Nantes, succès relatif de la manifestation contre ACTA

Publié le par CitiZen Nantes

Aujourd'hui -11 février 2012 - a eu lieu à Nantes, comme dans une quarantaine d'autres villes de France, ainsi qu'un peu partout dans le monde, une manifestation contre l'ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement appelée par les réseaux sociaux et activistes sur internet. Retrouvez en bas de l'article un complément sur les emprunts toxiques de Nantes et des communes de Loire Atlantique.

En France parmi les partis politiques, il n'y a eu que Europe Ecologie-Les Verts à se prononcer résolument contre ce projet de traité international multilatéral contre la contrefaçon, l'ACAC (Accord Commercial Anti Contrefaçon) plus connu sous son appellation anglaise d'origine ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement). Son domaine d'application comprend les contrefaçons, les médicaments génériques et les infractions aux droits d'auteurs sur Internet. C'est ce dernier volet qui nous préoccupera surtout. Bornons nous à signaler pour les deux autres que la notion de contrefaçon vise surtout à protéger les grandes marques du luxe, aux bénéfices rendus plus faramineux encore par l'exploitation massive d'une main d'oeuvre honteusement sous payée grâce à tout un chapelet de délocalisations. Cela pénalise en fait les pays pauvres, notamment asiatiques, qui produisent de telles copies, même si le plus souvent ce sont les patrons copieurs qui tirent l'épingle du jeu. Les salariés ne considèrent pas moins que cela constitue pour eux des débouchés s'ils sont sous-traitants et un emploi, pour les ouvriers. On sait le scandale à propos des médicaments génériques vis à vis des pandémies dans les pays dit pauvres et la volonté du Brésil, de l'Inde et de l'Afrique du Sud de produire des médicaments à bas prix qui ne soient pas frappés du droit de propriété sur la ou leurs molécules actives, celles destinées dans la solution ou les cachets pour guérir la maladie.

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Un des titres du traité spécifie bien qu'il concerne les brevets mais là où il semble y avoir duperie c'est qu'il annexe aussi les droits d'auteurs à propos, je le cite, "internet et des technologie de communication". Pire, les modalités de contrôle des contenus, l'on dit "gouvernance" mot venue de la novlangue libérale du Québec, seront confiées à une structure privée, en dehors des institutions internationales comme l'IMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) ! Cette controverse se fait jour dès le jour de sa signature par l'Union Européenne le 26 janvier dernier : Kader Atif, son rapporteur au parlement européen démissionnait ! Il arguait un dénie de démocratie par la non consultation des parlementaires européens et l'absence d'information auprès des citoyens et enfin, de son danger pour les libertés publiques, le qualifiant de "mascarade". Ainsi aux Etats-Unis, seul le président Obama sera amené à le signer, sans passer par le Sénat. De plus il s'annonce plus complet et restrictif que le précédent accord du même type, négocié dans le cadre du GATT en 1994.

En Europe plusieurs pays se sont déjà déclaré contre au niveau gouvernemental, tels que la Pologne. En France, le gouvernement actuel, qui a promulgué la loi HADOPI, voit dans ce nouvel accord international une continuation logique de sa politique : lutter contre le téléchargement illégal, d'où leur absence de réaction sur ce sujet qui équivaut à un acquiescement. Aux Etas-Unis, au Canada, en Nouvelle Zélande et en Australie des voix s'élèvent déjà. Cet accord doit encore être ratifié librement par tous les pays qui le souhaitent, y compris les non-membre de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

Manifestation à Nantes des opposants de l'ACTA

Un site activiste donnait les heures et lieux de rendez-vous pour toutes les protestations en France, ville par ville. A Nantes nous nous sommes retrouvés à 14 heures, place Royale, rebaptisée fin avril 2007 par les opposants à Nicolas Sarkozy place du Peuple, nom qu'elle a conservée depuis pour tous les opposants les plus déterminés à la politique des gouvernements Fillon successifs. Nous étions environ 200, peut-être à peine moins, en très large majorité des jeunes de moins de 30 ans avec une forte minorité trentenaire, mais sans doute personne au-delà de 35 ans : c'est la "génération internet" qui était là et votre correspondant, du coup, était le plus âgé. On notera l'absence des syndicats de salariés et de toute banderole ou drapeau politique, juste quelques pancartes blanches, le plus souvent portées à bout de bras. Tout le monde ou presque était vêtu de noir, signe de deuil, d'anarchie ou de mode, on ne sait. Le cortège évita de bloquer les tramways mais se tint fermement sur la route, des étourdis se faisant rappeler à l'ordre une fois rue de Strasbourg : il ne faut pas gêner ceux prenant les transports en commun, ni les piétons. En revanche, l'automobiliste, victime et symbole de la société de consommation individualiste et gaspilleuse n'y échappe pas. J'ai pu constater une évolution récente, à partir de 2008 environ, à manifester de façon politique dans sa marche même, et de moins en moins avec des mots d'ordres tout préparés à l'avance. La manifestation fit un grand cercle, traditionnel à Nantes, marchant entre 14h30 et 16h depuis Commerce à la rue de Strasbourg en longeant la ligne un de tramway pour, après passage sans s'arrêter devant la Préfecture descendre le cours des 50 Otages. Une fois passé devant le CHU j'ai quitté le cortège pour des interviews. Ecoutons un groupe de trois jeunes vingtenaires :

"ACTA (...) Ce qui est en train de se faire, c'est de mettre plus de tours autour de nous, et ensuite de mettre les murs" énonce Pierre-Alexandre, dans un sentiment de suffocation, conseillant à ce sujet la lecture "du bouquin d'Emmanuel Todd, Après la démocratie" qui l'a "très impressionné" car "Il explique que l'élite ne veut plus de démocratie (...)

Ce qu'ils veulent, c'est avoir du fric. Et nous on crève. C'est la World Company des Guignols", allusion au personnage cynique de Sylvestre, inspiré du chroniqueur ultralibéral Jean-Marc Sylvestre, celui qui déplorait au siècle dernier, avec de la haine dans la voix, je cite "l'invasion des jeunes français en Grande Bretagne" où partis chercher du boulot ; ils furent près de 100 000 à la fin des années 1990. IPierre-Alexandre fustige l'immobilisme de cette "société qui ne bouge pas", sous la coupe d'une "oligarchie" soucieuse de maintenir ses seuls privilèges. Enfin il compare notre société actuelle à celle du Bas Empire romain qui, prisonnier de ses élites ne vivant que pour l'argent, s'est effondré d'abord de lui-même, bien avant que les vagues dites "barbares" ne l'ait submergé. Il conclut philosophiquement :  

"Dès qu'une société ne bouge pas, elle crève"

Ce n'est pas faux, En témoignent l'exemple ancien de l'Union Soviétique et plus récentes des Révolutions Arabes avec la Tunisie, l'Egypte et actuellement la Syrie. Thomas revient quant à lui sur la démocratie menacée par ces puissants : "ACTA c'est juste une restriction des droits". Pauline renchérit "C'est un contrôle sur les gens (...) Dès qu'il y a quelque chose de nouveau, on le bloque". Ce que n'avait pas compris en 1990 Enrich Honecker en RDA, juste avant la chute d'un Mur de Berlin, et pas mieux Universal Music, EMI, Disney, TF1, Gallimard, Hachette et le marchand d'armes Lagardère c'est que :

Un :  La donne à changée,

Deux : La liberté d'expression est plus grande,

Trois : Il est possible de se passer d'eux,

Quatre : Déjà une forte minorité y songe.

ACTA-Nantes.jpgManifestation contre l'ACTA à Nantes le 11 février 2012 - Photo DR

Les Anonymous et les dangers d'ACTA pour la créations libre et autonome

Une douzaine de manifestants portaient le même masque, celui des hakctivistes Anonymous, inspiré directement de celui présent dans le film Vendetta. Une minorité pourrait être d'authentiques membres actifs. Vendetta signifie Vengeance en italien, de cette sorte de vengeance qui suppose qu'un offensé est atteint dans son honneur, sa dignité même et, se doit de faire payer à celui qui l'outrage monnaie de sa pièce, c'est en tout cas ce qu'affirma un Anonymous interviewé en 2011 sur Canal Plus. Ce mouvement est strictement non-violent, se livrant surtout à des cyber-attaques, toujours après avertissement de l'organe visé et selon un protocole immuable. Certains membres l'ont payé de leur vie notamment au Mexique du fait de l'ultra-violence des cartels de la drogue. Toutefois Anonymous a été le premier à faire plier un de ces cartels en les obligeant à libérer un des leurs, sous peine de révéler les deux cents noms des policiers et autres fonctionnaires qu'ils avaient corrompus. C'est que, comme pour Wikileaks ce mouvement est favorable à la publication de documents d'intérêts citoyens ; ce à l'encontre d'administrations dont la communication de documents publics est opaque et incomplète.

En plus de l'accès à l'information à la source, il y a un mouvement favorable à une large utilisation et ré-utilisation des matériaux artistiques :  

ACTA rendrait illégal les collages, photomontages ou trucages photographiques, la confection d'une mixtape, l'usage du scartching sur les platines, les détournements situationnistes de publicités, de bandes dessinées, la copie de documentaires, l'extraction d'extraits musicaux pour ses vidéos personnelles, les dessins de presse reproduits, les chansons, parfois introuvables et tout films de moins de soixante ans.

Plus, Mozinor, Joe La Mouk et autres détourneurs de films devraient payer des droits faramineux ! C'est à terme une réduction des libertés publiques, de la circulation des biens culturels et enfin de la sphère de gratuité offerte par le net, gratuité étant un mot omis par les capitalistes.

C'est justement le site Wikileaks qui avait alerté en mai 2008 qu'un tel accord se préparait, grâce à des fuites. On notera le manque total de transparence et le même fuitage concernant le projet d'accentuation de la dérégulation du commerce mondial baptisé très ironiquement par ses concepteurs AMI, et qu'avait fermement dénoncé le Monde Diplomatique, mais pas les médias "officiel" du Parti de la Presse et de l'Argent chère au défunt journal critique des médias, le Plan B. Ce que contestent au final les manifestants, c'est qu'il est d'abord commercial et vise plus à protéger les grandes majors du cinéma et de la musique que les artistes eux-mêmes. C'est le sentiment général. Quelques participants dénonçaient aussi la question d'interdiction de certains médicaments génériques, ce qui n'est pas rien quand 20 % des français disent renoncer de plus en plus à des soins.

Des solutions : autogestion, pay per view et diminution des délais de protection des droits d'auteur

La fermeture récente par le FBI de Mégaupload a révélé que même les sites payant et bon marché peuvent être tenues par des individus cupides et incultes. Tel n'a pas été le cas du fondateur français de E-Mule qui, face aux millions du précédent n'a gagné qu'environ 200 000 euros, somme donnée lors de son arrestation et jugement en 2011. La solution pourrait être celle qu'on choisie les Québéquois : un pay per view bon marché et la suppression des intermédiaires entre l'artiste et le public.  

Ainsi pour mon dernier film "Sous les pavés, la Terre", moi et mon associé, en tant que réalisateurs, nous touchons 50 cents chacun, soit 1 euros à nous deux, pour un DVD vendu dans le commerce à 15 €. Le diffuseur prend en gros 25/20 %, le producteur 20/15 % et les distributeurs, tant les petits magasins que la FNAC, en comptant les sociétés de transports routiers, environ la moitié à eux seuls. Si mon film ne coûtait que 2 € sur Internet, à charge pour l'acquéreur de graver son DVD et faire sa jaquette, nous nous passerions de distributeur et de diffuseur. Ainsi les petits producteurs militants ou sur des segments refusés par le Marché, tout comme les réalisateurs, pourraient en vivre et salarier l'étalonneur et le mixeur en post prod, le monteur, le ou les caméraman, l'ingé-son, le perchiste, l'accessoiriste, le décorateur etc. sur les productions.

L'autre piste est de réduire les délais pour qu'une oeuvre tombe dans le domaine public, actuellement de soixante ans pour un film ! Un cinéaste accumule les créations durant sa vie et c'est autant de royalties qui s'ajoutent. Si mon prochain film dépasse le succès d'estime du précédent, je n'aimerais pas que dans vingt ans, si mon producteur arrête ses activités ou les vend, être obligé de racheter au prix fort à une grosse structure capitaliste marchande le droit de mettre un de mes films en copyleft sur le net. Face à l'imprévu le mieux est encore de s'associer en coopératives de producteurs et même en coopératives autogérées où le réalisateur est lui même producteur au sein d'une alliance de petits ou de moyens créateurs. De même pourrait-on en partie se passer complètement des subventions publiques à moyenne échéance - Pourquoi les citoyens n'aideraient-ils pas, via leurs représentants, des créateurs débutants ? Tant d'entreprises déjà bien assez riches, quand elles ne sont pas nuisibles ou inutiles, sont gavées de subventions, ne serait-ce que Dassault, Le Figaro, Libération, le Monde, les gros éditeurs ...

Mais il y a mieux, une aide directe et personnelle, par un appel à financement auprès du public : Une fiction longue a ainsi été financée, avec le soutien d'exploitants de salles d'art et essais, en région Bretagne en 2010. Mieux, il y a des sites où vous pouvez lancer un appel au don : vous mettez une bande annonce, une déclaration d'intention, les photos de repérages du terrain, des acteurs ou intervenants. Relevant en Bretagne  OCTOPOUSSE, pour la France TOUSCOPROD ou l'ère francophone ULULE et si vous visez le monde, ce site en anglais, INDIEGOGO.

En gérant votre film vous pouvez le déclarer libre de droit dès que vos ressources seront suffisantes et le mettre quand bon vous semble en accès libre. L'autre point est que si vous visez les salles, vous devez avoir un visa d'exploitation de l'Etat pour être autorisé à être exploité, c'est à dire projeté autant de fois qu'il le désire. Grace à cela le cinéma peut faire un accord avec le CNC - Centre National de la Cinématographie afin qu'ils fournissent un bordereau pour la répartition de la rétribution des intervenants. Mais l'on peut encore s'en passer, cela n'autorise qu'à une ou deux projections exceptionnelles par salle, un week end, un jour spécial ou durant un festival. Quoique pourvu d'un visa si vous n'avez pas de distributeur, l'écrasante majorité choisira la deuxième solution, car qui dit distributeur dit projection de presse et couverture média. Les solutions que je vous livre la rendraent inutile s'il y a boycott ou désintérêt, voire mépris : en autogestion c'est le public qui fait seul la notoriété. Ainsi le web doc "Alerte à Babylone" a été vu par 200 000 personnes, notre première bande annonce par 40 000 spectateurs.

Thierry Kruger, reporter pour Citizen Nantes

Post Scriptum : Vous n'avez pas d'image ni de son car le petit enregistreur FLIP a été conçu pour être inutilisable, malgré des piles neuves, au bout de deux ans : telle est son obsolescence programmée.

>> Pétition mondiale

" À tous les députés du Parlement européen : Nous, citoyens du monde, vous appelons à défendre un Internet libre et ouvert et à refuser de ratifier l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon (ACTA) qui l'anéantirait. Internet est un outil essentiel aux peuples du monde entier pour échanger des idées et promouvoir la démocratie..." + d'infos sur www.avaaz.org

>> Emprunts toxiques des communes de Loire Atlantique

Emprunts toxiques de Nantes. Les dégats sont contenus

Si la ville fait aussi appel au Crédit Suisse et à Royal Bank of Scotland, elle a diversifié les établissements et opte pour des établissements plus prestigieux : JP Morgan, Deutche Bank et Goldman Sachs.

Montant total des emprunts : 69 765 000 € Montant total des surcoûts : 4 767 000 € Ratio surcoûts/montant total : 6.83 %

Nom de l'emprunt

FIXMS+

Type d'emprunt

Structure complexe d'options sur écart de taux CMS

Date de début

8/1/2005

Date de fin

8/3/2015

Montant

14 843 000 €

Surcoûts

172 000 €

Ratio surcoûts/montant

1.16 %

Banque de contrepartie

CREDIT SUISSE

Nom de l'emprunt

TIPTOP EURIBOR

Type d'emprunt

Structure complexe d'options sur taux d'intérêt

Date de début

5/15/2003

Date de fin

10/1/2014

Montant

13 483 000 €

Surcoûts

561 000 €

Ratio surcoûts/montant

4.16 %

Banque de contrepartie

JP MORGAN

Nom de l'emprunt

TIPTOP LIBOR USD

Type d'emprunt

Structure complexe d'options sur taux d'intérêt

Date de début

8/20/2002

Date de fin

12/1/2015

Montant

9 353 000 €

Surcoûts

529 000 €

Ratio surcoûts/montant

5.66 %

Banque de contrepartie

DEUTSCHE BANK

Nom de l'emprunt

TIPTOP LIBOR USD

Type d'emprunt

Structure complexe d'options sur taux d'intérêt

Date de début

10/1/2003

Date de fin

7/1/2015

Montant

15 461 000 €

Surcoûts

1 086 000 €

Ratio surcoûts/montant

7.02 %

Banque de contrepartie

GOLDMAN SACHS

Nom de l'emprunt

TOFIXIA USD

Type d'emprunt

Structure complexe d'options sur taux d'intérêt

Date de début

7/1/2008

Date de fin

7/2/2018

Montant

16 625 000 €

Surcoûts

2 419 000 €

Ratio surcoûts/montant

14.55 %

Banque de contrepartie

ROYAL BANK OF SCOTLAND

Source : Dexia

Extrait de la carte des emprunts toxiques publiée sur labs.liberation.fr Vous y retrouverez détaillées toutes les communes de Loire Atlantique avec aux deux extrêmes : Donges qui a "le plus fort taux d'intérêt de Loire-Atlantique" et Paimboeuf, "seule commune de Loire-Atlantique qui gagne de l'argent avec ces emprunts.

"Les chiffres datent de 2009, et certains prêts ont été renégociés depuis. De plus, Dexia n'est pas la seule banque à avoir distribué des emprunts toxiques".  

>> "La loi ACTA pour les nuls"

Publié dans France & Monde

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