Embarquement sur la "Route de l'utopie"

Publié le par CitiZen Nantes

Fenêtre ouverte sur le projet photographique de Bastien Brillard qui l'a mené d'Albertville à Marinaleda en Espagne à la rencontre de communautés utopiques...

route-de-l-utopie.jpgSur la Route de l'Utopie... 31 août 2014

« Lorsque beaucoup d’Hommes [..] sont contraints de se replier sur eux-mêmes, ils cherchent dans leur imagination ce que la réalité leur refuse, et l’on voit fleurir les utopies.»  Régis Messac

Les périodes de crise économique motivent les individus à repenser leur mode de vie. Ensemble, ils réfléchissent aux alternatives possibles pouvant leur permettre d’atteindre un équilibre satisfaisant entre contraintes et autonomie. La solidarité et le partage redeviennent d’actualité, tandis que se dessinent de nouveaux modes de consommation et de production, plus respectueux de l’homme et de son environnement.

Je réalise, actuellement, un voyage photographique à bicyclette sur les "communautés" utopiques. Je l''ai appelé "On the Utopia’s Road". Il nous emmène d'Albertville à Marinaleda (surnommé "le village en utopie") à la rencontre de ceux qui désirent semer les promesses d’un monde meilleur.

Le projet est de tracer une route imaginaire entre ces deux communes, la "Route de l'Utopie". Sur cette route, que je sillonne à vélo, je visite des communautés intentionnelles proposant diverses alternatives solidaires et utopiques.

La photographie est mon passeport tout au long de ce périple car elle est vecteur de réciprocité, d'intégration et de mixité. J'alterne les moments de prise de vue et les temps où j'expose ces images (dans des lieux communautaires ou dans des espaces publics). Symboliquement, je tisse un lien entre chaque communauté, les territoires traversés et la "Route de l'Utopie".

La route

Le point de départ de la route est Albertville (Savoie, France), tout simplement car c'est mon lieu de résidence.

Marinaleda (Andalousie, Espagne) en est la destination. Cette commune est un lieu emblématique en Europe depuis plus de 30 ans. Elle représente un modèle de démocratie participative et d'utopie réalisée (pas de police, gratuité de la plupart des infrastructures communales, restaurant communal à 1€, l’eau potable est distribuée par une régie communale...).

Cette route est constituée de réseaux routiers secondaires, de pistes et de chemins cyclables, de routes de services qui me feront découvrir des lieux de passage où l'on ne s’arrête plus, des lieux devenus invisibles (ancienne voie ferrée, chemins communaux, etc...).

Durant ce périple à vélo, j'ai prévu de faire une dizaine d'escales pour visiter les communautés contactées au préalable et se trouvant non loin de la route imaginée.

map-road.jpg 

Albertville est représentée par le point A et Marinaleda est le point C. Je me trouve actuellement à Valencia (point B)

Mes motivations

J'ai envie de découvrir ce qui motive ces personnes à se construire leur monde idéal. Il y a un romantisme touchant à se donner la peine de vivre sa vie en accord avec ses convictions et ses rêves. A la recherche de mon propre idéal, c'est aussi, pour moi, l'occasion de réfléchir à la possibilité d'un autre monde.

On the Utopia’s Road est le croisement de mon approche de géographe, de mon regard de photographe, de mon métier de médiateur, et de mon « entre moi », entre ce que je suis et ce que j’aspire à être : à la recherche d’une expérience sensible de l’espace contemporain et de solutions alternatives.

On the Utopia’s Road aiguise mon œil géographique. Photographier ces communautés, ces paysages, ces lieux invitent à la réflexion : je traverse ou je prends place ? C’est une question décisive dans l’existence humaine. Trouver sa place, son lieu.

On the Utopia’s Road m'amène à traverser le miroir de l'exclusion, à montrer non plus l'exclusion subie, injuste, mais l'exclusion volontaire. Parler d’hommes et de femmes qui se regroupent, construisent un vivre-ensemble basé sur des idéaux communs, mettent en valeur les ressources, les savoirs et les savoir-faire dont ils disposent. C'est le sens de ce projet.

On the Utopia’s Road est autant un défi physique et qu’artistique. J’apprécie les modes de voyage lent et l’effort me stimule. C’est donc naturellement que je choisis de faire cette route à vélo, un mode de transport adapté à ma vitesse. J’ai pu l’expérimenter à plusieurs reprises. Au cours de ces voyages, je me suis rendu compte de l’intérêt du vélo comme moyen de transport mais aussi comme prétexte à la rencontre. Tout le monde sait faire du vélo et chacun y va de son commentaire, de sa petite histoire et de son conseil.

« Quand une multitude de petites gens dans une multitude de petits lieux changent une multitude de petites choses, ils peuvent changer la face du monde. » Erich Fried

La mise en oeuvre

La création

La phase de création se fait en deux temps.

Lors de l'étape à vélo, je consigne mes réflexions dans un carnet de bord photographique et multimédia. L'isolement et l'effort sont des moteurs pour questionner mes valeurs, mon rapport au temps et aux autres. Ils m'offrent le travail d’introspection nécessaire pour garder la bonne distance avec mon sujet.

Entre ces voyages intérieurs, je fais des escales dans les communautés pour découvrir et partager leurs utopies. Ces pauses, d'une durée de plusieurs jours, sont autant de temps consacrés à la rencontre et à l'échange. Je réalise un reportage photographique et des séquences vidéo que j'expose et que je diffuse durant l'étape suivante. Ces objets créatifs constituent les moments forts du projet, comme des épisodes, afin de créer une sérialité dans mon projet.

La restitution et la diffusion

Les temps de création photographique et multimédia débouchent sur des expositions de photographies et la diffusion de contenu augmenté (légendes audio, vidéo, textes...) sur diverses plateformes internet.

Les expositions sont le fil rouge du projet. Les lieux d'expositions choisis cherchent à créer des liens « espace public/sphère privée » et vice versa. Pendant les étapes à vélo, les expositions se font dans l'espace public, la rue, un parc, un abris-bus, ou un lieu ouvert au public, un commerce, un bâtiment public, ou encore chez une personne volontaire. Dans les communautés, je propose aux membres de participer activement à la scénographie de l'exposition selon leurs compétences et leurs envies dans le but de faire sens avec l'âme du lieu.

Les images sont présentées de manière atypique. Elles peuvent être accrochées à un fil, posées à terre ou sur un autre support, collées sur un mur ou sur une vitre. La scénographie encourage le public à s'approprier les images, dans tous les sens du terme. Il lui revient l'initiative de les emporter chez lui.

Les plateformes internet apportent la diffusion de contenu augmenté, une continuité narrative et la possibilité d'interagir avec le public.

Ces plateformes sont : Bastienabicyclette - Facebook.com/albertville.marinaleda

Tumblr.com/blog/albertville-marinaledaVimeoLa carte interactive (Ci-dessous). Ce volet transmédia apportera un regard complémentaire et interactif sur la "Route de l'Utopie".

Bastien Brillard

Géographe de formation, fortement marqué par l’histoire des mouvements sociaux, la lutte contre les injustices et les dangers de la pensée unique, j’utilise la photo comme moyen d’expression. Elle est un allié de la pensée, un support pour comprendre le monde et son histoire. Elle est également un prétexte à ma curiosité, à mon envie de découvrir comment vivent mes contemporains. A travers une approche sociale, je photographie les hommes et leurs traces. Ma distance au sujet est celle d'un observateur et ma posture est principalement frontale (à la manière de Walter Ewans, de Depardon...). Mes images reflètent mon empathie et ma sensibilité. Mes travaux sont visibles ici.

Parallèlement à mon travail de photographe, je suis médiateur culturel. Je mets en place des actions et des dispositifs multimédia autour de la photographie sociale en direction de publics scolaires, de publics « empêchés » et de passionnés de photo, notamment sur l'île de La Réunion où je viens de passer ces 8 dernières années.

Sur cette "Route de l'Utopie", je suis sur mon chemin.

« L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé.  L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé. » Théodore Monod 

Les communautés
#1 - "La communauté de l’Arche de St-Antoine" (38)

à suivre...

Publié dans Route de l'Utopie

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