L'esclavage, un point noir dans l'histoire de France et de Nantes

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour

24/07/2015 - Le divulgateur du Code Noir face aux critiques mordicantes de la bien-pensance

Les historiens qui interprètent cette législation de l’esclavage au XVIIe siècle comme la première “médiation” entre l’’esclave et son maître et non comme une tentative de justifier l’inacceptable font fausse route.

Louis Sala-Molins

Par Peter Lema

06/09/2012 - L'historien Louis Sala-Molins sortait en 1987 un livre qui fera date : "Le Code Noir ou le calvaire de Canaan". L'ouvrage révèle l'un des textes juridiques les plus sordides élaboré par Colbert et promulgué en mars 1685 par Louis XIV. Nos historiens français n'y avaient pas encore pensé ?!

Art. 38. L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées, et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; s’il récidive, un autre mois, à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys, sur l’autre épaule ; et la troisième fois, il sera puni de mort.

L'intérêt est que dans ce livre comme dans la vidéo ci-dessous, réalisée par Peter Lema dans le cadre des 25 ans de la sortie du livre, Louis Sala-Molins prend du recul par rapport au seul point de vue abolitioniste et tance le bon droit des Lumières et la France Royale qui avant d'être émancipatrice a d'abord été esclavagiste.

Marche des Esclaves - Passerelle Noire. 9 mai 2007. Photo : Yves Monteil

Marche des Esclaves - Passerelle Noire. 9 mai 2007. Photo : Yves Monteil

Nos représentants et penseurs du Mémorial ont-ils lu et écouté Louis Sala-Molins ? Oui sans doute. mais pourquoi alors lui et son travail majeur n'ont-ils pas eu droit de citer dans la réflexion et la réalisation des panneaux ?

Pour Louis Sala-Molins et d'autres, la réponse se trouve en partie dans les textes qui longent le Mémorial. Ou plutôt dans les textes qui n'y sont pas. Aucun d'entre eux ne fait en effet référence au Code Noir ni à aucun document juridique dont il existe pourtant de nombreuses traces.

En effet comme le veut le sens commun (légitime ?) et dans la lignée d'un certain sens rétrécit de l'Histoire, le choix a été fait de créer un "Mémorial de l'abolition et pas du tout un mémorial de l'esclavage et de son abolition" comme le note le philosophe.

Quid donc de la légitimation juridique de la traite, de la restauration de l'esclavage par Napoléon ?...

"Nous sommes dans une optique de célébration du génie émancipateur français et pas du tout dans l'optique d'une mémoire sereine dans laquelle on ferait une place, non seulement à la France qui émancipe, mais aussi et surtout à la France qui légitime l'esclavage."

Louis-Salin Molins

Et ainsi en écartant cette légitimé incarnée, l'air de rien, laisser croire au quidam visitant le mémorial que Versailles serait en dehors de toute cette Histoire...?

Gageons que nos représentants sauront relire et écouter Louis Sala-Molins plutôt que nier certaines évidences ; et ainsi réctifier le tir en intégrant des textes en référence à la légitimation de l'esclavage. Le sens (véritable ?) de l'Histoire nous l'imposera tôt ou tard. Il aurait été bien que cela fût fait et que nous passâmes à autre chose.

Yves Monteil

Interview de Louis-Sala-Molins

Par Peter Lema

Compléments

Chronologie

1681 : Décision de Colbert, secrétaire d’Etat à la Marine, de rédiger le Code Noir

1683 : Mémoires de l’intendant Patoulet et du gouverneur Blénac - Décès de Jean Baptiste Colbert, père. Son fils Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay lui succède.

1685 : Seignelay, le Tellier et le Roi signent le Code Noir

1704 : Enregistrement du Code Noir à Cayenne

1723 : Le Code Noir est applicable à Bourbon (La Réunion) et à l’ïle de France (Maurice)

1724 : Le Code Noir est applicable à la Louisiane. Il est actualisé par Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas.

Fin XVIIIe : renforcement des mesures discriminatoires à l’égard des libres 1793 : Abolition à Saint-Domingue 1794 : Abolition de l’esclavage par la Convention

1802 : Rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte.

1803 : Les dispositions du Code Noir sont intégrées au Code Civil.

Extrait de "1685 - Le Code Noir des Colbert". Dominique Chathuant - 1998

Interview d'Olivier Lecour Grandmaison sur le Code de l'Indigénat et l'Héritage colonial

Publié dans Mémorial, Esclavage, Nantes

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Thierry Prouteau 28/11/2012 22:19


bonsoir


"gesta Dei per francos", jubilatoire exhumation


une prise de position importante dans l'agglo, à relayer sans restrictions


 


 


 

Elo 09/09/2012 02:26


Concernant ce mémorial, en outre, le fait qu'à quelques centaines de mètres se trouve encore une rue Cuvier et un arrêt de bus du même nom laisse perplexe...