Qu'est-ce qu'un anarchiste aujourd'hui ?...

Publié le par CitiZen Nantes

Qu'est qu'un anarchiste aujourd'hui ?...

En pensant à Léo Ferré et à l'autonome qui le frappa à Nice, en 1974, en criant "Vous êtes dans le Système !", en pensant à cette jeunette de dix-huit berges à Notre Dame Des Landes qui me gifla - je n'ai pas bronché - quand je lui demandais "Quelle Société se construit ici ?" et à un de ses camarades, guère plus âgé, qui lança un "A bas la Société !".

J'aurais voulu leur dire, à ces Désespérés, qu'une société se constitue d'Humains acceptant de vivre ensemble, selon un Contrat, écrit ou oral ou tacite. Qu'en luttant contre l'Autre Société ils devraient être aimants les uns les autres, entre eux, et ne pas reproduire les peurs, les absences, les ignorances de 'la' Société... Un copain anar avait rencontré Léo Ferré à Nantes à la fin des années 1980. C'était qu'un gars tout simple. Les jeunes autour de lui, dans un rade, étaient éblouis de voir qu'il n'était qu'un gars comme eux, juste plus vieux ...

L'anarchiste pourrait être quelqu'un dont les actes, plus encore que les paroles plaident pour lui, où les paroles mêmes se veulent opératoires, par la démystification de TOUT ce qui nous oppresse. L'anarchiste devrait nommer l'Ennemi mais, seulement après l'avoir vaincu ou absorbé en lui. Avant de voir un flic agir en flic il doit voir d'abord un Homme, casqué, botté, serviteur d'un Ordre. Il doit voir TOUT les serviteurs et ne jamais oublier QUI donne les ordres, QUI commande ceci ou cela. Car il faut nommer le VRAI CHEF opérateur. Ensuite, et seulement, il pourra répondre et "fighter" face au 'flic'...

Quand un anarchiste dirait "passe moi une clope" cela charrierait autant d'humanité qu'un "je suis un chien", dixit la fin d'un morceau de Léo Ferré (1). Dans l'amour libre, le végétarisme à table, l'autogestion ouvrière ou syndicale, dans les culs de basse fosse des bagnes ou du peloton d'exécution, toujours il serait égal à lui-même : par refus de demeurer socialement sous-homme, il serait une des voies qui poussent à son acmé l'Humaine condition.

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Il n'y aurait pas de hiérarchie en lui ; que celle de la pudeur, de l'attention, de l'écoute. Il résisterait au 'bien' qu'il fait et se fait pour se dégager des contraintes, en ne se soumettant pas à lui-même, mais à ce qui le relie aux autres eux-mêmes. Il n'est qu'individu pleinement conscient d'être Humain parmi d'autres Individus, qui vont parmi l'immense troupeau aliéné des Siècles. Dans la Masse ils apprennent à se reconnaître, se retrouver, constituer une force. Mais en même temps il sait le rapport de force défavorable et qu'il faut user mieux que de la Force. Le but de l'Etat 'flic' est de l'obliger à user de la force, de la brutalité et le faire tomber dans "un piège à cons", dixit l'un des anar du film "Nada" de Claude Chabrol (3). En même temps, il doit résister à l'envie de ne rester qu'avec ses frères et soeurs en Anarchie. Ill doit aussi être au Monde.

Il pourra comploter des coups pour dénoncer tel complot d'Etat souvent fumeux et pourra manquer l'oppression au pas de sa porte, en son coeur. Il doit savoir avec qui, comment, pourquoi il agit ainsi, ce qui le pousse vraiment. Il n'a même pas besoin d'un drapeau noir, de lire ou relire Bakounine avec assiduité, de se forger dans la Haine pure comme le cristal mais bien de se protéger de la Haine de certains rouages élémentaires du "Système". Il doit savoir aussi que la Haine est un système en Politique et l'anarchisme n'est pas une politique parmi d'autres ; c'est une manière de vivre et d'agir afin de s'émanciper et de diffuser l'art et la manière de s'émanciper.

Il doit savoir encore que toute 'catégorie' concernant l'Humain est intrinsèquement fausse, par exemple que "les jeunes", "les femmes", "les exploités", "les bourgeois" ne sont pas et n'ont jamais été des blocs monolithiques mais ne sont, au vrai, que fantasmatique. Ainsi il ne sera pas, au contraire des marxistes radicaux, ceussent qui ont totalement évacué l'Anarchie, un élément d'une quelconque "avant-garde" du "prolétariat". Il est en avant de ses désirs, de son futur, il va plus vite que le futur, c'est ici et maintenant. Il est au devant de son ombre d'Homme aliéné et lui tourne le dos.

Il doit donc prendre pour ce qu'il est chaque individu et estimer son degré d'aliénation pour une réponse appropriée et se méfier des catégories.

Il doit être maître de lui-même en paraissant capable d'exploser à tout moment, il doit se libérer de son ego pour accueillir ceux des autres avec une bienveillance rageuse. L'anarchie est un oxymore, elle est la Raison qui doit paraître déraison, en face la "raison" d'Etat qui n'est, elle, qu'en chemin vers la pure folie.

Mon anarchisme n'a commencé à être visible qu'au jour de mes 18 ans, qu'avec un seul mot, répété deux fois à deux personnes en cinq minures de temps : "merde !". En clair on lâche la branche et l'on cesse d'être le singe de soi-même pour habiter sa singerie et se dire qu'on est Homme, de la tête au cul, de la naissance à la mort et qu'on entend, désormais et si ce n'était pas le cas, être traité en Etre Humain à chaque moment de sa vie. Sans quoi on fera le singe, mais mieux que ceux qui croient agir en Homme pour notre "bien" etc.

NOTA : Ceci est une opinion et non un fait, ou plutôt un fait dont je suis désirant et donc, je puis me fourvoyer en croyant bien dire. Et puis, cette question n'a pas de réponse unique. Faites vous la votre. Bonne journée !

Thierry Kruger. Nantes 01/12/12

(1) Léo Ferré : "Je suis un chien"

(2) Visuel extrait de l'affiche "L'Anarchie, pour un autre futur ici et mantenant!"
(3) Extrait de "Nada" de Claude Chabrol

Publié dans Tribunes Libres

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