"Explosion - une bombe nous attendait à la gare" en Avignon

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour du juillet 2011

Lecture de la pièce EXPLOSION, une bombe nous attendait à la gare de Diana Vivarelli (Nantes). Mise en scène de l'auteure. Prix Beaumarchais-Sacd 2010, sélection comité de lecture des Eat (écrivains associés du théâtre) de Paris.

Dimanche 10 juillet à 20h - Espace Alya, 31 bis rue Guillaume Puy, Avignon - Entrée libre   Réservation : 04 90 27 38 23 - www.espacealya.com

Un texte bouleversant sur la mémoire et la politique italienne des années de plomb : services secrets dévies, bandes mafieuses, groupes d'extrême droite...Entre autobiographie et vérité historique, l’histoire de quatre amis blessés lors de l’attentat fasciste du 2 août 1980 à la gare de Bologne.

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Présentation de la pièce "Explosion – une bombe nous attendait à la gare"

Note d’intention

Je suis née à Bologne, en Italie, et je fais partie des 200 blessés de l’attentat du 2 août 1980 à la gare de Bologne. 85 personnes y ont trouvé la mort, dont des citoyens français. J’avais 25 ans, je partais en Grèce avec des amis, eux aussi blessés lors de l’explosion.

Depuis plus de 20 ans, j’avais envie d’écrire cette pièce. Depuis plus de 20 ans, je n’y arrivais pas. Ma mémoire voulait refouler et non s’immerger, voulait fuir les cauchemars et les horribles souvenirs. Sans y parvenir, évidemment.

Et puis, il y a un an, mon frère m’a dit qu’il croyait à l’innocence des terroristes Francesca Mambro et Valerio Fioravanti, responsables matériels de l’attentat, jugés et condamnés par la justice après des années de procès. Leur culpabilité a été clairement établie par des innombrables tribunaux, cours d'appel et cassation. Luigi Ciavardini, mineur en 1980, a été condamné en 2007. Il est le seul encore en détention. Comme ses complices, il suit le scénario de professer une innocence démentie par les faits et les preuves, en gardant le silence sur les mandants et les instigateurs politiques de l’attentat.

Et mon frère n’est pas le seul à les croire innocents !

Leurs « amis » siègent désormais au gouvernement. Grâce à des campagnes médiatiques en leur faveur, orchestrées par divers groupes de pression, ils sont sortis de prisons. Ni les condamnations à perpétuité, ni le fait qu’ils n’aient jamais renié leurs actes ou aidé la justice, n’ont empêché qu’ils sortent de prisons. Francesca Mambro, 95 morts, 6 condamnations à perpétuité, n’a plus mis les pieds en prison depuis 2001. Elle a bénéficié d’une suspension de peine pour maternité, maternité qui dure déjà depuis huit ans. Francesca Mambro a passé en prison deux mois pour chaque mort. Pourquoi ? Sur la base de quel principe juridique la terroriste la plus sanguinaire d’Italie jouit-elle de tels privilèges ? Grâce à quelles stratégies ? Comment est-ce possible, dans une démocratie ? Qui tire les ficelles ?

Ces interrogations ont été la base de mon travail de théâtralisation de ces événements.

Cette période, appelée « les années de plomb », compte énormément dans l’histoire italienne et dans l’histoire européenne de l’après guerre. Pourquoi devrions-nous les oublier, faire le vide dans notre mémoire ?

Il suffit de regarder comment l’intolérance, l’antisémitisme et l’extrême droite refont surface. Par exemple, en France, Le Pen continue de nier les chambres à gaz, exactement pour les mêmes raisons.

A Nantes, ville ouvrière où j’habite, beaucoup de monde me pose des questions sur la poussée de l’extrême droite et sur le « phénomène » Berlusconi. Les idéaux fondateurs de nos Républiques de l’après-guerre en supportent les conséquences.

Je voulais en savoir davantage. Il me fallait replonger dans les procédures judiciaires.

Il y a quelques années, j’avais écrit un monologue intitulé « Secrets d’Etat », publié dans mon recueil de pièces « A l’attaque », paru en 2007 aux éditions du Cerisier.

Je suis partie de ce texte pour écrire un texte théâtral dans le style du théâtre-réalité. La pièce englobe l’histoire et la politique italienne depuis la fin de la guerre jusqu’à nos jours, avec la terreur du communisme comme thèse de fond. Elle parle aussi de la montée des intégrismes de tout ordre.

J’ai travaillé à partir de documents réels de l’époque, des discours de commémoration, des émissions de télévision, des reportages, des interviews, des films, des sites internet…

J’ai commencé à écrire la pièce et en français et en italien, les personnages français parlent le français et les italiens… l’italien. Je pensais en écrire 2 versions : une en français et une autre en italien, 2 textes légèrement différents pour permettre une meilleure compréhension de l’histoire.

L’association d’aide aux familles des victimes de l’attentat, dont je fais partie, encourage et développe l’aspect culturel des cérémonies de commémoration. Ainsi les citoyens de Bologne ont produit une énorme mémoire vivante, culturelle et artistique à propos de cet attentat. Par exemple, des artistes comme Dario Fo et Franca Rame y ont participé, en jouant des textes et des happenings itinérants.

Comme dispositif scénique, je prévois d’utiliser un plateau nu. En fond de scène, sur un mur ou en écran, défileront des diapositives, des extraits du journal télévisé, films, photographies.

J’ai puisé énormément de matériel sonore et visuel - films, vidéo, photographies, émissions - sur les sites internet de l’association : www.stragi.it - www.stragi80.com - www.cedost.it

Résumé de la pièce "Explosion – une bombe nous attendait à la gare"

Entre fictions et documentaire, entre scènes autobiographiques et vérité historique, je veux mettre en scène la vie politique italienne des années de plomb et ses protagonistes : les services secrets, les bandes mafieuses, les groupes d’extrême droite, l’infiltration par Gladio des structures politiques, l’influence des Etats Unis dans la politique de l’après guerre…

Comme fil conducteur, je raconte l’histoire de quatre grands amis, trois hommes et une femme, qui en subissent les conséquences et dont la vie sera à tout jamais influencée, voir transformée, par ces événements. La durée totale de la pièce est d’environs 1h30 minutes. J’ai prévu 11 courtes scènes, 25 personnages.

1ère scène : Le matin, chez le général Musumeci. Le général, officier dans les Services Secrets Militaires (SISMI) est en train de se préparer à comparaître au tribunal. Face à un grand miroir, il s’habille en tenue militaire tout en préparant sa défense. Il est accusé d’appartenir à l’organisation subversive et terroriste « Loge P2 », de dépistage et d’avoir entravé les enquêtes sur l’attentat. Personnage ambigu, il incarne les pires idées réactionnaires, putschistes, fascistes.

2ème scène : Une femme, prototype du personnage-témoin, raconte l’attentat, les pistes des enquêteurs, les dépistages, le rôle de groupes subversifs, la situation au parlement, où des terroristes ont été élus.

3ème scène : Projection d’un extrait du feuilleton diffusé en 1968 : « La famiglia Benvenuti », dans lequel Valerio Fioravanti interprète le fils d’une typique famille italienne de l’époque. Projection muette, sans les dialogues, de la scène dans laquelle, enfant de 8 ans, il est en train de réaliser ses devoirs, aidé par sa mère. Bien peigné, bien habillé, il a l’air d’un enfant sage et choyé. Pendant la projection, on entend Valerio Fioravanti et Francesca Mambro nous parler de leur foi politique, de leur haine pour les « rouges ».

4ème scène : je l’ai imaginée dans le style du théâtre-image, presque sans dialogues. Pendant le déroulement des scènes, les curriculums vitae de Mambro et Fioravanti, c'est-à-dire une infinité d’homicides, d’actes de terrorisme et des braquages, sont débités par une voix off. On entend des bruits de coups de feu, des cris des victimes, des crissements de pneus, des portières qui claquent, des véhicules qui démarrent, etc... Les comédiens jouent « au ralenti ». Les voix-off accompagnent le jeu des comédiens, le rythmant et l’entrecoupant, afin de créer un effet d’ensemble, comme une sorte de danse. La projection des diapositives de l’époque aidera à éclairer les différentes situations.

5ème scène : À Bologne, quelques jours avant l’attentat. Dans un vieil appartement, quatre amis sont en train de déjeuner. Environ vingt-cinq ans chacun, d'une beauté naturelle et sans artifices, ils sont habillés en hippies, ils ont les cheveux longs et toute la panoplie du « baba-cool ». Silvia et Carlo sont italiens, Michel et Pierre français. Ils discutent de la situation politique italienne de l’époque. Ils décident de voyager ensemble en Grèce et de partir le 2 août 80.

6ème scène : 2 août 1980, gare de Bologne. Fioravanti et Mambro traversent les quais et rejoignent un troisième complice, Luigi Ciavardini, un très jeune homme avec une longue cicatrice sur le visage. Ils le suivent sans mot dire et ils entrent ensemble dans la salle d’attente de deuxième classe. Mambro ouvre discrètement son sac de voyage et Fioravanti y introduit le détonateur, un temporisateur de type chimique. Ensuite ils sortent ensemble de la salle d’attente, du côté de la place. Sous l’auvent, ils croisent les quatre copains, en train d’attendre le car, souriants, heureux. Quelques minutes après, la gare explose. Silvia se retrouve à l’hôpital, où elle se souvient des premières minutes qui ont suivis l’attentat.

7ème scène : Dans une pièce sombre : Francesco Pazienza et le Général Santovito, l’un agent, l’autre chef des services secrets. Ils organisent une vaste opération de dépistage, pour créer des fausses preuves et faire croire à une piste internationale. Ils veulent éviter que les groupes terroristes de l’extrême droite soient suspectés. Le Général téléphone à Licio Gelli, ancien milicien, chef de la loge P2 et intermédiaire du soutien donné par la Cia et l’Otan.

8ème scène : Bologne, le 19 janvier 1987. Devant la prison Dozza, quelques heures avant le début du procès, une ou un journaliste réalise un reportage qui nous décrit l’atmosphère et l’issu du procès.

9ème scène : même décor que dans la scène du feuilleton « La famiglia Benvenuti ». Mambro est assise à côté de sa fille, en train de l’aider à faire ses devoirs. Cet enfant de 9 ans lui fait part de ses difficultés à se faire des amis. Sa mère en profite pour lui expliquer les raisons de ses choix.

10ème scène : dans la salle du Tribunal de la Cour de Cassation de Rome. La Cour, les avocats, le public. Ce moment du procès détaille les preuves concrètes de la culpabilité des accusés. Chaque situation est représentée par un flash-back sur le passé.

11ème scène : premier août 2010, Bologne. Carlo, Silvia, Michel et Pierre se retrouvent chez Silvana, amie de longue date et du même âge. Ils vont préparer le dîner, tout en racontant le traumatisme subi et ses répercussions, la déception d’un procès incomplet, l’actualité de l’attentat par rapport à l’actuelle politique italienne, avec un parti d’extrême droite qui siège au gouvernement. Les protagonistes ne perdent pas espoir, ils ne renonceront jamais à savoir la vérité.

La pièce se termine par des poèmes de Gian Pietro Testa, écrits en mémoire des victimes.

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Notes biographiques de Diana Vivarelli

Née le 1er octobre 1955 à Bologne (Italie), de nationalité française depuis l’an 2000, inscrite à la SACD depuis 1997, auteur dramatique, metteur en scène, comédienne, réalisatrice.

Diana Vivarelli a écrit une trentaine de pièces.

24 ont été publiées : A l’attaque ! et autres pièces (Ed. Du Cerisier, 2007), recueil de 6 pièces

- La boule magique et autres dix pièces pour enfants de 8 à 13 ans ((Ed. du Petit Véhicule 2006), Le Bouc Émissaire (Ed. Retz, 2004)

- Triste sort mais on s’en sort, Ne m’oublie pas !, Racket : brisons la loi du silence (Ed. du Petit Véhicule 2004)

- Le Piège à rats, L’Histoire du travail selon deux chômeurs, Temps variable aléatoire (Ed. du petit Véhicule, 2001)

En 2003, elle a créé une nouvelle forme artistique : la vidéo-forum. Elle a tourné trois docu-fictions avec cette technique innovante : La chaise à palabres, sur les pratiques culturelles et artistiques ; Je, tu, elle… nous étions, vous serez, elles sont, sur les droits des femmes ; Age qui avance n’empêche pas, réflexion optimiste sur la vieillesse et le temps qui passe. Ces deux derniers films sont régulièrement projetés et ont suscité un accueil enthousiaste, surtout lors de débats sur ces questions de société.

Diana Vivarelli commence ses premiers pas dans le théâtre dès l’âge de six ans, avec son père Giorgio Vivarelli, auteur, metteur en scène, pédagogue, praticien de l’enseignement artistique en milieu scolaire.

Elle s’inscrit au DAMS (disciplines arts, musiques, spectacles) à l’Université de Bologne, où elle fréquente les cours de Dario Fo, Eduardo De Filippo, Umberto Eco, Giorgio Vivarelli, Francesco Frabboni… En 1975, elle est titularisée par concours et devient institutrice à Bologne, où elle mène des actions d’éducation théâtrale dans les écoles.

En 1981, elle quitte son emploi et voyage pendant plusieurs années en Asie, en Amérique latine, en Afrique.

En 1995, Diana Vivarelli fonde à Nantes la Compagnie Azimut Théâtre. Avec sa propre compagnie, installée au cœur des quartiers populaires, elle met en scène, créé les costumes, les décors, les lumières des pièces qu’elle écrit, dans la lignée de la compagnie La comune, de Franca Rame et Dario Fo. A l’écart des circuits officiellement reconnus par les institutions, ses pièces plaisent en particulier aux jeunes, aux femmes, à tous ceux qui trouvent le théâtre d’aujourd’hui conventionnel et poussiéreux. Elle pratique un théâtre « coopératif », elle détonne en mélangeant les genres, les comédiens professionnels et amateurs.

Diana Vivarelli a créé 18 pièces de théâtre jouées par sa compagnie. Ses pièces ont été représentées environs 200 fois, des milliers spectateurs y ont assisté.

Entre dérision, satire, anticonformisme et burlesque, ses pièces s’attachent à montrer les clichés et le grotesque des situations ordinaires. Elles dénoncent les inégalités sociales, le racisme, l’intolérance, le chômage, le sexisme. Sa parole n‘est jamais moraliste. Elle sait aborder les sujets dramatiques avec justesse et humour.

Passionnée, Diana l’est par son travail, dans sa recherche artistique, toujours en mouvement. La variété artistique de ses pièces est impressionnante, proche de la Commedia dell’Arte, du théâtre grec antique, des pièces chorégraphiées sans parole, du théâtre forum.

Dans ses écrits, Diana Vivarelli ne fait pas dans la dentelle : dans ses écrits la femme n'a pas le mauvais rôle. Elle n'est pas l'intrigante mais l'actrice du changement. Ses personnages féminins bousculent les attitudes et les idées reçues, ne se soumettent pas aux rôles imposés, dérangent les a priori et le moralisme ambiant.

Son écriture épurée et limpide dissimule une épaisseur qui ne se révèle pas à la première lecture. Loin du style alambiqué ou faussement docte, elle place la quête du sens et l'engagement au cœur de son œuvre. Diana Vivarelli, italienne, écrit des pièces dans sa langue d'adoption, le français de l'ouest de la France. Sa langue est celle du peuple, de l'argot, des citoyens du monde, et non celle du « cultureux » conformiste snob, qui se calque dans le moule du pouvoir artistique dominant.

>> Contact : Jean-Luc Alliot 06 70 87 03 18 ou  jeanluc.alliot@free.fr

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