La Coutelière : Une expérience de jardin autogéré et autonome

Publié le par CitiZen Nantes

Pierre Carles était passé avec deux collaborateurs au jardin autogéré de la Coutelière (1), à Saint Herblain, en 2006, pour son film "Volem rien foutre al païs". J'y avais été invité en 2011 par Gaël. J'y suis retourné aujourd'hui, sur invite de Katell, oui celle qui ici-même vous informe de bien bonnes choses si nécessaires :-)

La Coutelière, c'est le nom d'un village proche, sis à la frontière de Couëron et Saint Herblain. Le collectif oeuvre sur des terres appartenant à deux propriétaires, avec baux annuels renouvelables. L'un est cool, l'autre de moins en moins commode. Il n'y a pas d'accord, ni les moyens, pour songer à être 'propriétaire' en collectif. L'espace a donc un avenir non assurée à 100 %.

 
Trois générations et plusieurs dizaines de personnes y oeuvrent depuis treize ans. On y pratique la culture sur butte sans labour, le paillage qui aide à récupérer la rosée du matin et maontient plus d'humidité sur les sols ensemencés. On s'évite le binage contre les 'mauvaises' herbes. Cette année : choux, pomme de terre, tomates, fraises, framboises, groseilles entre autres. Dans les plantes adventices j'ai relevé un peu de trèfles et autres fournisseurs d'azotes, des bleuets, du liseron (aimant les framboises), des coquelicots, du rumex (plus dans les chemins), des graminées variées, en bout de 'buttes' des fougères communes etc.


La faune du coin comprend entre autre un petit renard, une harde de 5 ou 6 marcassins (sangliers immatures), des hérissons, quelques orvets, des corvidés, un pinson en commensalisme avec les humains nichant sous un chêne sous lequel j'ai dîné et soupé aujourd'hui. Il manque cruellement d'insectes, donc de batraciens et reptiles, mais pas d'oiseaux.


Cet espace 'bio' - disons en agriculture naturelle - est cerné de cultures productivistes à forte quantité d'intrants qui limitent la reconstitution de la chaîne alimentaire. Si la biodiversité en plantes a explosée sur les parcelles et entre elles - il y a maintes haies et quelques friches et peu de sol à nu moins de 10 % - celle des animaux met plus de temps à se reconstituer. Ainsi, des filets protègent certaines cultures (fraise) contre les escargots qui n'ont pas assez de prédateurs. Pour les doryphores, qui vivent longtemps à l'état de larves dans la terre avec une crève vie aérienne - comme les hannetons - une rotation des cultures avec déplacement chaque année des parcelles ensemencées en pomme de terre les blousent et c'est pour eux la grosse loose et pas d'insecticide. :-)


Une mare n'est pas loin et donc quelques rares moustiques, du compost, des cultures sous bâches plastique (c'est laid mais constitue une étape intermédiaire), d'autres sous serres (tomates).
De nombreuses constructions en bois (cabanes) et matériaux de récup' - dont une sorte de vieille caravane - constituent des ranges-outils ou des lieux de stockage, de séchages etc. sont venues s'adjoindre au 'chalet' d'origine où la cuisine se prépare en commun. Marc est le principal architecte de ces ouvrages. Michelle est la poétesse et artiste du lieu :
"Ce que j'écris, je le pense. Ce que je pense je l'écris (...) mais je n'écris pas tout ce que je pense (...) Ce qui m'inquiète vraiment, c'est l'effacement du vivant". C'est une militante infatigable de la vélorution, de l'anarchie concrète sans les interminables discussions théoriques.


Derrière et à côté de moi des enfants s'exercent au maniement d'arcs rustiques, une autre interprète une mini-pièce de théâtre pacifiste en interprétant seule les cinq rôles, entrecoupant sa prestation d'indication de mise en scène, des djeun's des années 60, plus que quinquagénaire s'essayent au hula hup avec un cerceau de plastique. Michelle s'est retirée sous une frondaison pour jouer du violon tranquille. Un rebelle de septante printemps a tourné sa casquette à l'envers : la ZAD va mettre le dawa à la tessi !


Il n'y a que des convives responsables et qui s'écoutent et pas de vent mauvais qui emporterait tout ce qui se réalise ici. Passant à l'action concrète AVANT l'apprentissage théorique, il n'y a nul fractionnisme, nul chef ou leader, nulle lutte d'influence.
Rentré au coucher du soleil, je termine ici mon reportage.
T. Kruger, réalisateur

(1) Tournage de Volem rien foutre al Païsde à la Coutelière - Pierre Carles

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