« Développement des lieux collectifs de proximité »

Publié le par CitiZen Nantes

 L'atelier(1) visait à faire connaître les lieux collectifs de proximité à travers l’exemple de plusieurs associations de l’agglomération nantaise qui aujourd’hui fonctionnent en collectif : Takapres, Rapi, L’Îlot Familles, A l’Abord’âge, L’Equipage et Regart’s. 

En introduction aux échanges, le film réalisé par Figure-toi Production rend compte de leurs actions, à travers des moments de vie dans ces lieux de collectifs de proximité, de véritables bouffées d’oxygène où partage, convivialité et solidarité sont les maîtres-mots. Une des réalisatrices le raconte elle-même :  

« Durant le tournage il régnait une atmosphère particulière, une chaleur, une énergie »

18mn - Nantes Métropole.  figuretoiproductions

 

Le bénévolat a ses limites

En proie à des difficultés pour pérenniser leurs projets, les différentes interlocutrices reviennent sur la fragilité des emplois aidés, qui permettent de faire vivre les associations, mais seulement à trop court terme. Le besoin d’une évolution est indispensable en matière de création d’emploi dans le secteur associatif. Les associations présentes le savent : le modèle actuel n’est plus viable en termes d’économie, pour l’Etat, mais aussi pour elles. Que propose-t-on pour le moment ? L’Îlot Familles est actuellement en train de s’allier avec une entreprise. Un projet qui pour le moment garde une dimension expérimentale.

Il en ressort un autre constat fort : le bénévolat a ses limites. Générateur d’échanges, le lieu collectif de proximité accueille des gens qui viennent chercher une aide, un soutien, mais qui apportent aussi leur participation au projet. « Une reconnaissance est nécessaire, et ça doit se traduire par un emploi, un salaire. Malheureusement, ce n’est pas possible. »

Intervenant lors de l’atelier, Laurent Fraisse, chercheur en socio-économie et spécialiste de l’économie sociale et solidaire, revient sur ce mouvement des femmes et leur difficulté à se rendre visible.

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« L’introduction dans l’espace public n’est pas dans la résistance, dans la contestation, mais davantage dans la volonté forte de construire ensemble. »

Il met en avant la nécessité d’aller vers une politique du "CARE" ("prendre soin de", pensée sociale issue du féminisme américain), et ainsi revaloriser et aider les initiatives qui luttent contre l’exclusion, la précarité. Pour l’instant, le collectif est encore en construction. Prochaine étape : une étude sur les lieux collectifs de proximité qui permettra d’analyser leurs freins, leurs limites et leurs atouts et une restitution des résultats où seront invités de nombreux élus pour réfléchir ensemble. Après de nombreux échanges entre les structures présentes mais aussi des acteurs des politiques publiques présents, c’est Marï-Am Sao de l’association Tak’Apres qui clame en guise de conclusion : « Les femmes sont une chance pour nos territoires. »

(1) Présenté par Sandrine Richardeau  (Agence Radar) et Gwenn Yvin (Animation Rurale 44)

Maëlle Le Corre. Photo : "Chez Nous" - Yves Monteil

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3 questions à Gwenn Yvin, coordinatrice du collectif

D’où est partie l’idée de créer ce réseau d’associations ?

Je suis accompagnatrice dans une fédération d’associations et Sandrine Richardeau reçoit des porteurs de projets de Nantes Métropole. De mon côté, j’étais en difficulté pour les aider dans le montage budgétaire et elle, c’était un peu la même situation sur la question de la précarité des emplois. On s’est donc dit que l’idée était peut-être de se rassembler pour voir ce qui allait se passer. On a donc pris des associations qui étaient assez différentes pour voir si la mayonnaise prenait et aujourd’hui ça fait un an que nous nous rencontrons régulièrement.

Malgré les différences de projets, de publics, de quartiers couverts ?

Pour l’instant ça fonctionne bien. Je pense que plus on va avancer, plus il y aura de l’affinage. L’intérêt, c’est qu’on n’est pas dans quelque chose de trop fermé, ça correspond avant tout à des envies, à des initiatives collectives. Après on pourrait mettre en place des thématiques plus précises sur la parentalité, le développement social… mais pour le moment, toutes les associations marchent ensemble en attendant de voir comment elles se définiront sur du long terme.

Ces différents lieux de proximité collectifs sont souvent portés par des femmes, s’adressent en grande partie aux femmes, comment expliquez-vous cette prise en main ? Pourquoi l’isolement les touche davantage, aujourd’hui ?

Je pense que c’est une question de visibilité. Les femmes des quartiers, les femmes qui vivent en périphérie, elles ne sont pas visibles. A un moment donné, si elles ont envie de sortir de chez elles, si elles ont envie de pouvoir faire des choses, il faut qu’elles se bougent, qu’elles se mettent ensemble pour le faire. Je pense que c’est de là que vient cette force-là, cette force féminine. Elle n’émerge pas forcément dans l’adversité, mais c’est une manière de dire qu’elles ont des choses à défendre.

Elles ne vivent pas forcément la même chose que les hommes, et en conséquence elles se demandent « Qu’est-ce qu’on peut faire nous, pour se valoriser, pour sortir et prendre les choses en main ? » Au final, elles reprennent en main l’espace public.

Maëlle Le Corre

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