La déclaration d'adieu au Conseil général de Françoise Verchère

Publié le par CitiZen Nantes

" J'aime la biodiversité fabuleuse du vivant, du triton des zones humides à l'éléphant de la savane mais j'avoue que j'accepterais volontiers une perte de la biodiversité humaine parce que s'il y avait moins de méchants, de « salauds » (au sens sartrien) et de « cons » (au sens commun), le monde irait quand même mieux " - Extrait de la déclaration de Françoise Verchère 18/12/2014

L'élue opposée au projet de Notre-Dame-des-Landes quitte le Conseil Général de Loire Atlantique (44). Elle ne se représentera pas en mars lors des prochaines élections.
Conseillère générale de Rezé, ancien maire de Bouguenais, Françoise Verchère (Parti de gauche) avait siégé de nombreuses années à la commission consultative de l'environnement de l'aéroport de Nantes Atlantique avant d'en être débarqué en octobre 2014.

Voici sa déclaration prononcée lors de la dernière session de l'année du Conseil Général, consacrée à l'examen du budget 2015.

Déclaration de Françoise Verchère au Conseil général le 18/12/2014
 « Enfin les cinq dernières minutes ! Après, j'aurai fini de vous énerver, de vous agacer, de vous horripiler, dans cette enceinte du moins. Pas besoin d'inspecteur Bourrel (les plus jeunes se feront raconter la série), j'avoue. Je suis coupable. Coupable de m'être égarée en politique moi qui voulais quand j'étais petite m'occuper plus tard d'enfants ou d'animaux. Certes, je pourrais dire que des drôles d'oiseaux et des grands enfants j'en ai croisés dans les couloirs – et pas qu'ici- mais comment dire ? On était parfois plus près des jeux de l'amphithéâtre que des Bisounours…

Bref, coupable et énervante. En espérant ne pas vous énerver trop une dernière fois, je voudrais  juste éclairer mon drôle de parcours et les positions que j'ai prises durant ces longues années passées ici, et je vais le faire à la manière de Petite Poucette (Michel Serres) dont nous avons parlé cette semaine, en mode binaire, en mode Facebook…

J'aime le voyage et la découverte de l'autre mais je n’aime pas la frénésie qui fait de nous tous des électrons en mouvement perpétuel dans le grand cyclotron de la vie  moderne.
J'aime la chimie qui soigne et sauve des vies, je n'aime pas celle qui empoisonne les abeilles, les sols et les hommes.

J'aime la biodiversité fabuleuse du vivant, du triton des zones humides à l'éléphant de la savane mais j'avoue que j'accepterais volontiers une perte de la biodiversité humaine parce que s'il y avait moins de méchants, de « salauds » (au sens sartrien) et de « cons » (au sens commun), le monde irait quand même mieux.

J'aime la pensée socratique qui accouche par la réflexion de la vérité, au moins d'une partie de la vérité et je n'aime pas la pseudo pensée en 30 secondes de micro ou en 140 caractères de tweet.

J'aime la langue et pas que française, je n'aime pas la novlangue, l'anglais commercial à tout bout de champ, l'euphémisme permanent et la langue de bois.
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Photo extraite de "Etat d'élue" 2009

J'aime  la devise romaine « aurea mediocritas » qui veut dire « la juste mesure est d'or » (pas la médiocrité, la juste mesure) mais j'aime aussi la passion qui brise les chaînes.

J'aime la complexité des hommes et des choses, je n'aime pas que cette complexité devienne de l'impuissance ou un alibi pour ne rien changer et ne pas s'attaquer à l'injustice.

J'aime la « décence commune » chère à Georges Orwell, c'est à dire la morale simple et humaine des gens ordinaires, et  je n'aime pas la morgue et l'indécence des maîtres du monde.

J'aime les valeurs ringardes que sont l'honnêteté, la fidélité à ses convictions, la concordance des actes et des paroles, la reconnaissance, et je n'aime pas... leur inverse.

Et puisqu'il faut parler budget pour finir, j'ai aimé à mon entrée dans cette assemblée décortiquer ligne à ligne (avec Albert Mahé à l'époque) le budget d'une majorité de droite essoufflée, je n’ai pas aimé les réformes comptables M 14 ou 17 ou 21 qui prétendument plus transparentes rendent la lecture d'un budget bien plus compliquée en réalité.


J’ai aimé tout ce que la majorité depuis 2004 a changé en bien pour ce département, mais j'aurais  aimé qu'elle aille plus loin, qu'elle ose vraiment la rupture avec les schémas d'hier, la croissance « sacrée », le « développement » toujours affublé désormais de l'adjectif « durable » qui sont les leurres ultimes du capitalisme. J'aurais aimé qu'elle vole, comme les canards sauvages,  contre le vent parce que je crois qu'il y a urgence.

Je suis soulagée de pouvoir à l'avenir passer plus de temps à marcher qu'à être assise, j'ai envie de cultiver mon jardin au sens où les anciens l'entendaient, le jardin, les amis, la littérature mais les statues de l'île de Pâques, témoins de la folie des hommes que j'avais un jour montrées ici me hantent parce que l'histoire bégaie : crise écologique, aveuglement des élites, guerre. Les trois causes de l'effondrement des civilisations sont là, à un niveau inégalé puisque mondialisé.

Et si moi aussi je suis émue ce matin, c'est parce que j'ai peur pour les enfants qui naissent et les animaux qui meurent en silence. Parce que je sors d'ici Antigone, ce qui ne devrait plus être de mon âge, et alors qu'à vingt ans je comprenais Créon…

Je ne sais vraiment pas quoi souhaiter à cette institution qu'est le Conseil général puisque personne ne sait ce qu'il deviendra, ce que seront ses compétences et ses ressources, et si même il existera encore... Je souhaite donc à chacun le meilleur pour lui…

Merci à tous. »

Françoise Verchère. 
Conseil général, séance du 18 décembre 2014
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