin.

L'appel dans son intégralité (pdf)

Je tiens à saluer ici celles et ceux qui se sont mobilisés pour le rétablissement de la vérité historique et je souhaite que, grâce à leurs volontés conjuguées, ce geste d’une belle grandeur se concrétise avant le 10 mai de cette année.

Christiane Taubira. Mars 2014

Lettre au maire de Nantes

Parce que Mémoire et Histoire l’exigent, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage doit raconter de façon nette et claire, sur les panneaux lumineux vides en début du circuit souterrain, son instauration.
Faute de quoi le récit en est faussé et la mission pédagogique dénaturée.
A moins que, mais nous ne voulons ni ne pouvons le croire, aucune « fonction » historique ou pédagogique n’ait été attribuée à ce monument.

Lettre du collectif au maire de Nantes. Janvier 2014

06/05/2014 - Lettre du cabinet de Christiane Taubira à l'historien Louis Sala-Molins

Lire la lettre

24/03/2014 - Lettre de Christiane Taubira à Jean-Marc Ayrault

Lire la lettre

Annexes

14/05/2014 - Le mémorial et le Code Noir

Marcel Zang, 2009 - Photo : Yves Monteil

Marcel Zang, 2009 - Photo : Yves Monteil

Il est une chose pire que l'horreur et la déshumanisation, c'est la codification et la légitimation de l’horreur et de la déshumanisation - le plus, l’acmé, le sommet. Et c'est du sommet d'une montagne qu'on peut aussi le mieux embrasser et considérer les pentes, les vallées, les ravins, les rivières de sang et les fosses à purin de l’abomination.

Marcel Zang

Il y a 25 ans l’historien Louis Sala-Molins exhumait le Code Noir qui, d’un point de vue juridique, a grandement contribué à la déshumanisation de l’homme noir. « La société européenne est celle qui, sur des fondements racistes, a légitimé la pratique de la traite négrière et de l’esclavage pendant plusieurs siècles », déclarait-il tout en regrettant aujourd’hui l’absence de toute référence au Code Noir (« le texte le plus monstrueux de la modernité ») dans le Mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes.

Il est une chose pire que l'horreur et la déshumanisation, c'est la codification et la légitimation de l’horreur et de la déshumanisation - le plus, l’acmé, le sommet. Et c'est du sommet d'une montagne qu'on peut aussi le mieux embrasser et considérer les pentes, les vallées, les ravins, les rivières de sang et les fosses à purin de l’abomination. Ne dit-on pas que "celui qui peut le plus peut le moins" ? Et, en l’occurrence, le plus par le Code Noir dit aussi le moins des diverses traites et esclavages. Voilà pourquoi le Code Noir et la "traite française" sont emblématiques de cette horreur et de cette déshumanisation; mieux que tout, le Code Noir témoigne de cette descente aux enfers des volontés humaines et étatiques, et en cela il a pleinement sa place dans un lieu de mémoire et de résistance face à l'abject, la monstruosité et l'aliénation.

Aussi, loin de limiter le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes à la « traite française » ou à la traite transatlantique, comme l’appréhende l’écrivaine Maryse Condé dans un récent entretien à Ouest-France, tout au contraire le Code noir, par la présence inouïe de son extrême langage, ferait lien et ouvrirait le Mémorial comme un fruit mûr et généreux dont la chair se répandrait en offrande aux consciences, au ciel et à la terre, tout comme le fait le clocher d’une église en son sommet, foyer de rayonnement et de convergence, centre des centres.

Marcel Zang

06/10/12 - L'historien Louis-Sala Molins à propos du mémorial

Nous sommes dans une optique de célébration du génie émancipateur français et pas du tout dans l'optique d'une mémoire sereine dans laquelle on ferait une place, non seulement à la France qui émancipe, mais aussi et surtout à la France qui légitime l'esclavage.

Louis Sala-Molins

Par Yves Monteil, Citizen Nantes

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Anonyme 09/05/2016 14:31

Comme si l'esclavage n'avait pas été pratiqué par les Africains entre eux... D'où sortaient les esclaves achetés sur les côtes par les négriers ? C'étaient des prisonniers des guerres tribales. (Ce qui n'enlève rien à l'horreur de la traite, mais remet un peu les pendules à l'heure: les Blancs ne sont pas les seuls responsables).

Lema 04/02/2014 14:02


C'est en gravant sur cette pierre des textes fondateurs de l'esclavage et d'autres données historiques que nous pourrons enfin rappeler à tous les visiteurs et aux générations présentes et
futures, qu'avant de poser un acte d'abolition, il y en eut au moins deux d'instauration, et avec eux, de légalisation d' un Crime contre l'humanité dont les conséquences perdurent encore
aujourd'hui dans les 3 continents concernés et dans le monde. P.L