Pourquoi faut-il aller voir la ZAD de NÔTRE Dame des Landes ?

Publié le par CitiZen Nantes

En octobre 2011, à peine arrivé à Nantes, j'entendais pour la première fois parler des contestataires arboricoles dans un article des Inrocks, un Spécial Nantes (le n°826). L'article avait pour sujet la centaine de militants vivant dans environ 25 squats disséminés sur la la «Zone d’aménagement différée» (ZAD), renommée initialement « Zone d'Autonomie Défintive » rt plus généralement «Zone à défendre» par les opposants. .

L'image de ces Robins des Bois était belle,  digne d'un roman. Oui, à l'époque, j'étais encore plutôt  naïf... Je commençais juste à écrire pour Citizen. Et je voulais réaliser un reportage sur ces communautés. Projet jamais concrétisé malheureusement. Plus tard, en décembre 2011, j'ai à nouveau entendu parler de Notre-Dame-des-Landes.
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A ce moment, je bossais sur un sujet pour Ma ville Demain (diffusé sur Télénantes ) pour lequel j'avais trouvé une association sympa, Ekos. Au lieu d'imposer le béton à la nature, cette association avait choisi la voie inverse : s'appuyer sur le jardinage et les potagers pour ramener un peu de vert en ville. Une bénévole d'Ekos, biologiste de profession,  m'avait alors parlé des 98% de zones humides de la ZAD.

Des précurseurs ? Un discours visionnaire ? En tout cas, un an plus tard, ces souvenirs me reviennent en pleine figure. Sensation de gueule de bois au réveil. Le temps passe, les hommes oublient. Ainsi, parti loin de Nantes, j'ai oublié. Et puis il n'y a pas longtemps en octobre 2012, j'ai à nouveau entendu parler de #NDDL et de la #ZAD. La situation s'est détériorée forcément, le mouvement a pris de l'ampleur au niveau national et international.

Des personnes issus de tous horizons (Hollande, Grèce, Espagne) ont fait le déplacement parce qu'ils ont senti qu'il fallait participer à ce mouvement. Aujourd'hui, on va jusqu'à comparer la situation de la ZAD à la lutte pour le Larzac. Celle-ci, portait sur l'agrandissement d'un camp militaire et avait duré 10 ans (1971-1981). Comment un territoire de 1800 hectares (soit 18km2)peut il générer un tel mouvement ?

Sans parler des raisons écologiques et sociales, concernant surtout les locaux, je crois surtout que la situation à Notre Dame des Landes représente à la fois un symbole et un symptôme.

A Notre Dame des Landes, nous assistons à la construction de quelque chose, une énergie, une force. Quelque chose qu'on n'avait pas vu depuis très longtemps, ou du moins pas de cette ampleur même si  la lutte est très localisée.  Il y a d'abord une cause qui rassemble beaucoup de passions et de volontés individuelles : artistes, citoyens « ordinaires » ou plus engagés, altermondialistes, écolos, décroissants, anarchistes, punks, agriculteurs, habitants de NDDL, squatteurs, zadistes, hackers de Telecomix. Les néo-hippies écolo et pacifistes se mêlent aux punks et anars plus vindicatifs. Des  individus aux méthodes et modes de vie différents s'unissent derrière un même symbole.

Et ce symbole, c'est le combat. Un combat symbolique : le petit contre le gros, le faible contre le fort, les « riches » contre les « pauvres ». Une vision caricaturale qui en cache une autre, plus pertinente et beaucoup plus perverse : la lutte permanente entre le capital et l'humain. Capital non pas selon la définition marxiste, (les moyens de production) mais capital en tant qu'intérêt purement économique. Ce qui se joue à la ZAD, c'est une lutte entre des intérêts privés et économiques  d'une part et des intérêts humains et écologiques d'autre part. L'un n'étant pas dissociable de l'autre.

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Le combat pour la ZAD est aussi un symptôme. Symptôme d'une maladie grave qui gangrène notre culture occidentale, notre pays et notre société : la primauté de l'argent sur l'humain. Chacun croit savoir ce que ça signifie, peu s'en rendent vraiment compte : la productivité, la rentabilité, la soi disante « valeur travail » ne sont basées que sur cette importance démesurée de l'argent. Dieu est mort disait Nietzsche. En fait, il existe toujours une divinité vénérée : l'argent. Certes, ce discours est un peu simpliste. Il n'en est pas moins réel et mal compris par  une majorité des Français.

La situation de la ZAD est aussi le symptôme du mal être  de notre démocratie, rien de moins qu'une oligarchie* déguisée. A Nôtre Dame des Landes, on ne peut que constater avec violence et frustration l'échec de cette illusion « démocratique ». Les politiciens au pouvoir (pourtant « de gauche ») se  moquent comme d'une guigne de la population et même des lois européennes. Penser à un référendum ? Même pas... Après tout pourquoi s'intéresser à l'avis des électeurs une fois qu'on est élu ?

Les policiers, censés protéger la population, ne protègent plus que les intérêts de quelques élus et de VINCI. Fonctionnaires, ils sont conspués, insultés. Ils ne font qu'obéir à leurs supérieurs, à leur « mission ». En fait, ils ne font que « leur métier ». Certains, avec plus d'enthousiasme que d'autres, il faut bien l'admettre. Pauvres flics. Pauvres types manipulés et maltraités par leur hiérarchie. Refuser d'aller à Nôtre Dame des Landes, cela veut sans doute dire aussi être banni, mis au ban. Etre rejeté, moqué par les autres collègues. Ne plus avoir de possibilités de promotion, parfois risquer le placard ou même la radiation.

A coté des policiers, d'autres victimes collatérales : huissiers,  juges, ouvriers de VINCI. Tous soumis à une pression sociale d'un bord comme de l'autre. Enfermés dans un système qui ne les traitent même pas comme ils le mériteraient : comme des individus libres et censés être responsables. Et puis il y a les médias. En dehors de quelques-uns, les zadistes ne les aiment pas trop, ne leur font pas confiance. Chaque bord a ses arguments et chaque bord a une part de responsabilité dans cette situation. Finalement, les journalistes eux-mêmes ne font que subir leurs croyances et leurs peurs.

Alors voilà, s'il faut aller à Nôtre Dame des Landes, c'est parce que ce qui se passe là bas ne fait qu'éclairer une société à la dérive qu'il devient de plus en plus urgent de changer en profondeur. Si je ne compte pas sur les élites pour le faire, je compte sur vous. Si vous le pouvez, allez voir là bas par vous même ! Faîtes vous votre propre opinion. Et peut être, si Dieu le veut, vous en reviendrez avec une meilleure conscience. Et ainsi vous contribuerez peut être, si  vous le souhaitez, à changer une société qui en a bien besoin.

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Pierre Magnien

*Oligarchie : gouvernement de quelques uns.

Nota Bene : J'ai été contributeur ici. Je ne le suis plus. Il y a maintenant 6 mois, j'ai quitté Nantes et laissé derrière moi ce que j'avais pu y investir comme énergie. Lorsque j'avais commencé à écrire pour Citizen, j'étais naïf et innocent. A l'époque, encore croyant d'une religion presque disparue, j'estimais encore possible d'éveiller les consciences avec mes mots, la seule arme dont j'ai jamais disposé. Je voulais être journaliste alors qu'en réalité, ce que je souhaitais vraiment, c'était être militant.

Sur ce site, je ne suis pas le premier à parler de Notre-Dame-des-Landes. Je ne serais sûrement pas le dernier. Habitant pour l'instant le Massif Central et sans le sou, je n'ai pas pu m'y rendre; je ne donne mon avis qu'à partir de ce que j'ai vu grâce à la veille de Citizen Nantes, au groupe Groix de ce que deux de mes amis nantais m'en ont dit et de ce que j'ai entendu dans Là bas si j'y suis.

>> Retrouver le dossier spécial "Notre-Dame-Des-Landes"

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Zadiste 07/01/2013 12:54


j'en reviens .. de la ZAD, ce samedi , et comme vous je conseille à tous de passer à la ZAD, d'amener du matériel.  Un espace de lutte autogérée, remarquable ...