Pourquoi je n’irai pas à l’Alternatiba Nantes

Publié le par CitiZen Nantes

Pourquoi je n’irai pas à l’Alternatiba Nantes - Par l'Ecolo-libertaire 05/08/2014

Depuis quelques mois, plusieurs associations nantaises se sont réunies dans l’optique d’organiser fin septembre un village des alternatives sous l’étiquette "Alternatiba". Les groupes porteurs d’alternatives sont invités à se mobiliser sur ce temps afin de présenter leurs initiatives sur l’espace public et de les faire connaître du plus grand nombre. La version nantaise qui se prépare se tiendra sur la place du Bouffay. Ça fait beaucoup de bruit dans le milieu associatif du Pays Nantais. Plusieurs groupes dans lesquels je milite ont reçu une invitation. Après quelques recherches et plusieurs discussions, j’ai pris la décision de ne pas y participer et je m’en vais vous expliquer pourquoi. Mais d’abord, c’est quoi Alternatiba?

Il s’agit en fait d’une formule propulsée par l’association basque Bizi. L’idée est de promouvoir la transition écologique depuis des collectifs citoyens locaux auprès d’un public peu ou prou sensibilisé à cette question. Les Villages des Alternatives se veulent être des tribunes pour la diffusion de pratiques soutenables et des moments de convergence entre les initiatives existantes. Les assos locales de plusieurs villes de France qui se sentent proches des idées promues par Bizi se sont emparées de ce concept. L’association basque travaille principalement sous un angle réformiste. J’entends par là que leur activité consiste principalement à faire bouger les lignes des éluEs sur les questions écologiques. À Nantes, la version qui se prépare a un goût particulièrement amer. Car à l’aspect réformiste de l’initiative, qui n’était déjà pas pour me convenir, s’ajoute une organisation totalement ouverte à la récupération politique par les pouvoirs locaux. Or, proximité de la ZAD de Notre Dame Des Landes oblige, Nantes est ébranlée par un rapport de force omniprésent entre les volontés populaires et celles des Institutions et de leurs représentantEs.

Le terrain, ou plutôt le terreau qui est le nôtre, met au grand jour les pratiques des collectivités locales et des institutions en terme de manipulation de l’opinion publique et de répression des mouvements sociaux. Le cas nantais est aussi un excellent révélateur de la gestion du bien commun et esquisse parfaitement les logiques économiques en vigueur. Nantes ne fait évidemment pas figure d’exception, mais le théâtre d’action que l’on connait ici porte la lumière sur les rouages de la machine à laquelle on se retrouve confrontéEs dans nos résistances aux quatre coins du globe.

Bienvenue à Nantes, la ville aux mille-et-un artifices, où "démocratie participative", greenwashing, ESSwashing et artwashing font loi. On bétonnera une zone humide préservée pour construire un aéroport Haute Qualité Environnementale. Il est possible d’améliorer l’équipement existant, mais il est bien plus rentable de détruire des terres qui devrait nourrir les habitantEs… On expulse des personnes sous prétexte qu’elles squattent des bâtiments vides et on déroule un tapis de béton, de goudron et d’immeubles aux loyers prohibitifs sur des terres cultivables… Puis en parallèle, on crée Le Voyage à Nantes avec pour partenaires Vinci mais aussi Total ou ERDF. Et pour se faire de la thune et leur faire de la pub, on singe les guérillas bocagères/potagères qui avaient pris place dans l’espace urbain quelques mois plus tôt ; ou encore, on ouvre une pseudo "Villa Ocupada" quand une semaine plus tôt on a expulsé la maison de la ZAD à grands renforts de lacrymo et d’intimidations au flashball…

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Mais tout va bien ! En tous cas, à voir la manière dont s’organise et se positionne l’édition nantaise du Village des Alternatives, on pourrait vraiment le croire… En comparaison avec d’autres éditions d’Alternatiba dans d’autres villes, celle-ci est ô combien consensuelle, voire furieusement naïve. Serait-ce parce que plusieurs organisateurices et assos participantEs sont en lien étroit avec les collectivités locales (Nantes Métropole, Le conseil Général, la Région Pays de la Loire) soit directement, soit au travers de structures intermédiaires telles que les Ecossolies ou Ecopôle ? Quand le partenariat n’est pas officiel, ce sont les subventions qui assurent la connexion entre les groupes et les institutions — et donc la subordination des premiers face aux secondes…

Selon vous, est-il possible de monter une association réellement écologiste et de percevoir en parallèle des fonds des collectivités locales et territoriales qui promeuvent le bétonnage de plus de 2000 hectares d’une zone humide ? Peut-on se permettre d’être ouvertement critique sur les politiques menées par la mairie, le département et la région sans risquer de se faire sucrer les précieuses subventions ?

Il m’a déjà été donné par le passé de débattre des incohérences entre les modes d’action et les enjeux locaux avec certainEs militantEs associatives qui aujourd’hui promeuvent l’Alternatiba-Nantes. Je me suis longtemps efforcée de comprendre leur positionnement. Mais après des événements tels que la manif du 22 février, la répression d’Etat ultra violente qui s’en est suivie, l’acharnement judiciaire qui sévit encore sous le signe de l’exemplarité et la déclaration de Jacques Auxiette , j’avais espoir de voir cela évoluer… Que dalle !

Pas une revendication contre l’aéroport et son monde, pas un mot sur la répression et les peines d’abattage qui tombent en cascade sur les militantEs et les lampistes. On critique en revanche la réaction des manifestantEs, qui se voient qualifiéEs de violentEs…  A les entendre, il y avait des bons militantEs et des mauvaisEs militantEs : les pacifistes (elleux) et les violentEs (nous!?!). Ces jugements ineptes ne les ont pas empêchéEs d’aller sur la ZAD les 5 et 6 juillet derniers pour faire la promotion de leur Village des Alternatives. Illes sont contre l’aéroport à titre personnel (chut!) mais illes ne se privent pas de fricoter avec les institutions qui promeuvent ce projet. Illes pensent certainement "avoir plus de poids" auprès des décideureuses et préfèrent pour cela la mettre en veilleuse… Quoi de plus logique? Il serait malvenu de mordre la main qui nourrit, qui abrite, et offre des facilités…. L’Alternatiba locale sera donc respectable et citoyenne. Elle cherche l’assentiment de la population afin d’attirer l’attention des éluEs sur les initiatives présentées. C’est du Colibris trait pour trait (d’ailleurs on y reviendra bientôt, à Colibris !). Et pendant ce temps là, on bétonne, on mure, on mutile, on emprisonne mais silence ! Il ne faut pas froisser, même le plus injuste des pouvoirs si l’on veut gagner ses faveurs. Ne faisons pas de vagues, ni ne soyons "trop radicales".

"Changer le système" (capitaliste ?) clame l’Alternatiba, quand il devient de plus en plus évident qu’il faut changer de système (économique et politique). Ce Village des Alternatives façon beurre blanc ne traite ni plus ni moins que d’aménager le système capitaliste de façon plus vivable pour (au moins) une part de la population. Relocaliser l’économie dominante au travers du consommer local, du consommer bio et équitable labellisés, même à l’aide de monnaies complémentaires, ne fait que modifier l’identité du premier destinataire du paiement qui se retrouvera à un moment ou un autre réinjecté dans le système bancaire. Soulignons au passage qu’il est nécessaire d’avoir de l’Euro pour entrer dans la ronde de cette consommation responsable. Exit donc les plus précaires… La logique du tout marchand ne se voit pas non plus remise en cause par ces initiatives. Il en résulte la création d’un appendice plus vertueux — du moins en apparence — au système capitaliste… On change le pansement mais en aucun cas on n’envisage de penser le changement.

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C’est un non-sens de croire qu’il soit possible de créer de vraies alternatives en occultant les luttes sociales et environnementales comme se prépare à le faire l’Alternatiba-Nantes. Pourquoi voudrait-on "faire autrement" si la manière de laquelle nous sommes géréEs depuis "en haut" nous convenait? Construire des alternatives est par essence un acte politique et révolutionnaire. C’est une manière de se réapproprier en tant que groupes et que personnes, des thèmes de la vie quotidienne (alimentation, travail, modes d’échanges, production, propriété privée et valeur d’usage…). En s’interrogeant sur les tenants et aboutissants de la manière dominante de répondre aux nécessités basiques et sur les manquements des institutions, on en vient à imaginer d’autres façons de pourvoir à des besoins communs à touTEs, tout en apprenant à s’organiser selon nos propres codes : On autogère, on autofinance, et on décide ensemble, en dehors de toute hiérarchie, loin des normes et des conventions en vigueur dans les partenariats institutionnels. On sort complètement du système de représentation et du schéma de l’Etat Providence en autogérant le bien commun. On arrête ainsi d’alimenter par tous les moyens possibles l’économie capitaliste, on s’en libère, pour désobéir de plus en plus systématiquement.

Le choix de la consensualité est à mes yeux celui de la servilité, et s’il m’est possible d’entendre que certainEs puissent avoir peur de l’inconnu, il m’est en revanche compliqué d’avoir de l’empathie pour les fondamentalistes républicardEs qui croient encore à l’Etat Providence et à la répartition des richesses. Les actualités fissurent quotidiennement la confiance des populations dans "leurs" institutions et les méthodes de gouvernance. C’est la peur qui maintient l’ordre, on le voit clairement dans notre propre ville entre la criminalisation des luttes (notamment la lutte contre l’aéroport et son monde, mais pas que…), l’omniprésence policière et l’apparition de milices fascistes "anti-racailles" dans le tram (initiative de Génération Identitaire…). A présent que nulLE ne peut occulter les méthodes employées par  les pouvoirs locaux, il est temps de se positionner clairement et c’est loin d’être le cas de l’Alternatiba. On ne peut indéfiniment faire le grand écart entre ses convictions et ses actions. La création d’alternatives indépendantes devient une nécessité vitale dans le processus d’invention d’une autre société. C’est pour toutes ces raisons que je ne me rendrai pas place du Bouffay les 27 et 28 septembre. Cet article, c’est mon préavis de grève !

Et parce qu’il n’est pas possible de parler de tout dans un seul article, voici un écrit d’un membre de l’Alternatiba Lille traitant de l’infiltration par des néo-fascistes de l’édition Lilloise… Infiltration possible grâce au caractère faussement "apolitique" mis en avant par les organisateurices… : 

Plus construit sur le même thème de l’infiltration de l’Alternatiba Lille.

 

 

Alternatiba Nantes, le village des alternatives

Publié dans Tribunes Libres

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Isangrin 25/08/2014 13:41


Lu  l’article "Pourquoi je n'irai pas Alternatiba", hier et ce matin me réveille avec le
désir d’une réponse. Mais je vois que Kruger en avait fait une dans sa tonalité positive habituelle malgré la critique. J'en profite pour dire qu'il faut soutenir les films de Thierry Kruger
et justement leur tonalité.


Ce n'est pas la charge critique qui cloche dans l’article, nous en avons besoin plus que jamais.
Deux objections sur celle-ci : sur la tonalité, on y sent comme de la rancœur au-delà de la colère. Mais surtout c'est l'argumentation qui est en défaut. Franchement comment peut-on amalgamer ce qu’il dénonce comme de la compromission avec du fascisme et l'extrême droite au final de l’article
? on se croirait dans un western spaghetti de la fin des années 60 la dérision en moins. C'est d'un convenu total, les bons d'un côté, les purs, les méchants
de l'autre. Or à l’égard du capitalisme  que je sache chacun-e est compromis dès qu'il met les pieds sur de l'asphalte, et avant même dans son lit en respirant malgré ses volets en pvc
fermés, des particules fines des diesels du petit matin.


Nous sommes dans un système intégré sans extériorité autre que notre désir d'un monde différent,
participant à faire tourner la machine. Sans extériorité autre qu’une colère saine. Ce que chacun sait et sent, d’abord de façon physique, puis intellectuelle, morale voire spirituelle. Il y a
cette remarque dans "les sentiers de l'utopie" de John Jordan et Isabelle Frémaux que même en pratiquant individuellement une vie austère en réduisant de façon drastique au maximum toutes les formes de consommation, on reste encore au-delà de ce qu'il faudrait pour arrêter la
destruction industrielle massive de la planète. C’est le résultat de l’économie capitaliste nous sommes tous d’accord sur le diagnostic, sauf que nous le faisons tous/toutes tourner. Là
franchement arrêtons avec le déni, on dirait Sarkozy !


En revanche se pose la question de comment composer avec les pouvoirs publics et les collectivités
territoriales, la ville de Nantes en premier lieu. Ce site « Citizen Nantes », ce support sur lequel tu écris, que je découvre, est subventionné par ces collectivités et la ville. En y
écrivant dessus on vient de se compromettre à mort ? Je dirai plutôt à vie si tant est que la vie est compromis à tous les niveaux. L’enjeu est d'infléchir ce compromis dans le sens que nous
souhaitons. Le transfert de l'aéroport nddl envoie un mauvais signal pour faire émerger le monde que je/tu/nous souhait-ons. Cela ne me conduit pas à cracher sur des actions positives de la ville
de Nantes, Y compris celle de soutenir Aternatiba désolé ! (on a une chance inouïe par rapport à d'autres communes de France). Je ne sens pas toujours pas sali de voter pour son équipe
contre la droite qui voulait couper les subventions aux assos qui font du bons boulot. Non je ne suis pas socialiste, mais hors de tout parti, je prends mes responsabilités. Même le parti
"Nouvelle Donne" qui a le meilleur programme actuellement ne saurait me convenir à préempter la société civile que nous composons, comme il le fait actuellement, faisant lever de fausses
espérances.


 Alternatiba est l’occasion de voir la multiplicité foisonnante de notre société civile locale qui ne demande qu’à
développer un projet plus global – un projet dont on ne sait encore quand il émergera ;  il émergera sous une figure que personne ne pourra reconnaitre totalement et que tout le monde
acceptera de fait. Avec lui pas d’inquiétude notre insatisfaction ne nous quittera pas, ni le moteur révolutionnaire de notre désir. Ce sera la Commune ? Cela se rapprochera til du
modèle conseils ouvrier ? ou bien le modèle de la jeune République catalane de 36 ? ou bien le phalanstère utopique du 19ème ? Chacun y met des images et aucune ne correspond. Ce
phénomène de différence de conceptions, d’images et de langages révolutionnaires Marx le décrit bien dans « le 18 Brumaire » (je rassure, n’étant pas marxiste, je sais lire et prendre
ce qu’il y a prendre là où on peut prendre) C’est ça notre frustration et pourtant notre plus grande chance qu’à nos aspirations rien ne peut correspondre, aucune image véritablement. Et donc
aucun modèle, c’est notre chance. Nous sommes dans une crainte, celle de devoir composer avec la multitude, dans le foisonnement des idées, des trajectoires, des caractères. Je suis pour cela mal
armé, mais on n’y échappera pas. Alternatiba déjà c’est une épreuve que j’accepte ; si comme le dit la maxime le changement commence par soi, à l’opposé il ne se fait jamais non plus seul
isolé - ou dans la fermeture dit Kruger-  mais d’abord dans la rencontre. Moi mon objection principale à ce type de manifestation, c’est que la transformation nécessaire de la cité, il n’y a
pas que les courants alternatifs ou progressistes qui peuvent la vouloir. Mais elle peut se vouloir aussi là. Et depuis les franges extrémistes radicales aussi quoique ce ne soit pas de bois là
que je me chauffe. C’est ça qui nous oppose en fait. Moi je crois à la compossibilité, toi  non. La compossibilité qui au niveau de l’action n’existe jamais là où on l’attendrait. C’est la
surprise. De la révolution. (Alliance de l’armée et de la population lors de la Commune).


Pour dire quoi dans tout ça que la "commune" est le bon échelon de la transformation révolutionnaire, qu'on a besoin des
critiques et d’énergies  comme la tienne, mais aussi bien d'Alternatiba et de Thierry Kruger de ses films. Que le combat et ses lignes de partage ont changé de sens. Que je me réserve le
droit de participer à des actions radicales, à soutenir l'installation de squats dans Nantes sans l'accord des directions de la municipalité ou en concertation avec elles, pour
autant que le prix des loyers sont inacceptables. Je me réserve le droit de participer pourquoi pas avec des assos d’ Alternatiba à l'interdiction de circulation des bagnole à Nantes,
surtout diesel. De participer à une réflexion ou même à la réalisation d'une ceinture verte vivrière d’agriculture autogérée biologique et sans intrans autour de la ville. De militer pour la
suppression de la pauvreté par la mise en place d'un revenu de base local. De proposer à la ville de Nantes de s’associer à la suppression du chômage à l’échelle de la Communauté urbaine comme
cela s’expérimente dans 4/5 collectivités de France. De continuer à participer à la politique d’accès à la culture de Nantes à prix modéré – par exemple une diminution drastique des prix des
spectacles au grand T pour les personnes jusqu’au niveau d’un revenu au smic (carte blanche) - et comme je le propose  en réalité depuis trois ans au niveau de la salle de cinéma, (vu
le prix des places) pour les personnes aux minimas sociaux. Ce sont mes aspirations.


A partir de ton pamphlet me vient cette question : comment ne pas se contenter de nos acquis insatisfaisants en regard de
nos aspirations. Comment nous engager de façon plus ferme sur nos aspirations qui n’en peuvent plus de rester à quai. Ma réponse, en acceptant ta critique, est à l’opposé de la tienne : en
participant à Alternatiba et à d’autres actions. En mettant notre grain partout.


 


Camarade de la Cnt qui pratique l’amalgame allégrement que dirais-tu si on te disait que la pratique de l’amalgame c’e

Thierry Kruger 11/08/2014 19:25


En tant que militant contacté, Alternatiba, du moins des de ses membres, m'ont assuré que si le PS fesait de l'entrisme dans leur orga, il serait boulé avecceluiou celle qui le tenterait ! Les
deux membres souhaitaient ardemment diffuser mon dernier film 'Demokratia'qui inclu le problème de l'aéroport qui-ne-se-fera-jamais de Notre Damedes Landes comme illustration de l'affrontement de
deux conceptions du journalisme et de l'action politique. 


Mais je ne dispose pas de copie et mon associé est en tournage jusqu'à début septembre pour terminer notre prochainfilm. Le choix du film à diffuser semble alors se porter sur 'La possibilité
d'être humain', qui condamne le transhumanisme, le greenwashing et le capitalisme et sonépine dorsale le consumérisme, tout en prônant la décroissance, in fine. Ilmet aussi en question l'argent,
le salariat et la famille bourgeoise !


Ce film fédère un large éventail de pensée progressiste et révolutionnaire, chacun se trouve à côté de l'autre, depuis la démocratie-chrétienne jusqu'à l'anarchisme,en passant par le communisme
et le socialisme. Mais aucun des intervenants n'est un réformiste - c'est la caractéristique de mes créations avec ou sans Pablo. Tout sont des radicaux dans l'univers où ils agissent. Leur
radicalité ne vient que de leur expérience, de leurs refus, renoncements, conviction intime et sapience. En gros ellese fonde sur la réalité de ce Monde et la réalité CRAIND. Enfin, il ne
discourent pas sans proposer des pistes, des choses concrêtes. Ainsi est-on un révolutionnaire de chaque instant, un de ces hommes révoltés visant àce que ce qu'il porte soit entendu au-delà de
son Monde.


Leschosesseraient différentes si ilexistait des organisations de masse anarchistes, néo-communiste ou néo-socialiste, décroissantes, autogestionnaires et j'en passe. En plus tout ce beaumonde
passe une partie de son temps àcracher dans la gueule de son campet est incapable de se fédérer dans l'action comme pour les élections bourgeoises qu'àmon sens on ne peut plus boycotter
systématiquement : quand on a 40 à 65 % d'abstention nul n'en a à branler des 5 % de telle orga qui boycotte. Nous sommes noyées dans la résignation !


J'ai constaté plusieurs sensibilités existent au sein d'Alternatiba Nantes, mais aucun de ses membres n'est réactionnaire. Ils ont su convaincre, avec une vitesse record, la mairie de Nantes de
les subventionner. Cela signifie bien plus, à mon sens, une tentative de récupération de la mairie que la présence dominante de sosdèmes en son sein.


J'ai donc, en plus d'accepter de passer un de mes films, de parainner avec mon associé l'évènement et enfin, d'intervenir. C'est là qu'il m'a été signifié de ne pas être 'trop politique'. Enfin,
l'association ne couvre pas tout ses frais : elle ne peut pas rénumérer tous les intervenants, ni sans doute louer un projecteur pour une diffusion en plein air, qui a leur faveur. Quant au
Cinémayographe comme partenaire, il a ignoré 5 de mes films que je lui avait laissé des mois, en 2009, tant l'underground, artistique ou social 'Mort et vie du CPE' que mon 1er film produit 'Sous
les pavés, la terre'. Je les avait alors traité de 'bourgeois' en me fachant. Les recontactant en 2013 seulement avec "La possibilité d'être humain", un film avec tout de même Emir Kusturica,
Paul Ariès, Eric Petetin, Enric Duran etc., ils m'ont boulé gentiment en disant 'Il y aura bien d'autres salles à Nantes pour le diffuser'. Or contrairement au film précédent, cette fois-ci aucun
n'accepta.


Je risque donc de me retrouver à cautionner une initiative avec un discours que je devrais édulcorer et même pas de film prévu au programme.


Néanmoins je soutiens sans réserve, parce qu'aucun deleurs soutiens n'est une société capitaliste ou une banque. Quant à l'argent de la mairie donnée, c'est pas celuidu PS mais des citoyens. Cet
évènement n'a donc pas à être associé aux criminel usage du flashball, à l'état de siège préfectoral du 22 février dernier, à l'acharnement autiste de la Région à construire un aéroport à NDDL.


Je parlerais donc uniquement des alternatives, comme convenu, puisqu'il en existe pour l'avion, l'automobile, l'agriculture avec intrants chimiques, l'élevage industriel, le béton, le bitume, le
nucléaire, l'éducation, le travail, l'économie ... Si je puis dire ou ne pas dire que 'Le capitalisme doit être détruit' (c'est à présent, après presque une décennie à tourner de documentaires
mon intime et raisonnée conviction), cela ne changera rien à l'état du monde et ne flattera que mon égo anarcho-révolutionnaire.


Je ne 'fais' pas la Révolution pour mon ego, pour l'image de mon père ou de ma mère, pour mes camarades mais pour toutes les personne qui viendront voir ce que je fais. Etsi ces personnes sont
membres d'orga, assos, partis qui me débectent je leur dirais que je ne tourne pas pour l'UMPSFN, le MEDEF ni leurs affidés mais pour mes semblables en tant qu'individu. Je ne soutiendrais aucune
coterie traitre au peuple, mais ne desservirais pas la distribution de mes films. De oute façon leur contenu suffit à écarter la plupart des coteries indésirables ou, s'ilen reste, celles-ci
finissent par désavouer la personne qui a proposé mes films, quand ce n'est pas son licenciement pur et simple !


L'anarchisme de forteresse est pour moi une attitude fermée et dépressive, une logique de l'échec permanent. Pour la Révolution active au sens strict, je ne fraierais qu'avec lescamarade, en
petit comité. Pour propager les bonnes idées pouvant y mener je considérerais que tout spectateur est un homme et qu'il est le bienvenue.


T. Kruger, auteur-réalisateur