Nous ramènerons le bocage à Nantes !

Publié le par CitiZen Nantes

Nous sommes le 12.12.12, Place du Commerce, entre l'Autre Marché et le Marché de Noël capitaliste. A 12h12 – ou à peu près - le petit terre plein gazonné est rebaptisé « Place de la Gratuité » par une bande de clowns activistes : sous les deux tonnelles qu'ils viennent d'installer, on trouve des vêtements, des chaussures, des objets que leurs ex-propriétaires n'utilisaient plus. Des soupes mijotent sur les feux (alimentés au bois) d'une jolie cuisine mobile, autoconstruite et vélotractée. Le tout est, bien sûr, proposé gratuitement. Des fleurs agrémentent la scène, et confèrent à l'éclosion de ce moment de liberté, une ambiance champêtre au beau milieu du béton.

place-gratuite_nantes.jpg12.12.12 Place de la gratuité

On tend une banderole face à la ligne 1 de tram: « Nantes Capitale Verte de l'Europe ; l'écologie, c'est quoi ? ». Des morceaux de carton sont mis à la disposition des passants afin qu'ils y écrivent leur avis sur la question. Sur l'Autre Marché, alors que les affiches de soutien aux ZADistes placardées par certainEs locataires des chalets suscitent des polémiques au sein des Ecossolies (sponsorisées par Nantes Métropole), deux postes de télévision diffusent des images de la lutte anti aéroport.

Jean-Marc Poyrault et sa clique (une procession aigre douce de médias, de casqués, de démolisseurs / bétonneurs, de cravateux, etc...) sont de la partie. Ils expliquent, tentent d'arrache-pied de démontrer que le bétonnage est d'intérêt général. Mais à la lecture des cartons d'expression laissés par passants, on dirait que leurs arguments ne font pas vraiment le poids...

« Nantes Capitale Verte de l'Europe ? C'est une farce ! » lâche une jeune femme attirée par l'animation. Une autre s'arrête, émue par l'initiative : « C'est bien ce que vous faîtes, il faut que le gouvernement et la presse arrêtent de diaboliser ces jeunes qui luttent sur la ZAD parce que sans eux, ça serait dur pour les agriculteurs là-bas... ».

On convie les passants à une conférence gesticulée sur la transition énergétique proposée par Jean Ganzhorn (un ingénieur en Énergie – Climat) dès le lendemain, au bar Au Chat Noir.

Pourquoi le Bocage à Nantes ?

Les institutions locales repeignent effrontément leurs façades en vert tandis que depuis deux mois, à une vingtaine de kilomètres au Nord de Nantes, les assauts des forces de l'ordre contre les ZADistes se succèdent et la répression va grandissant: On détruit les habitats, on terrorise, on mutile et on emprisonne les opposants à la construction de l'Aéroport du Grand Ouest. La Zone d'Aménagement Différé, rebaptisée Zone A Défendre ou Zone d'Autonomie Définitive est devenue une menace pour le pouvoir en place et pour cause : Au delà de l'opposition à ce projet nuisible, elle abrite une multitude d'initiatives populaires qui échappent à son contrôle et son dogme. Les médias, quant à eux, cultivent l'art de la dé(sin)formation dès qu'ils évoquent l'actualité des luttes. Ils véhiculent la peur parmi la population en se faisant l'écho de la sphère politico-économique : on parle de "menace anarcho-autonome", de "squatteurs", de "militants violents", on agite l'épouvantail de l'ultra gauche...

Et les ZADistes ne sont pas les seuls victimes de ce traitement médiatique spécifique : Le collectif "Un toit pour touTEs" en fait lui aussi les frais. Ce groupe très actif a le tort de poser ouvertement la question du droit à la dignité, du droit au logement, et de dénonce l'immobilisme des pouvoirs publics (éco-socialiste) face à la précarité grandissante au travers d'actions fortes telles que des occupations (Lieu Unique, foyer Gustave Roch, prise du Château des Ducs de Bretagne) ou encore des interventions surprises ( Festival des 3 Continents, conseil municipal... ).

Ces méthodes radicales mais nécessaires pour attirer l'attention générale sur des thèmes de société centraux au bien être de tous, font l'objet au mieux d'articles mous, au pire de véritables procès d'intention quant à leur "illégalité" ou pire encore de leur "non-sens". Faut-il en conclure que, conformément aux dires de l'avocat de la mairie lors de l'audience qui a autorisé l'expulsion du Lieu unique "des solutions ont été proposées aux sans-logis" ?

place-gratuite_nantes_bocage.jpg12.12.12  "Menace anarcho-autonome"

L'esprit critique des masses est engourdi, leur conscience politique, carrément endormie. "Le Bocage à Nantes" ouvre une brèche dans ce quotidien nantais ultra aseptisé, afin que luttes et créations d'alternatives locales se placent à la portée du plus grand nombre. En agissant de la sorte, les militants font savoir à Nantes Métropole qu'ils ne cautionnent ni les choix environnementaux et sociaux, ni les méthodes qu'emploie la communauté urbaine pour les imposer. Ils préfèrent s'employer à reconstruire le lien avec la population au travers d'une dynamique forte d'Education Populaire.

Créativité populaire VS ouverture de marché de lobbying

Le Collectif Sans Nom réunit des acteurs du mouvement social (issus de collectifs en lutte et du milieu associatif). L'appel à projets citoyens lancé par Nantes Métropole suite à la nomination de la communauté urbaine au titre de Capitale Verte de l'Europe 2013 a provoqué un tollé inédit dans le milieu militant. L'éthique (plus encore que le manque de moyens financier) interdit au mouvement social d'ouvrir des marchés de lobbying pour convaincre les masses du bien-fondé de ses actions... Il peut sans problème se passer de ce type de services : Les artistes engagés sont nombreux et la créativité bat son plein dès lors qu'on suscite l'intelligence collective. Les idées ne manquent pas ! Le Bocage à Nantes a vocation à encourager toutes les actions d'éducation populaire sur l'espace public ET dans des lieux amis (bars, salles, lieux occupés...). Cet outil est celui de tous les collectifs en lutte, créatifs de sens, générateurs d'alternatives au capitalisme.

L'Ecologie, l'Egalité, la Liberté et la Solidarité, ces valeurs qui sont les bases de la résistance à Notre Dame Des Landes; ces valeurs dans lesquelles se retrouvent les militants des luttes et de l'associatif, s'installent en ville pour l'année 2013 et certainement au delà !

autre-marche_collectif-sans-nom.jpgIncursion sur l'Autre Marché des Ecossolies

S.A

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