Journalisme et réseaux sociaux : incompatibles ou complémentaires ?

Publié le par CitiZen Nantes

Étrange sentiment jeudi soir (17/03/11) lors de la conférence « Médias locaux : outils d’information ou outils de communication ? » organisée au CCO par le  Club de la Presse Nantes Atlantique.

À la mi-temps de la table ronde  j’ai senti mes paupières lourdes avant que n'intervienne une question du public sur les réseaux sociaux. J'ai alors senti comme un goût de revenez-y, en écho à l'interpellation dont j'avais fait l'objet l'année dernière (1) alors que j'étais invité à présenter Citizen Nantes.

Dans un échange mails qui avait suivi la soirée du Club de la Presse, l'ancien journaliste Alain-Pierre Daguin préjugeait, non pas des réseaux sociaux, mais des médias citoyens :

"Ne me reprochez pas d'avoir vécu pendant plus de trente ans le journalisme de terrain et de continuer à croire que les citoyens y sont toujours sensibles. Du moins osé-je l'espérer ! Si ce n'est plus le cas, je crains que mes confrères d'aujourd'hui ne s'ennuient véritablement à traiter des informations qu'ils ne sont pas aller eux-mêmes chercher. Tant il est vrai que l'écran fait écran…"

Rebelotte jeudi soir avec Marc Dejean, rédacteur en chef de Presse-Océan, qui à propos des réseaux sociaux déclarait :

"Si c'est pour faire du journalisme assis, via un écran, alors que l'on est un média de proximité et que l'on a une chance extraordinaire : c'est que nos sources sont dans la rue et à portée de mains".

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Et de poursuivre sur un parralèle surprenant entre un libyen qui, dans un contexte de guerre, suivrait l'info sur les réseaux sociaux alors que nous, nantais avons la chance de pouvoir sortir. Oui, soit. Mais d'où vient donc cette manière d'opposer réseaux sociaux et journalisme ? Pourquoi ne pas voir une complémentarité entre les deux.Twitter n'est-il pas un outil comme peut l'être le mail ou le téléphone ? Et puis  pourquoi concasser ces réseaux sociaux pour les réduire à leur seule fonction de "source" ? C'est bien plus encore que de partager, suivre le fil de personnes travaillant dans le même milieu que vous. Les fils twitter des journalistes sont loin d'être superficiels et on y apprend énormément.

Un fait d'actualité vient d'ailleurs battre en brêche cette opposition entre "journalisme d'écran" et "journalisme de terrain" avec la mort samedi 19 mars du journaliste-citoyen Libyen Mohamed Nabous. Ce " journaliste d'écran" a payé de sa vie d'embrasser le terrain.

À la suite de Marc Dejean, c'est Jean-Marie Biette, directeur départemental de Ouest-France qui apporte la contradiction. Ouf !

"Moi je conseille à tous les journalistes d'avoir un compte (...) Mine de rien il y a des tonnes d'infos qui se baladent sur Twitter et Facebook qui font qu'on ne peut pas les oublier".

Véronique Bonnet, responsable « relations presse » à la mairie de Cholet et administratrice du Syndicat National des Attachés de Presse et des conseillers en relations publiques, appuiera aussi dans ce sens :

"Les nouveaux médias nous amènent à ré-inventer, nous attachés de presse, un nouveau mode de fonctionnement".

Bruno Chéné, ancien journaliste, consultant chez Alphacoms (relations presse), administrateur de l’APCOM n'est quant à lui pas tout à fait d'accord puisque, en tirant de grosse ficelles, il nous explique que Radio France (représenté par François Rivaud, rédacteur en chef de France Bleu Loire Océan) lui avait donné l'info avant ses collègues,qui cherchaient sur les réseaux sociaux la source d'un grand "bang" entendu à Nantes il y a peu...

Et alors ? Ceci signifie t-il que les réseaux sociaux sont bons à foutre à la poubelle ? À l'heure de l'explosion du data-journalisme incarné par les inovants d'Owni.fr, la démonstration de l'émetteur/récepteur faite par Marc Dejean semble caduque.  

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On peut bien sûr échapper à l'imbrication des infos drainées par les réseaux sociaux, se couper de certains témoignanges, échanges ou tweets mais on ne peut pas opposer à cet écran, le terrain; sauf peut-être dans certaines rédactions nationales de médias traditionnels qui embauchent, en les exploitants, des apprentis journalistes au sous-sol des rédactions pour veiller sur les médias sociaux et les faire vivre.

Avant cette question sur les réseaux sociaux, Corélia, proche collaboratrice de Citizen, avait interrogé les invités journalistes sur la notion de création et d'inventivité dans le traitement de l'information. En guise de réponse nous avons eu "le choix de l'angle"  en guise de voie créative  ou encore le procédé du "Pour ou contre" en guise d'inventivité. Un peu court quand on sait que courent en ligne de multiples approches nouvelles. C'est Twitter qui me l'a dit.

Yves Monteil. 22 mars 2011

(1) En 2010 la précédente conférence du Club de la Presse avait pour thème "l'avenir des médias".

Légende : De gauche à droite, Véronique Bonnet, Marc Dejean, Jean-Marie Biette et François Rivaud


Journalisme et réseaux sociaux

4:01 Extrait de la conférence. « Médias locaux : outils d’information ou outils de communication ?" 17/03/11 Images - Citizen Nantes 

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