Publié dans : Centre ville
Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 18:15
cachin-nantes3.jpgPrécieux, sobre et classe Olivier  Cachin quand il apparaît au Pannonica, chaussures vernies et tenue impeccable. L’animateur et maitre de cérémonie de la célèbre émission Rapline (de 1990 à 1993), qui scotchait alors une partie de la jeunesse chaque samedi soir  était invité (18/02/10) par Pick-Up et Trempolino dans le cadre du Festival Hip-Hop Session.

Pendant près de 2 heures, le journaliste a retracé l’hitoire du hip-hop et du rap en particulier. Début du voyage avec les New-Yorkais de The Last Poets (fin des années 60’) et débarquement avec le rappeur français  Booba. Didactique et inspiré Olivier Cachin entrecoupe son propos de morceaux évocateurs...Tentons donc ici de résumer succintement son intervention. Nous ajouterons quelques dates repères avec des vidéos qui concordent à sa sélection musicale.

Tout part donc de "la poésie rapée" du groupe The Last Poets qui  pose un regard parfois "extrêmement dur et critique sur les noirs eux-mêmes".  Les États-Unis sont alors, paradoxalement à leur nom, une nation qui vit sur un modèle ségrégationiste. Aucune idée mercantile à la genèse de cette aventure hip-hop perçue comme une mode qui se développe sur le principe des "fêtes de quartiers" improvisées; "avec les mamans aux coins des rues pour vendre des gâteaux". Bientôt ce sont les Clubs qui s'ouvriront....

1979  Sugarhill gang : "rapper's delight"

"Quelques accidents capillaires plus tard" au début des années 80’, c'est l'arrivée du sampler qui finira de "démocratiser" le rap.

1982 : Grand Master Flash avec "The message" ou l’exploration de la vie du ghettho par un "œil-caméra"

Divertissant ou politique le rap joue aussi d'entrée la carte de l’ouverture avec, en référence, l’album "Lost In Space" de Jonzun Crew (1983) qui emprunte et explore différentes voies musicales.

La West-Coast  entre à son tour dans le mouvement dans un style "moins fragmenté, plus funk avec parfois de vraies basses" sur fond de "culture des gangs"... Ce vent nouveau, attisé par les N.W.A (Niggaz With Attitudes) from Los Angeles, durcit le ton en réaction, notamment, à la politique socialement restrictive du président Reagan.  Le commerce entre lui aussi dans la danse contrairement à la France où pour Cachin "l’égo est plus fort que le magot".

Le morceau "Fuck tha Police" des N.W.A agit comme une bombe dans la communauté noire américaine. Par le simple jeu du bouche à oreille, l’album est vendu à 2 millions d’exemplaires. "Tous les noirs s’y reconnaissent".

N.W.A Straight Outta Compton (1988). Fuck Tha Police

Olivier Cachin se fait plus précis : la trajectoire du rap sera t-elle récupérée par "les blancs" comme "le rock qu’Elvis Presley a volé "aux noirs" interroge t-il, citant Chuck Berry.  Et bien non, puisque c’est André Romelle Young, alias Dr. Dre, producteur et musicien de N.W.A, qui produira le phénomène Eminem. Reconnaissant envers le rap noir et conscient de sa différence ce dernier affirme : "Si j’étais noir, j’aurais vendu la moitié de ce que je vends".

Eminem "The way I am"


Olivier Cachin revient ensuite sur l’opposition quasi originelle entre l’Est et l'’Ouest avec respectivement  et schématiquement New-York qui revendique la paternité du rap et Los-Angeles qui se vante de "vendre des disques et de faire du Business".

Au-delà de cette guerre géographique le gangsta rap n’est pas qu’une histoire de mots puisque en 1996, tombent sous les balles deux leaders du rap américain :  2Pac (25 ans) et, à six mois d’intervalle, The Notorious Big ; aucun des deux crimes n'a jamais été élucidées.

Un  litre de Coca plus tard, doucement, le journaliste glisse vers le rap français  en évoquant  l’arrivée de l’émission de Sydney sur les écrans  et la, dorénavant  mythique, compil’ "Rap attitude" qui sort en 1990 "avec le très mauvais morceau –je rap- d' NTM". Ces derniers sortiront  la même année un  grand maxi (4 titres) d'une autre facture...

Lionel D. " Pour toi le Beur".
Extrait de "Rap attitude". 1990


En écho aux tensions sociales dans les cités françaises dans les années 90' le rap est vite fait stigmatisé et les médias voient la menace de "bandes qui menacent Paris".

L'ogre américain "Public Enemy" avec son puissant Chuck D. et son virevoltant Flavour Flav , encadrés par leur armée débarquent à Paris. Avec évidence
, Olivier Cachin dénonce insidieusement mais clairement le sort réservé par les médias au groupe New-Yorkais. Diabolisé, Public Enemy est présenté comme dangereux.  Le parallèle est vite fait avec le regard méprisant  posé,  encore aujourd’hui ,sur le rap français. Associé au ghetto ou à la banlieue, le rap fait peur... Fear of a black planet ? (1990)

C’est aussi le début des plaintes... Tiens donc. La police digère mal le titre "Brigitte femmes de flic… " (1994) du Minister A.M.E.R
(rétro-acronyme de Action, Musique Et Rap) qui en remettra une couche dans  la compil’ qui accompagne la sortie du film "la Haine" (1995). Le morceau "Sacrifice de poulet" ("une tradition aux Antilles" constate, amusé, O. Cachin) fera condamner les auteurs à une amende de 250 000 Francs. Le ministre de l'époque, Charles Pasqua, demandera ll'interdiction de vente de leurs disques. Aujourd’hui c’est le groupe la Rumeur qui enfilent comme des perles les procès, toujours gagnés, jamais terminés... Quand "une cassation est cassée", que reste t-il ?

Minister A.M.E.R - "Brigitte, femme de flic
"


Si "le rap français trouve très vite son identité autour du texte" il est très peu diffusé contrairement à l’idée reçue constate notre expert. La radio Skyrock fut la seule radio à en diffuser et n'y trouve plus le même intérêt aujourd'hui. Et le discours ambiant n'est-il pas que le rap est une musique faite par "des arabes et des noirs de banlieue" ?

La fin du voyage  approchant, on sent poindre  quelques coups de cœur quand le journaliste évoque la "vraie rebelle" qu’est Keny Arkana avec en écoute  "la rage" (2006). Rappeuse engagée, elle incarne "la spécificité très française d’un rap en prise directe avec la réalité".

Keny Arkena "La rage". 2006


Et aujourd’hui ? Et bien "le ghetto parle au ghetto" résume Cachin. "On entend les echos du rap" qu'illustre  "l’attitude banlieue" mais "on n’entend pas de rap". Une discrimination musicale.

Avant de se prêter au jeu des questions, notre spécialiste  fait un dernier détour vers "le jeunisme" qui atteind le rap. Il fait là référence à la "légitimité de l’ancien" d' MC Jean Gab 1 qui avec un "argot d’apache" sort en  2002 le fameux  titre "J't’emmerdre" qui déclenchera une véritable guerre avec ses cadets...

MC Jean Gab 1.
" J't’emmerdre". 2002


Enfin de conclure sur ce que notre sono-conférencier d'un soir considère comme "un des textes les plus brillants du rap français" :  "Pitbull" de Booba dont voici le refrain :
"Bras levés, tête haute, j'ai rêvé qu'j'mourrais au combat. / J'veux pas mourir sur scène. / Le ciel sait que l'on saigne sous nos cagoules. / Comment ne pas être un pitbull quand la vie est une chienne ?"  -Texte intégral-

Booba. "Pitbull". 2006


Ah oui, on noublie pas :  Merci Monsieur Cachin.

cachin nantes


Photos et texte Y. Monteil.  23/02/10



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