Mali : Pour un contrôle politique et citoyen des ressources minières

Publié le par CitiZen Nantes

Suite du dossier sur l'initiative citoyenne de Faléa 21 au Mali

Faléa 21 poursuit 5 objectifs 

1. Construire un réseau de solidarité nationale, inter-africain et mondial pour la défense des intérêts de la Commune de Faléa et de sa population confrontée à une intégration imminente dans les circuits globaux d’exploitations minières.

2. Contribuer à renforcer les capacités de l’Etat malien à accomplir ses missions souveraines, à assumer ses responsabilités dans le fonctionnement du secteur minier en remplissant ses fonctions de sécurisation des populations, de protection de l’environnement et du patrimoine culturel (matériel comme immatériel), de régulation, de contrôle effectif des activités des compagnies minières, de garant de la justice sociale et de la solidarité nationale

3. Soutenir et participer à compléter les efforts actuels des autorités nationales pour impulser et promouvoir un développement local durable au profit des populations.

4. Contribuer à amener les compagnies minières à tenir compte des intérêts fondamentaux et à long terme des communautés locales, les aider à acquérir et développer une culture de compromis avec les citoyens et les populations concernées par leurs activités.

5. Prendre une part active à l’accroissement  de la participation et des capacités d’initiative et de création des organisations citoyennes, des communautés locales, des diverses catégories sociales et des individus ; dans cette dynamique, assurer à terme, avec le concours des autres acteurs impliqués, les conditions  de réussite d’une gouvernance locale équitable et solidaire.

Cette initiative citoyenne vise à renforcer des contre-pouvoirs constitutionnels et institutionnels existants. Elle se situe dans une stratégie d’alliance ou de convergence avec divers acteurs à travers le monde. Elle appuie son intervention sur la base de l’enquête et de l’analyse scientifiques, de la réflexivité, de la production de savoirs et de propositions opérationnelles, de l’expertise.

Un accent tout particulier sera mis sur le renforcement technique que la radio communautaire de Faléa qui servira de canal de diffusion des informations relatives aux projets miniers, en langues locales pour que le plus grand nombre comprenne ces enjeux locaux.

Objectifs finaux de Faléa 21
Cette approche novatrice permettra, entre autres, d’initier, par la concertation, le dialogue et la négociation entre l’Etat, les élus, les communautés, les organisations citoyennes, les universités, institutions de recherches, chercheurs et scientifiques indépendants :

- Un code environnemental et de gestion de ressources naturelles consensuel, adapté aux réalités locales et compatible avec les exigences d’un avenir viable pour la planète
- Un code éthique en matière de business des compagnies minières qui soit approprié au contexte local et partagé par tous les acteurs concernés
- Une expérience de développement local à la faveur de l’exploitation minière véritablement participatif

falea-mission-enquete.jpgPremières réalisations de Faléa 21
Une mission de douze personnes s’est déjà rendu sur place avec pour but de mettre en place la réalisation d’une cartographie du niveau de rayonnement gamma à la surface du sol avant la mise en œuvre d’une exploitation d’uranium car elle permet, selon les conseils du centre de recherche indépendant CRIIRAD (Valence, France) qui a formé deux représentants de Faléa 21, de :

-  « Connaître les risques radiologiques en l’état afin de prendre des mesures rapides, le cas échéant, si les falea-forage.jpgpopulations sont établies sans le savoir sur des zones à radioactivité naturelle élevée »
-  « Déterminer la part de l’impact lié aux activités industrielles (d’habitude minimisé par les exploitants miniers) et d’obtenir des travaux de remédiation adéquate après exploitation ».

Cette mission a aussi été l’occasion de constater des pollutions dues aux premiers forages (des trous d’une trentaine de centimètres)  effectués à plusieurs endroits de la commune. Quatre vaches sont déjà mortes d’avoir bu de l’eau qui ruisselait à travers ces zones.

Les observateurs ont aussi pu constater qu’un camp a été construit pour les employés d’une des sociétés exploitantes (Rockgate, voir ci-après). Sa localisation a été décidée par les employés eux-mêmes sans demander l’avis de l’agriculteur qui y fait paître ses animaux. Il n’a pu que constater ce camp entourer d’une palissade de bambou et la décharge sauvage d’ordure à proximité ainsi que les écoulements d’eaux usées.

Les projets d’envergure des sociétés transnationales
La CAMEC (basée à Londres, RU) se propose de mettre en place une usine d'alumine qui produirait environ trois millions de tonnes d'alumine par an à partir de 2015. Un tel tonnage ferait du Mali le premier pays exportateur d'alumine en Afrique de l'Ouest devant la Guinée Conakry qui produit environ sept cent cinquante mille tonnes par an.

Pour atteindre ses objectifs, elle construira environ 60 km de voie ferrée pour relier celle du train minéralier qu’Arcelor-Mittal mettra en place afin d'évacuer le minerai de fer du Sénégal oriental.
Enfin, pour son approvisionnement en électricité, la société CAMEC construira une centrale électrique de 80 MW fonctionnant au charbon et dont le ravitaillement se fera par le retour du train minéralier.  Le coût total des investissements s'élèverait à plus de 3.5 milliards de dollars Us.

falea-piste.jpgRockgate Capital Corp
En 2007, la société Delta Explorations Inc. (basée à Kamloops, Canada) a obtenu du gouvernement malien un permis d’exploration à plus grande échelle future et pour une exploitation de ces matières premières.

À partir de janvier 2009, Delta Exploration, Inc. fonctionne comme une filiale de Rockgate Capital Corp., une autre société canadienne qui a acquis une participation de 60% (contre 40% pour la première compagnie) et est l'opérateur du projet.

L'activité d’exploration  dans la Commune devrait durer jusqu'au milieu de 2010 et les études environnementales préliminaires sont prévues au début de 2010.

Il est également loisible de constater dors et déjà qu'on a construit à Faléa en 2008 une piste d’atterrissage qui se termine à quelques mètres de l’école primaire et du collège de la localité.
Je vous laisse le plaisir de  lire la lettre (pdf) rédigée non sans malice par Maître Toumani KEÏTA, Président l’ARACF (porteuse de Faléa 21) à ce sujet et adressée au Ministre de l’Equipement et des Transports (Bamako – Mali) et au Directeur de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC) (Kayes – Mali). Cet exemple prouve que contrairement à ce que pensent beaucoup d’européens, il existe de lois en Afrique et des ministères chargés normalement de les faire respecter.
Dossier réalisé par Tristan Gourichon. CitiZen Nantes. Août 2010

Photos, de haut en bas : Mission d'enquête, forage et piste d’atterrissage

>> Partie 1/2 : Mali : une guerre aussi pour le profit d'actionnaires

>> Téléchargez le dossier de présentation de Faléa 21 (pdf)

Publié dans France & Monde

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