Mort du cinéaste René Vautier

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour

Par Thierry Kruger

04/01/2015 - Mort du cinéaste René Vautier

15 janvier 1928 ( Camaret-sur-Mer) - 4 janvier 2015 (Cancale)

René Vautier

René Vautier

René Vautier intervient dans mon film, co-réalisé avec Pablo Giraut, Demokratia ; il a reçu le DVD du film et était invité à la projo-test dans un ciné associatif à Dinan en avril 2013, mais sa 'copine', comme il disait, une jeunette de pas même 65 ans, avait fait savoir que son médecin lui interdisait tout déplacement pour l'heure.

Il est mort très vieux, ce matin, dans sa 87e année non révolue, laissant un bel ouvrage à la postérité. Il a payé de sa personne, dans la rue, à l'usine, dans la brousse, sans perdre sa vie, sa liberté, son intégrité. Communiste jusqu'à l'âge mûr, il nous avait dit être à présent anarchiste.

Il a formé son amie Coline Serreau ; adolescent, il a résisté aux nazis, il a lutté 60 ans pour que justice soit rendue envers un ouvrier de Brest abattu par la police, il a soutenu l'homme africain colonisé, le FLN, la désertion et la grève, il a révélé les tortures commises par le lieutenant Jean-Marie Le Pen.

Il n'est pas passé devant le maire pour vivre avec une compagne, n'a jamais cru au Ciel mais en la lutte et en l'humain. Le maire de sa commune lui avait dit, vers 2011, que la rue où se trouve sa petite maison en style breton porterait son nom. Il a rigolé et répondu : "Après ma mort, hein ?". C'est le seul honneur qu'il accepta, en dehors des prix que la profession lui décerna pour ses films.

Filmographie choisie

Afrique 50 (1949)

Son premier film, tourné à 21 ans, qui devait être un film éducatif commandité par des catholiques sociaux mais paternalistes, il l'a mué en brûlot anti-colonialiste, fut poursuivi par les gendarmes, caché chez des Africains, mais ne pu empêcher les flics de détruire 90 % des rushes. Quand il débarque à Brest pour son film suivant, il le fait clandestinement, car il est un homme recherché".

Un homme est mort (1950)

Sur une grève brestoise et la mort d'un ouvrier, Edouard Mazé, en 1950. Il a donné le nom de l'officier qui a ordonné de tirer à balles réelles sur les manifestants - c'est la dernière fois sur le territoire métropolitain, qui fut à chaque fois censuré. Il fit rétablir le passage ôté dès que la prescription de 60 ans était passée...

Avoir vingt ans dans les Aurès (1972)

Tourné dans le massif des Maures, dans le Var, qui a pris ce nom par la présence arabo-berbère, un siècle durant, à Fraxinetum, une cité aujourd'hui disparue. Il reçu le prix international de la critique à Cannes. C'est le premier film réalisé en France sur la guerre d'Algérie. Le meilleur reste et de loin La bataille d'Alger (1966) de Gillo Pontecorvo.

Tourné en Algérie avec des acteurs algériens et français dans les deux langues, mais c'est une production italo-algérienne. Il présente paras tortionnaires et porteurs de bombes du FLN sans manichéisme, avec lucidité : un chef d'oeuvre. Il faut attendre La question (1977) de Laurent Heynemann, tiré du livre d'Henri Alleg éponyme, pour évoquer la torture dans le cinéma franco-français.

Marée noire colère rouge (1978)

Classé meilleur documentaire mondial au festival de Rotterdam, à propos de la marée noire en Bretagne du nord causée par l'Amoco Cadiz, battant pavillon libérien, à partir d'avril 1978.

C'est la plus catastrophique et elle suit celle du Boylen, puis du Torrey Canon, que dénonce dans une chanson Serge Gainsbourg et précéda celle de l'Evoli Sun, pour lequel j'ai improvisé une chanson avec un pote à la batterie...

A propos de... l'autre détail (1985)

Sur la torture en Algérie, notamment par Le Pen, diffusé à la télévision alors. Des fascistes du FN s'introduiront dans le bâtiment, donné par le conservatoire du littoral, où était conservées les bobines originales de ses films et à coup de ciseaux tenteront de détruire ce film. Vautier sera appelé par eux "Alors, on fait moins le malin ?". Il répondit au fasciste, "Raté !" car il conservait avec lui, dormant même à côté la nuit, la bobine originale pour la préserver de toute tentative de destruction.

Quand les femmes ont pris la colère (1977)

Documentaire co-réalisé avec Soazig Chappedelaine, qui réalisa d'autres opus, sur les luttes ouvrières en 1975 à l'usine Tréfimétaux, à Couëron, villes à l'ouest de Nantes.

L'Algérie en flamme (1958)

Tourné dans le djebel avec le FLN en pleine guerre d'Algérie, jamais passé sur la télévision française. Seuls quelques anglo-saxons, et algériens ont vraiment filmé aussi le FLN. La télévision française censura toutes les images de la Guerre d'Algérie durant sept ans, et la 1ère et dernière fois, durant toute la durée du conflit, fut lors d'un reportage de l'émission de reportage Cinq colonnes à la une, le 5 mai 1961.

Thierry Kruger

Post-scriptum

Pendant que des demeurés, esclaves d'Internet, essayent de censurer l'appel à financement participatif pour la distribution de mon film Demokratia parce qu'il y a l'anarchiste Chouard dedans, parce qu'il n'est pas anar comme eux, avec des posts haineux, ce sans avoir vu mon film, d'autres filment les Révolutions : un futur jeune réal en herbe m'a proposé de monter ses rushes sur l'une d'entre elle. C'est un digne héritier de René Vautier. A lui va mon respect, aux autres précités, mon plus profond mépris de vrai antifasciste.

Complément

Entretien avec René Vautier

Publié dans Cinéma, Arts et culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article