Pourquoi Citizen Nantes retourne s'asseoir aux Assises ?

Publié le par CitiZen Nantes

Pour la deuxième année, Citizen Nantes se rend aux Assises du journalisme  du 2 au 4 octobre 2012 au Théatre Auditorium de Poitiers. Le thème, cette année : l'Indépendance.

38eme, la France ! Ce petit pays qui s'est longtemps branlé sur ses droits de l'homme universels et sur sa doctrine de fronton (Liberté, Egalité, etc...), a terminé 38eme au  Classement 2011 sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières !Un chiffre misérable, qui devrait faire honte à tout le monde. Aux politiques, aux citoyens mais  aussi aux journalistes qui sont en partie responsables. En question donc, l'indépendance de la presse. Cette année, c'est justement le thème des Assises Internationales du Journalisme.

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Indépendance Plantu Crédits : Plantu

Rappelez vous, amis lecteurs ! En novembre 2011, Citizen s'était rendu à Poitiers où se tenaient ces Assises, un rassemblement crée par Jérôme Bouvier où citoyens et journalistes échangent  sur les problématiques du métier. Pour en savoir plus, vous pouvez lire mon intro de l'époque ici.

Mon premier passage aux Assises en 2011 m'avait laissé un souvenir assez funky. J'avais notamment croisé de sacrés personnages iconiques (Plenel, Haski), mais j'en étais aussi revenu avec un léger goût amer : manque d'une parole citoyenne, pas mal d'auto promo assez chiante et de discours assez creux. Pourquoi donc y retourner  ?  Eh bien, parce que l'indépendance nous concerne directement. 

L’Indépendance !  Gros mot, vaste débat

Dans l'éditorial, Géraldine Mulhmann, la présidente du jury 2012, parle d'« une Indépendance non pas  proclamée,  mais une indépendance qui se coltine aux réalités ». 

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Géraldine Mulhmann, animatrice de C politique

Des réalités dont il faut s'affranchir. Une réalité économique, avec des annonceurs intéressés et des groupes de concentration avides. Une réalité politique avec des journalistes courtisans et des politiciens censeurs. Une réalité de la communication, de la pommade et du copinage. Une réalité des lecteurs et des confrères : parfois moutonniers, archaïques, nostalgiques ou adeptes du complot.

Aujourd'hui, on ne sait plus trop où elle est  planquée, l'indépendance. Je pourrais énumérer les faits récents (les limites posées par le CSA à Canal +, Audrey Pulvar à la tête des Inrocks...), je préfère vous renvoyer aux Nouveaux Chiens de Garde de Serge Halimi. Court -133 pages- clair et plein d'exemples, ce livre indispensable, dénonce justement le manque d'indépendance des journalistes.

Alors comment faire pour être indépendant ?

Pour le savoir, rien de tel que l'observation de ce qui marche. Après recherche, deux points majeurs :

1 - Les médias  les moins «dépendants» n'appartiennent pas aux groupes de concentration  (Bouygues, Pinault, Lagardère, Bolloré, Vivendi, Dassault, Hachette, LVMH)  

2 : Ils accordent souvent très peu de place à la publicité.

Mais alors, comment se financer sans ces sources de revenus utilisées par une bonne partie des médias en France ?

NouveauxChiensdegarde.jpegNouveaux Chiens de Garde  : Film inspiré de l'essai de Serge Halimi

L'Argent, nerf de la guerre

Le problème est bien là : l'indépendance requiert avant toute chose une certaine autonomie financière. Tout média a besoin de revenus, indispensables pour payer des journalistes et pigistes, entretenir un média (impression ou hébergement web), financer enquêtes et reportages (très peu de journaux remboursent complètement les coûts des reportages) .

Alors où trouver l'argent ? Il y a trois sources de financement aujourd'hui :  le privé (publicité, acquisition de capital, structure soutien), le public (subventions) et les citoyens (ventes, abonnements, donations). C'est  peut être là parmi les lecteurs que dort l'indépendance même s'il faut se méfier des populismes. Aujourd'hui, de nombreux médias sont financés par les ventes et les abonnements ou, autres pistes, par des donations. Une autre option pour être autonome, c'est la participation au capital des lecteurs et des professionnels du journal ; la constitution en SCOP notamment est une idée à creuser.

L'indépendance repose sur un fragile équilibre, c'est un combat permanent et peu de journalistes ont envie de s'y frotter surtout en sachant ce qui arrive aux dissidents : qui se souvient de la disparition de  Zaléa TV, seule chaîne jamais alternative ? Pourtant, les médias indépendants existent : Médiapart et  Arrêt sur Images  ont réussi leur pari de l'abonnement, Le Canard Enchaîné possède une bonne santé financière sans aucune publicité et je ne compte pas les médias altermondialistes.

Les médias indépendants existent, quand ils s'écartent des sentiers battus et prennent des risques, surtout celui d'assumer sa responsabilité vis à vis des lecteurs. Le seul prix pour qu'un média survive c'est  l'amour de ces lecteurs.

Alors qu'attendre de ces Asssises ? Je n'espère plus trouver là bas ce qui sauvera le journalisme. Ce que j'attends, ce sont des pistes, des moments d'héroïsme, des journalistes rebelles, qui prouveront  que ce métier n'est pas complètement perdu. Des oasis d'indépendance peuvent encore subsister dans le journalisme, à condition qu'il devienne responsable et autonome, adulte en somme. Cette année, donc, l'indépendance. A quand la sortie de l'adolescence ?

Pierre Magnien

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Sources ecrans.fr, acrimed.org, journaliste-entrepreneur.com, journalismes.info

>> A lire : Les Nouveaux Chiens de Garde de Serge Halimi

>> A voir  : Les documentaires de Pierre Carles : Pas vu, pas pris ; Enfin pris ; Fin de concession

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