"Le code de l’indigénat" avec Olivier Le Cour Grandmaison

Publié le par CitiZen Nantes

 Retour sur la conférence "Le code de l'indigénat" organisé le 29 mars 2011 par le "Collectif du 10 Mai", en association avec l'UFR d’Histoire, Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université de Nantes.

A travers son livre  De l’indigénat, Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français, Olivier Le Cour Grandmaison montre les mécanismes qui ont conduit au racisme d’Etat et à l’assujettissement des Indigènes exercé par la France dans ses colonies. En décortiquant la machine juridique, il parvient finalement à nous montrer en quoi ceux-ci ont encore des répercutions dans notre système actuel, et plus particulièrement dans la répression de l’immigration et la stigmatisation de certaines tranches de la population.

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Le Code de l’Indigénat fut institué en 1887 en Algérie, mais ne tarda pas à être étendu à l’ensemble des colonies françaises quelques années plus tard. Fourre-tout juridique permettant les pires abus (censure, confiscations des biens), le Code de l’Indigénat établira massivement pendant plus d’un demi-siècle siècle le travail forcé. Sous couvert de preuves scientifiques et irréfutables, l’inégalité des races a été démontrée, et les Indigènes, déclarés inaptes à bénéficier des mêmes droits et libertés que les citoyens français, vont donc subir le « despotisme paternel » (Georges Brousseau) de la France.

On constate aujourd’hui avec effroi que bien peu de voix s’élevèrent contre ces principes allant à l’encontre même de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Enfin, on s’étonnera que même le Front Populaire n’engagea aucune réforme, à défaut d’une abrogation totale du Code. Parmi les occasions manquées, une convention par le Bureau International du Travail abolissant le travail forcé en 1930 dont la France ne sera pas signataire, à l’inverse de la Grande-Bretagne, par exemple.

Le Code de l’Indigénat est aboli en 1946 mais certaines mesures sont pourtant réinstituées en Algérie, telles que la responsabilité collective en 1954, permettant d’appliquer une sanction à l’ensemble d’une communauté, village ou tribu, quand un délit a été commis. Aberrante et perverse, cette disposition pénale trouve des échos aujourd’hui dans le droit français. En mars 2010, Christian Estrosi propose et fait passer une loi sur les violences en bandes. Cette mesure ultra sécuritaire aux contours dangereusement flous prévoit ainsi la répression d’un délit de participation et condamne par ailleurs le simple fait d’appartenance à un groupe d’individus, remettant donc en cause le principe même de responsabilité individuelle.

Maëlle Le Corre - 30/03/11

"Le code de l'indigénat" 

04:28 Résumé du "code de l'indigénat" - Olivier Le Cour Grandmaison. Citizen Nantes

"L'héritage colonial"

05:08 "L'héritage colonial" - Olivier Le Cour Grandmaison. Citizen Nantes

 

« Le rêve européen a besoin du rêve méditerranée. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. » (...)

Quel est auteur de ces lignes qui se veulent inspirées alors qu’elles ne font que reprendre la plus commune des vulgates destinée à légitimer les « aventures » coloniales de la France ? Un ministre des Colonies de la Troisième République ? Un membre de la défunte Académie des « sciences coloniales » ? Un nostalgique de l’Algérie française qui les aurait rédigées pour prononcer un discours destiné à célébrer cette période réputée faste où la France commandait à 70 millions « d’indigènes » répartis sur 13 millions de kilomètres carrés ? Non, l’auteur de cette prose, aussi mythologique qu’apologétique de la colonisation, n’est autre que Nicolas Sarkozy qui a prononcé ces fortes paroles en tant que ministre-candidat lors d’un meeting à Toulon le 7 février 2007.

Extrait de "Sarkozy ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation" - Olivier Le Cour Grandmaison. 8 mai 2007

 

>> Olivier Le Cour Grandmaison : Historien spécialiste des questions de citoyenneté sous la Révolution française et des questions qui ont trait à l'histoire coloniale, il enseigne les sciences politiques à l'université d'Evry-Val d'Essonne ainsi qu'au Collège international de philosophie.

>> Présentation de la conférence "le code de l'indigénat" 16/03/2011

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