Quand l'inutilité d'un tir de Flashball conduit à la perte d'un oeil

Publié le par CitiZen Nantes

Par Yves Monteil

Mise à jour

Mais qu'est-il bien arrivé à Quentin Torselli lors de la manifestation anti-aéroport du 22 février 2014, aux alentours de 18h25 pour ainsi perdre l'usage d'un oeil ?

Quentin Torselli qui reculait, inoffensif, place de la petite hollande vient d'être touché en plein dans l'oeil par un tir de LBD40. Photo : Yves Monteil

Quentin Torselli qui reculait, inoffensif, place de la petite hollande vient d'être touché en plein dans l'oeil par un tir de LBD40. Photo : Yves Monteil

Et que dire de la manière douteuse dont les CRS ont apprécié son évacuation par des manifestants ? Pourquoi harceler un groupe qui protège un homme au sol, gravement blessé ? La vidéo et le texte ci-dessous reviennent sur le contexte qui entoure ce tir inutile aux conséquences graves.

Vidéo, Quentin Torselli victime d'un tir de LBD40

Nantes, 22/02/2014 - Par Yves Monteil, Citizen Nantes

Récit

Rappelons que les affrontements les plus violents ont eu lieu plus tôt dans la journée à l'entrée du Cour des 50 otages et qu'à notre connaissance aucune utilisation de Flash-ball n'a été faite à ce moment-là.

En mars 2012, la dispersion de la manifestation anti-aéroport avait été courte. Les unités mobiles avaient facilement écumé les derniers récalcitrants du Cour des 50 otages qui était resté ouvert.

Contrairement à ce 22 février où les forces de l'ordre s'invitent tôt dans une manifestation avortée à cause d'un effet d'embouteillage dû à la taille trop courte du parcours, imposé par la Préfecture.

Une dispersion interminable

Cela fait des heures que depuis le boulevard Phillippot, devant le CHU, des CRS accompagnés d'unités mobiles avancent face à des manifestants majoritairement pacifistes et des "jeteurs" hétéroclites qui, sporadiquement, les harcèlent.

Par vaguelettes successives, les CRS et les unités mobiles, paradoxalement fixes ce jour-là, n'en finissent pas de repousser les manifestants jusqu'à la Place de la Petite Hollande. Après 18 heures on ne retrouve plus ou peu d'"autonomes" mais majoritairement des lanceurs de pierres d'un jour ou des "jeteurs" extérieurs à la manifestation. A leur niveau ou en retrait, des manifestants dont Quentin Torselli fait partie, qui observent et petit à petit quittent la place. Et aussi des badauds.

Une éclatante disproportion

Il semblerait que quelques policiers se prennent pour des cow-boys des temps modernes. Ces "écumeurs de manifs" issus de toutes les strates de la police ont-ils été frustrés de ne pas pouvoir trop sortir des rangs ce jour-là pour avoir la détente aussi facile, à distance ? Comment expliquer autrement ces tirs inutiles qui transforment une arme défensive en une arme offensive et mutilante ?

Au moment où Quentin est touché, le container-poubelle du début de la place de la Petite Hollande est en feu. Sur la grande largeur qui va du quai de la fosse à l'allée de l'île Gloriette, les rangs sont assez clairsemés du côté manifestants. Ici et là des invectives, des doigts d'honneur, quelques jets de pierre.

Quentin est transporté quelques secondes après le tir. Nantes 22/02/2014

Quentin est transporté quelques secondes après le tir. Nantes 22/02/2014

Comme on le voit sur la vidéo, Quentin est isolé au moment du tir. Il ne représente aucun danger dans ce temps qui semble suspendu. Alors pourquoi le viser et si mal ? Car ce tir touche bien la zone interdite qu'est le visage. Quand on sait que le Lanceur de Balles de Défense (LBD) est censé être précis grâce à un système de visée efficace (Eotech), on s'interroge sur les intentions du tireur ?

Quelle est donc cette fâcheuse et sale habitude qu'ont des fonctionnaires de police de tirer alors que rien ou presque ne se passe ? Pierre Douillard, derrière les grilles du rectorat de Nantes en 2007, ne représentait pas non plus de danger. Pas plus que moi-même avec ce tir reçu au thorax le même jour que Quentin ou que de nombreux autres cas à travers la France.

Une "responsabilité sans faute"

Nombreux sont ceux qui dénoncent l'usage du Lanceur De Balles (LBD) et du Flashball, qui n'a de "Super Pro" que le nom car imprécis, pour maintenir l'ordre. Ces armes sont en effet un réel danger quand elles tombent dans les mains de fonctionnaires zélés qui outrepassent leurs droits.

Le Défenseur des droits a beau s'agiter depuis des années, les ministres de l'intérieur successifs font l'impasse sur le sujet. Suite à des plaintes, la police s'en est jusqu'ici toujours tirée au tribunal pénal. Mais pour la première fois, fin 2013, la "responsabilité sans faute" (!) de l'Etat a été reconnue par le tribunal administratif de Paris suite à une plainte déposée par Clément Alexandre.

Trop nombreux sont les yeux qui s'éteignent par la faute de l'instinct militaire qui animent certains policiers. Armés, certains jouissent de viser le manifestant désarmé et pacifiste pour l'atteindre (sciemment ?) au visage avec la bénédiction de la hiérarchie. La hiérarchie, la belle affaire.

Yves Monteil

Compléments

09/04/2014 - Manif anti-aéroport : 3 blessés graves (Ouest-France)

09/04/2014 - Les blessés attaquent la police (Presse Océan)

05/02/2014 - Le nouvel aéroport coûte les yeux de la tête (Le Canard Enchaîné)

Commenter cet article

Thierry Kruger 04/04/2014 17:18


FLASH INFO : J'ai recueillis le témoignage d'un certain Adrien,
il y a quelque jours, disant que le mec qui a voulu relever la veille dame jetée à terre par les CRS et qui s'est fait presque piétiner, s'est fait tabasser !!! Une vidéo la montrait avec ses
cabas, de dos, entre les CRS et les clowns activistes. En fait elle les gourmandait sévèrement : "Je suis fille de CRS, c'est une honte !". Plus grave, quand il a fallu évacuer ce blessé au CHU
tout près, les CRS ont interdit de porter le blessé aux urgences, ce qui constitue un délit de non assistance à personne en danger ou de mise en danger de la vie d'autrui ...

juchault 05/06/2016 13:49

Il faut interdire les ldb 40, il serait bien aussi d interdire les CRS
Vive la democratie (la vraie démocratie)