"Une monnaie locale à Nantes, espoir et réalité…"

Publié le par CitiZen Nantes

Parité-or versus monnaie électronique et gratuite

La mairie de Nantes veut lancer une monnaie locale « sur le modèle de ce qui existe à Bâle (Suisse) ».  « L’objectif est de faire face à la crise de la liquidité », explique Jean-Marc Ayrault. Mais il n’y a pas de crise de « liquidité ». Le maire de Nantes ne peut ignorer qu’une pénurie monétaire est une fable inventée par les banquiers. Ce fut vrai autrefois du temps de la parité-or : pas de métal précieux, pas de monnaie, ralentissement du commerce, mais depuis le siècle dernier, tous les pays ont officiellement abandonné cette parité-or.

La monnaie est électronique à 95 %, des chiffres et des lettres créés sur ordinateur et conservés sur disque dur…sans aucune contrepartie en métal précieux ! Ce qui donne l’illusion de la cherté de l’argent (gratuit à sa création) c’est une taxe appelée intérêts bancaires, un privilège accordé aux banquiers par le pouvoir politique sous l’Ancien Régime en échange de prêts avantageux, permettant aux  monarques de rester sur leur trône. 1789 n’y a rien changé et les Républiques ont conservé ce système…C’est cette taxe privée, fixée arbitrairement, qui enrichit banquiers et financiers.

« On ne va pas battre monnaie » poursuit Jean-Marc Ayrault, et pourtant  le gouvernement issu du Conseil National de la Résistance, a eu le courage d’obliger la Banque de France à prêter gratuitement à l’Etat, ce fut les Trente Glorieuses. Avant même l’arrivée de l’informatique, la monnaie était déjà quasiment gratuite, papier et pièces de métal vulgaire. De 1945 à 1973, pas de chômage, pas de dette publique, et des services publics uniques au monde. La loi Giscard-Pompidou du 3 janvier 1973 a interdit ces prêts gratuits, l’Etat, étant contraint d’emprunter aux banques privées, la dette publique grossit, et avec elle le  chômage.

Des banquiers prédateurs

En faisant campagne pour le Traité Constitutionnel Européen qui a généralisé la loi de 1973 à toute l’Europe, qui a généralisé l’indépendance des banques centrales, les grands partis de droite et de gauche, parti socialiste en tête, se sont prononcés pour le contrôle de l’économie par les seuls banquiers privés. Toute production matériellement faisable, même utile aux populations, est conditionnée au seul bon vouloir des banquiers prédateurs. Pas de crédit, si les quantités de travail humain contenues dans la production finale ne sont pas suffisantes pour en tirer un profit bancaire.

Jean-Marc Ayrault décide de repeindre les murs d’une  maison qui brûle, une maison qui a été livrée à des banquiers incendiaires. Mais un coup de monnaie locale, tendance écolo (avec un plus pour le commerce de proximité), n’effacera jamais la situation dramatique provoquée par le refus des politiques d’obliger les banquiers à se comporter en citoyens.

En effet, cette monnaie locale ne saura tolérée qu’à la condition expresse de ne pas remettre fondamentalement en question le pillage de la planète par les banques. D’ailleurs, l’un des fondateurs de cette monnaie locale, à Bâle, l’économiste Isidore Wallimann, le reconnaît, sans les banques privées, pas de monnaie locale : « pour garder la confiance des utilisateurs [de cette monnaie] et garantir la liquidité, nous ne l’avons pas créé ex-nihilo mais l’avons adossée au Franc Suisse ». Ce qui signifie que les intérêts privés des banquiers continueront à imposer leur loi aux populations.

Un prix "hors taxe" qui ne dit pas son nom

Conséquence, chez les commerçants, en moyenne dans un prix « dit hors taxe », il y a encore pour 48 % de taxe jamais nommée... Cette taxe, ce sont les intérêts sur la monnaie accumulés par les entreprises endettées tout au long de la chaîne de production. Par effet boule de neige, ces dettes sont totalement répercutées dans les prix à la consommation et  finalement payées par le consommateur…Conséquence, presque la moitié d’un prix HT (même  payé en monnaie locale)  correspond à une taxe qui retourne dans la poche des banquiers. D’emblée, notre pouvoir d’achat est réduit de moitié…

Les banques n’autorisent que des productions avec valeur ajoutée par les producteurs afin de pouvoir tirer profit du travail de ces derniers. A l’opposé, les populations préféreraient  voir se réduire cette valeur ajoutée, dans l’agriculture comme dans l’industrie, afin que le temps ainsi économisé soit consacré aux  développement des services publics, aux loisirs et à l’organisation citoyenne de la cité.

Nous sommes devant un choix de société : ou, au nom du profit, on accepte sans broncher de travailler pour des taxes qui enrichissent une minorité, ou bien alors, au nom de la prospérité, on préfère travailler pour l’intérêt général. La prospérité  exige la généralisation d’une monnaie non prédatrice, libérée des intérêts privés.

Jean-Marc Ayrault, profitez de l’impact médiatique du lancement d’une monnaie locale qui n’est pas inintéressante en soi, pour  dire la vérité sur la monnaie, pour dire la vérité sur les banquiers.


Alain Vidal, Libérons La Monnaie

 

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>> Vidéo d'acteurs nantais sur la monnaie (locale)

>>"La garantie des liquidités", dessin d'humeur ou d'humour de PJ Kerio pour Citizen Nantes

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Publié dans Tribunes Libres

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gui 11/03/2012 17:19


Tout cela a l'air d'un meli melo de notions économiques pas bien claires.