"Le manque de confiance dans les médias" avec Michela Marzano

Publié le par CitiZen Nantes

marzano-2.jpgMichela Marzano était l'invitée de l'Observatoire des Médias de l'Université Permanente de  Nantes le 11 février 2011. Le thème de la conférence était "Le manque de confiance dans les médias". L'universitaire a fait un exposé riche et dense notamment sur les notions de confiance et de défiance.

Michela Marzano est Docteur en philosophie, Professeur des universités (Paris Descartes.) Auteure de nombreux ouvrages notamment Dictionnaire du corps PUF 2007, Extension du domaine de la manipulation Grasset 2008, L’éthique appliquée PUF Que sais-je ? 2010. Publie chez Grasset en octobre 2010 Le contrat de défiance.

La vidéo ci-dessous ne reprend pas son exposé mais une partie des réponses de Michela Marzano lors des échanges avec le public.

11:20 Michela Marzano au CCO de Nantes. 11/02/2011. CitiZen Nantes

"Le contrat de défiance", présentation de l'éditeur

contrat-de-defiance_marzano_nantes.jpgSans confiance entre les individus, entre les uns et les autres, c’est toute notre société qui s’écroule. Apparaissent la peur, la déraison, la faillite, la guerre, la paranoïa. Et pourtant : la judiciarisation des rapports contractuels, le désir de contrôle, le refus d’offrir à l’autre une part de vulnérabilité, sans laquelle la confiance n’existe pas, engendrent une société de la méfiance, ou de la défiance.

L’essai de Michela Marzano, auscultant au plus profond la part d’ombre indissociable de la méfiance, offre une double perspective historique et philosophique : de la banqueroute de Law (1720) à la crise du prêt interbancaire (2007-2008), de l’égoïsme libéral,  (« nous avons toujours su que l’égoïsme insensible était moralement mauvais, nous savons maintenant qu’il est économiquement mauvais » disait Roosevelt de manière prémonitoire) au doute systématique des théories du complot, du don de soi dans l’amour à la multiplication des conflits juridiques dans la sphère privée (sait-on que 70 % des contentieux au TGI sont familiaux ?), de la crainte de tout perdre à l’éloge de la dépendance, Michela Marzano construit et déconstruit notre civilisation, et ses piliers.

---------------- 

"La crise a provoqué un retour à la réalité" - Josyane Savigneau  Article paru dans le Monde du 04.12.10

On parle sans cesse de confiance, de contrats de confiance. Or vous écrivez "Le Contrat de défiance"  Pourquoi ?
Dans notre société, la défiance s'est installée petit à petit. Désormais, il est extrêmement difficile d'avoir confiance en l'autre. Pourtant, on se retrouve face à de nombreux slogans sur la confiance, le contrat de confiance, le "il faut que la confiance revienne", après la crise. On ne cesse de décréter cela.

Mais la confiance ne peut revenir qu'à long terme. Et si l'on accepte de déconstruire toute une idéologie des trente dernières années, où l'on s'est focalisé uniquement sur la confiance en soi, avec la séparation des personnes en deux catégories : les "winners", qui sont tellement sûrs d'eux, ne font pas confiance aux autres et ont raison de ne pas le faire, parce que ce serait un signe de faiblesse ; les "losers", ceux qui avaient justement la faiblesse de croire encore qu'ils devaient compter sur les autres.

Certains pensent que confiance et crédulité sont synonymes...
La confiance est un concept ambigu. Si on pense que pour faire confiance, il faut que cette confiance soit absolue, totale, on se trompe et, en effet, on tombe dans une forme de crédulité. Si par confiance on entend la nécessité d'accepter le fait qu'il faut de temps en temps pouvoir compter sur les autres, on n'est pas dans la crédulité, parce qu'on prend en compte aussi la possibilité de la trahison. On fait un pari.

La confiance qui m'intéresse c'est un pari. Un saut dans une certaine forme d'inconnu. Un pari sur la possibilité de développer des relations profondes. Même si on sait qu'il y aura des difficultés, voire des trahisons.

Publié dans Médias et data

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article