Esclavage racisme et Mémorial par Christiane Taubira

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour

Le "10 mai" de chaque année, la France se retrouve autour d'une "Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions". Cette journée est née en 2006 et la date choisie correspond à l'adoption par l'Assemblée Nationale de la loi dite Taubira le 10 mai 2001.
Pour marquer les 10 ans d'adoption de cette loi, la ville de Nantes accueillait le 9 mai 2011 Christiane Taubira pour la cérémonie officielle et la visite du mémorial en chantier.
 Avec Jean-Marc Ayrault, sur le chantier du mémorial de l'abolition de l'esclavage. Nantes, le 9 mai 2011. Photos : Yves Monteil Avec Jean-Marc Ayrault, sur le chantier du mémorial de l'abolition de l'esclavage. Nantes, le 9 mai 2011. Photos : Yves Monteil
 Avec Jean-Marc Ayrault, sur le chantier du mémorial de l'abolition de l'esclavage. Nantes, le 9 mai 2011. Photos : Yves Monteil Avec Jean-Marc Ayrault, sur le chantier du mémorial de l'abolition de l'esclavage. Nantes, le 9 mai 2011. Photos : Yves Monteil

Avec Jean-Marc Ayrault, sur le chantier du mémorial de l'abolition de l'esclavage. Nantes, le 9 mai 2011. Photos : Yves Monteil

9 mai 2011 - Discours de Christiane Taubira lors de la commémoration de l'abolition de l'esclavage

Il n’est plus bel hommage à tout ce passé, à la fois simple et composé, que la tendresse, l’infinie tendresse qui entend lui survivre.

Léon Gontran-Damas

09/10/2011 - Visite du chantier du "Mémorial de l'abolition de l'esclavage et de la traite négrière"

Nantes, 09/10/2011. Par Yves Monteil, Citizen Nantes

Compléments

Reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crimes contre l'humanité

1998 - Extraits de la proposition de loi (1) de Christiane Taubira-Delannon et Jean-Marc Ayrault

(...) Des historiens vacillent sur le décompte des millions d'enfants, de femmes et d'hommes, jeunes et bien portants, de la génération féconde, qui furent arrachés à la terre d'Afrique. De guerre lasse et sans certitudes, ils retiennent une fourchette de quinze à trente millions de déportés par la traite transatlantique. Des archéologues décryptent avec une application d'écoliers les vestiges des civilisations précoloniales et exhument, avec une satisfaction pathétique, les preuves de la grandeur de l'Afrique d'avant les conquérants et compradors. Des anthropologues décrivent l'échange inégal du commerce triangulaire entre les esclaves, matière première du capitalisme européen expansionniste, et les bibelots, tissus, barres de fer, alcools, fusils qui servaient à acquitter les "coutumes", droits payés sur la traite aux Etats ou cheffaillons du littoral.

Des ethnologues reconstruisent le schéma d'explosion des structures traditionnelles sous le choc de ce trafic qui pourvut les ports européens en accises juteuses, les armateurs en rentes coupables, les Etats en recettes fiscales incolores et inodores. Des sociologues débusquent les traces d'intrigues politiques fomentées par les négriers pour attiser les conflits entre Etats africains, entre chefferies côtières, entre fournisseurs de "bois d'ébène".
Des économistes comparent la voracité de l'économie minière à la rapacité de l'économie de plantations et y puisent le mobile des déportations massives. Des théologiens font l'exégèse de la malédiction de Cham et tentent de conclure la controverse de Valladolid. Des psychanalystes explorent les ressorts de survie et les mécanismes d'exorcisme qui permirent d'échapper à la folie. Des juristes dissèquent le Code noir, qualifient le crime contre l'humanité et le rappellent imprescriptible.

Le Percement de l'oreille, tableau anonyme (vers 1735) - Chateau Anne de Bretagne (Nantes) Photo : Yves Monteil

Le Percement de l'oreille, tableau anonyme (vers 1735) - Chateau Anne de Bretagne (Nantes) Photo : Yves Monteil

Les fils et filles de descendants d'esclaves, dispersés en diasporas solidaires, blessés et humiliés, rassasiés de chicaneries sur l'esclavage précolonial, les dates de conquête, le volume et la valeur de la pacotille, les complicités locales, les libérateurs européens, répliquent par la geste de Chaka, empereur zoulou, qui s'opposa à la pénétration du pays zoulou par les marchands d'esclaves.
Ils chantent l'épopée de Soundjata, fondateur de l'empire du Mali, qui combattit sans répit le système esclavagiste. Ils brandissent la bulle d'Ahmed Baba, grand savant de Tombouctou, qui réfuta la malédiction de Cham dans tout l'empire songhay et condamna la traite transsaharienne initiée par des marchands maghrébins.
Ils dévoilent la témérité de la reine Dinga, qui osa même affronter son fière dans un refus sans nuance. Ils collectionnent les lettres d'Alfonso Ier, roi du Congo, qui en appela au roi du Portugal et au pape. Ils marmonnent la ronde des marrons, guerriers prestigieux et rebelles ordinaires. Ils fredonnent la romance des nègres de case, solidaires d'évasions, allumeurs d'incendies, artisans de sortilèges, artistes du poison. Ils entonnent la funeste et grandiose complainte des mères avorteuses.

Ils tentent d'atténuer la cupidité de ceux des leurs qui livrèrent des captifs aux négriers. Ils mesurent leur vénalité, leur inconscience ou leur lâcheté, d'une lamentable banalité, à l'aune de la trahison d'élites, pas moins nombreuses, qui également vendirent les leurs en d'autres temps et d'autres lieux.
Ecoeurés par la mauvaise foi de ceux qui déclarent que la faute fut emportée par la mort des coupables et ergotent sur les destinataires d'éventuelles réparations, ils chuchotent, gênés, que bien que l'Etat d'Israël n'existât pas lorsque les nazis commirent, douze ans durant, l'holocauste contre les juifs, il est pourtant bénéficiaire des dommages payés par l'ancienne République fédérale d'Allemagne.
Embarrassés, ils murmurent que les Américains reconnaissent devoir réparation aux Américains d'origine japonaise internés sept ans sur ordre de Roosevelt durant la Deuxième Guerre mondiale. Contrariés, ils évoquent le génocide arménien et rendent hommage à la reconnaissance de tous ces crimes. Contrits de ces comparaisons, ils conjurent la cabale, oppressés, vibrant de convaincre que rien ne serait pire que de nourrir et laisser pourrir une sordide "concurrence des victimes".

"Marche des esclaves", Nantes 2008 - Photo : Yves Monteil

"Marche des esclaves", Nantes 2008 - Photo : Yves Monteil

(...) La France, qui fut esclavagiste avant d'être abolitionniste, patrie des Droits de l'Homme ternie par les ombres et les "misères des lumières", redonnera éclat et grandeur à son prestige aux yeux du monde en s'inclinant la première devant la mémoire des victimes de ce crime orphelin.

(1) Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 22 décembre 1998

Lire dans son intégralité sur le site de l'Assemblée Nationale

Loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité (2)

L'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté, Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Article 1er La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité.

Article 2 Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent.

La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l'esclavage sera encouragée et favorisée.

Article 3 Une requête en reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l'océan Indien et de l'esclavage comme crime contre l'humanité sera introduite auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales et de l'Organisation des Nations unies.

Cette requête visera également la recherche d'une date commune au plan international pour commémorer l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage, sans préjudice des dates commémoratives propres à chacun des départements d'outre-mer.

(2) Version consolidée au 23 mai 2001

Lire l'intégralité sur le site legifrance

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