François De Rugy, député EELV, sur Notre-Dame-Des-Landes

Publié le par CitiZen Nantes

François De Rugy, député Europe Ecologie Les Verts (EELV) de Loire-Atlantique, revient sur le projet d'aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Interviewé jeudi 8 octobre, il regrette le manque de débat, dénonce la communication excessive de Jacques Auxiette et reste confiant sur l'avenir de ce dossier, convaincu que l'opération de police, déclenchée le 16 octobre 2012, a resserré les rangs. Extraits.

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- Existe-il des points défendables dans le projet de l'Aéroport du Grand-Ouest ?

Je n'en vois pas. Contrairement à ce que disent beaucoup de gens, l'actuel aéroport est bien placé. C'est un atout qu'il soit proche du centre-ville de Nantes. Il est fonctionnel, efficace et ne dysfonctionne pas.

- Quel regard portez-vous sur le débat ? 

Une fois que tous - État, direction générale de l'aviation civile, Chambre de Commerce et d'Industrie et collectivités locales - étaient engagés en faveur de Notre-Dame-Des-Landes, on n'a eu de cesse de fermer le débat. On considérait que la seule solution c'était Notre-Dame Des Landes et rien d'autre (...) 

Un front a été ouvert et on n'en ouvre pas d'autre. C'est le refus de regarder les choses sans à priori et de tout sous-peser. On s'engage dans une voie et on considère que c'est la seule en ne laissant surtout pas entendre qu'il pourrait y en avoir une autre.

(...) Il n'y a jamais eu de débat sérieux. Lors du débat public, la question n'était pas "est-ce qu'on peut faire autre chose ?" Mais "comment on peut le faire ?"

- Que pensez vous de l'opposition au projet ?

Je constate que des gens ont une analyse à contre-temps. Il y a un peu plus d'un an il y a eu des tensions assez fortes, y compris au sein des opposants, parce que certains s'engageaient dans une dérive d'actions violentes, dont Europe Ecologie Les Verts (EELV) a d'ailleurs été victime : les épluchures sur la tête de Nicolas Hulot, le siège départemental EELV barbouillé et le siège régional dont la vitrine a été fracassée.

Il y a eu le saccage d'une entreprise d'Orvault qui faisait du carotage. Et aussi, une affaire, jamais éclaircie, d'une entreprise filiale de Vinci à Sautron. Tout ça nous l'avons condamné. A ce moment-là c'était préoccupant de voir ces dérives d'actions violentes. Et puis il y a eu la manifestation du 24 mars 2012 qui a été sur la corde raide. Ma propre permanence a été taguée alors que j'étais là.

Depuis quelques mois c'était plutôt assez calme. Celles et ceux qui sont partisans de ces actions coup de poing en avaient rabattus et s'étaient eclipsés. Cela ne veut pas dire que ceux qui occupent illégalement des maisons et autres lieux étaient partis mais ils occupaient pacifiquement.

- Et depuis le déclenchement de l'opération d'expulsions et de destructions ? 

L'opération de police de grande ampleur lancée il y a trois semaines aurait pu réveiller cette envie d'en découdre. Finalement j'ai constaté, et c'est une agréable surprise, que c'est le côté policier qui est apparu comme assez dur et qu'en face c'est resté assez non-violent.

Il y a bien eu quelques heurts et frottements sur place car les gens ne se laissent bien sûr pas déloger comme ça. Seules les dégradations sur les sièges du PS un peu partout en France sont vraiment débiles et ne servent pas la cause.

Cette idée que la lutte contre l'aéroport ne serait plus le fait que d'une minorité extémiste est une idée fausse. Au contraire sur le terrain s'est constituée une nouvelle solidarité qui n'existait pas forcément entre les occupants illégaux et les occupants de longue date. Dans la lignée de la grève de la fin de mai 2012, c'est plutôt la lutte déterminée mais pacifique qui l'emporte et connait un nouvel essor.

Il faut être honnête, à un moment donné, il y avait de l'usure chez les opposants. L'opération de police, sur la durée, est inégalée en France pour un projet d'infrastructure. Elle a recréé une mobilisation.

-NDDL-D281-107.JPGNotre-Dame-Des-Landes. 07/11/2012

- Que pensez-vous de la communication de Jacques Auxiette ?

Il est monté au créneau de son propre chef. J'ai du mal à distinguer dans ses prises de position ce qui relève de l'excès de zèle et de la provocation. Y compris à l'égard des élus écologistes qui sans être cités, sont visés de manière extêmement claire.

Des élus socialistes favorables au projet d'aéroport avec qui j'ai parlé ne partagent pas cette manière de faire contre-productive qui démontre un manque de sang froid et de sérénité. Le projet ne doit pas être aussi solide que ça car si sa justification était si solidement ancrée dans les têtes de notre département et de notre région, il n'y aurait nul besoin de s'agiter de cette façon, avec cette surenchère dans la communication et dans les mots.

Pour celles et ceux qui soutiennent le bien fondé du projet, il n'y a nul besoin d'en rajouter dans les attaques. Cette démonstration de force de police suscite déjà un trouble dans beaucoup d'esprits, y compris chez des gens qui ne sont pas opposants et au-delà de notre région. En rajouter, le président de la région est d'ailleurs le seul à le faire, me parait surréaliste.

- Et les autres responsables politiques ? 

Rimbert et Retière, qui sont maintenant l'exécutif à deux têtes de Nantes et de Nantes Métropole, se sont contentés d'un communiqué qui fait quinze lignes et qui a été publié deux semaines après le lancement de l'opération... 

- Comment voyez-vous la suite ?

Sur ce projet, je ne suis ni optimiste ni pessimiste. J'ai toujours pensé qu'il pouvait être abandonné comme d'autres projets pourtant très engagés. Je pense à la centrale nucléaire du Carnet pour laquelle une déclaration d'utilité publique avait été signée avec des travaux qui devaient commencer. Mais ça a été abondonné sur décision politique.

Je pense aussi au projet d'aménagment aéroportuaire de Donges-Est, qui après de multiples procédures devait voir les pelleteuses se mettre en branle (...)

Je constate un élément nouveau et inattendu : l'opération de police a plutôt réveillé l'opinion sur le sujet qui se dit qu'en cette période d'hyper difficultés budgétaires au niveau national et local, il n'y a pas à se poser de questions sur l'utilité de continuer ce projet en le finançant avec de l'argent public quasiment pour moitié.

Il ne peut pas être compris par les gens que ce projet soit le seul à survivre à la rigueur budgétaire.

Et à l'heure de la conférence environnementale ?

Par rapport à tout ce qui est dit dans la conférence environnementale lancée par le président de la république et le gouvernement, cela a réveillé les esprits sur le fait que ce projet, au moins du point de vue du symbole, est en contradiction avec cette conférence et qu'il pouvait, au minimum, être remis en cause et ré-examiné.

La bataille d'opinion est là-dessus. Certains promotteurs du projet veulent faire croire que c'est irréversible, alors que ce n'est pas vrai et que l'opération de police n'y change rien, et d'autres (associations locales et nationales, syndicats paysans, élus, partis politiques...) qui mènent la bataille pour dire qu'il est tout à fait possible de se poser la question de savoir s'il faut continuer ou pas ce genre de projet.

- Serez vous présent pour le rassemblement du 17 novembre ?

Nous sommes en lien depuis longtemps avec l'ACIPA et d'autres acteurs locaux et donc nous aurons une action très prochainement sur laquelle on ne souhaite pas trop s'étendre car dans l'état actuel il faut parfois savoir faire état d'un peu de discrétion.
Pour le 17 novembre nous verrons comment on se répartit les uns les autres car nous avons une réunion nationale de notre parti ce même jour à Paris.

Propos recueillis par Yves Monteil, le 8 novembre 2012 

>> Retrouver le dossier spécial "Notre-Dame-Des-Landes"

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