"Le peuple arabo-berbère fait sa révolution. Quelle leçon nous donne t-il ?"

Publié le par CitiZen Nantes

« Nous, Français d'origines diverses, qui évoluons dans une société certes parfois inégale mais confortable, souhaitons nous joindre symboliquement aux contestations courageuses de ces hommes et de ces femmes sacrifiant leur vie pour être libres et respectés. Ces événements nous montrent qu'il est possible de se rassembler autour d'un mouvement populaire dépassant les différences et les origines : sociales, religieuses, ethniques... ».

tunisia.jpgTel était le ton de cette invitation à se réunir et à débattre autour de la question de la révolution en marche dans les pays du Maghreb depuis deux mois. Les organisateurs, par la voix de Naïma Bouadjaj, se sont présentés comme émanant d’un groupe d’amis désireux d’informer et de réfléchir. C’était jeudi soir, 24 février 2011, à la Maison du Citoyen à Bellevue.

Au moins deux cents personnes, d’horizons apparemment divers, ont répondu à cet appel et sont venus écouter les deux conférenciers, érudits et passionnés : Vincent Geisser, chercheur au CNRS, co-auteur avec Moncef Marzouki de «Dictateurs en sursis», et Michaël Bechir Ayari, docteur en science politique et spécialiste de la Tunisie.

Vincent Geisser a montré de quelle façon l’ensemble de la classe politique, des médias et d’une partie de l’opinion publique européens, à la différence des chercheurs, n’ont pas vu venir cette émergence.

« C’est que nous sommes prisonniers d’un mythe », affirme-t-il, selon lequel les peuples arabes auraient, dans leur nature, besoin d’être gouvernés par des dictateurs, qui les cadrent et garantissent une relative stabilité dans cette partie du monde.  D’ici, on a selon lui sous estimé l’élan de liberté de ceux pour qui cette situation constituait une intolérable anomalie. Mais au-delà de la volonté de renverser l’oppresseur, il s’agit d’une puissante aspiration à une démocratie, réinventée, refondée dans un système qui ne soit pas qu’une pâle imitation de nos structures occidentales. En tant qu’européens spectateurs de ce bouleversement, il nous a invités à être vigilants à ne pas agiter le spectre de l’islamisme qui justifierait le retour à la dictature : on peut observer en effet des mouvements à fort référent musulman qui ne tentent pas pour autant d’instaurer un régime théocratique et dictatorial. Il a conclu en stigmatisant la politique étrangère française dans son soutient au « despotisme éclairé » du monde arabe. Et a rappelé que dans nos démocraties usées, aucune tendance politique n’est meilleure qu’une autre pour percevoir et prendre en considération le cri démocratique qui s’exprime dans nos banlieues et nos périphéries.

Michaël Bechir Ayari a proposé ses outils d’analyse pour mieux nous amener à comprendre comment la Tunisie, vieux pays homogène, en est arrivée à mettre en œuvre son « retour à la dignité ». Ce sont les populations les plus humbles de l’ouest du pays, « ceux qui viennent de l’improbable », qui sont à l’origine des événements. Pour eux les diplômes ne menaient que rarement à l’emploi et les pressions se dressaient nombreuses dans tous les aspects du quotidien.  Il a cependant insisté sur le fait que dans tous les milieux des individus de plus en plus nombreux se sont retrouvés dans cette quête. La peur a disparu, et Ben Ali, qui vivait dans un insupportable luxe ostentatoire, est devenu l’identification de cette injustice, et ne pouvait qu’être renversé. Après une telle lame de fond, ce pays est parvenu à un stade où le problème peut se résoudre. Aujourd’hui, on pose des choses inédites. À travers le Syndicat UGTT, le Comité de sauvegarde de la Révolution, les petits comités de base, la population apprend à contrôler ce qui se met en place.

Répondant à une question de l’auditoire, au cours du débat long et animé qui a suivi ces exposés, Vincent Geisser a précisé que les gens se sont retrouvés derrière les drapeaux et les hymnes nationaux, dans un vaste mouvement patriotique, du type de celui que notre pays a connu en 1848. Car en effet, pour eux, les dictateurs étaient une menace envers le sentiment de patrie, qu’ils se sont ainsi réapproprié.

Une autre question a permis à Michaël Bechir Ayari d’affirmer que ces pays ne souhaitent en aucun cas une aide de type humanitaire, qui les maintiendrait dans une situation d’assistanat, et qu’ils appellent plutôt à un accompagnement de type co-reconstructif. Ils nous demandent aujourd’hui une vigilance à ne pas, sous couvert de solidarité, leur dérober leur révolution.

Enfin, les deux conférenciers ont insisté sur le fait que cette révolution n’est pas « laïque » au sens où nous entendons ici ce terme et serions tentés de le plaquer sur des faits bien plus nuancés. Tous les partis de ces pays considèrent que le référent musulman participe à la croissance démocratique. Il convient donc davantage de parler de « sécularisme », par une séparation souhaitée du religieux et de l’état.

On aurait peut-être aimé qu’au-delà du légitime besoin de comprendre et de soutenir les faits, une ébauche de réflexion soit posée sur  ce qu’il est possible de tirer d’une telle exemplarité dans notre société où les droits de l’homme font aujourd’hui juste semblant d’être respectés...

Enora Monfort. 26 février 2011

Publié dans France & Monde

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Hannibal de Carthage 22/05/2011 17:56



Il n' y a pas d'arabo-berbères en afrique du nord, puisque les arabes-conquérants n'étaient pas plus nombreux que les vandales ! LOL Et
encore moins nombreux que les phéniciens.


Il y a juste des berberes restés fidèles à leurs racines et les autres qui sont des "berbères-arabisés". Il faut aussi ajouter que bon nombre d' africains du nord ont des origines sub-sahariennes
!



bouadjaj Naïma 13/04/2011 22:47



Bonsoir, merci pour cet article qui reste fidèle. Pour répondre à votre rq de fin : le peuple arabe nous donne une leçon de courage,
d’optimisme et d’espoir.  Il est tant de réagir en France pour
+ d’égalité et de légitimité. Un changement reste possible si nous nous mobilisons fortement… Une implication quelle que soit sa forme reste nécessaire… (Politique, syndicale, associative ;
manifestation, quotidienne…). Notre démarche était spontannée. Nous n'avons pas souhaité aller+ loin. C'était subptil... nous avons souhaité conscientiser les personnes à la citoyenneté entre
autre...Bonne soirée



Nantais 17/03/2011 15:20



Très vrai merci, si seulement ça pouvait se passer sans une goute de sang à l'avenir ça serait le rêve mais est ce que la révolution nous intéresserait toujours alors...?



Hannibal de Carthage 03/03/2011 13:55



L' Afrique du nord n' est ni arabe ni arabo-berbère.


L' Afrique du Nord est juste Berbère !


Ne confondons pas arabes et "Berbères-arabisés".