"Chronique du sexisme ordinaire"

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour

Court-métrage participatif au Breil

1er prix décerné par le magazine l'Étudiant dans la catégorie 19-22 ans le vendredi 20 avril 2012 au cinéma La Clef à Paris.

En octobre 2011 Citizen Nantes lance un projet de court métrage participatif sur le thème du sexisme. Découvrez ci-dessous toutes les étapes du projet.

Elle repose le fond de teint sur le rebord de la commode, pour saisir son mascara, tout en approchant son visage du miroir. Alors qu’elle se maquille avec soin, son grand frère entre sans gêne dans la salle de bain. Il la regarde de haut en bas ; la jeune fille est légèrement vêtue, avec une jupe courte. Après avoir porté sur elle des yeux critiques, accompagné d’un long silence, il lui interdit formellement de sortir habillée de la sorte. Mais sa sœur saisit son sac et se dirige rapidement vers la sortie ; il la bouscule avec violence, elle est poursuivie à travers le petit appartement par les insultes et les menaces dues à sa tenue, dite provocatrice.

Extrait du synopsis

"Chronique du sexisme ordinaire", le film

Réalisé par Claire Godard. Son, Orlanda Ribeiro. Montage, Rodolphe Respaud. Musique, Seth. Photographe plateau, Antoine Julien. Yves Coordination générale, Yves Monteil. Tourné au pôle associatif du Breil le week-end du 3 et 4 mars.

Le making off

Par Orlanda Ribeiro, Citizen Nantes

Le tournage

Pôle associatif du Breil, Nantes

2e jour, 4 mars 2012

Claire dirige Léa interprétée par Anaïs avant le plan final. Dans le canapé, Nicolas le frère interprété par Jad.

Claire dirige Léa interprétée par Anaïs avant le plan final. Dans le canapé, Nicolas le frère interprété par Jad.

2e jour, 3 mars 2012

De gauche à droite : Orla au son, Claire au Canon 5D MarkII, Anaïs qui interprète Léa et Jad qui interprète Nicolas.- Photo Antoine Julien

De gauche à droite : Orla au son, Claire au Canon 5D MarkII, Anaïs qui interprète Léa et Jad qui interprète Nicolas.- Photo Antoine Julien

Claire à la manoeuvre avec le Canon 5D  - Photo Antoine Julien

Claire à la manoeuvre avec le Canon 5D - Photo Antoine Julien

Léa (Anaïs) qui a enfilé les vêtements de son frère, Claire et Nicolas (Jad) - Photo Antoine Julien

Léa (Anaïs) qui a enfilé les vêtements de son frère, Claire et Nicolas (Jad) - Photo Antoine Julien

Séquence 4 - Plan 9. Caméra subjective. Léa singe son frère et se met à rapper - Photo Antoine Julien

Séquence 4 - Plan 9. Caméra subjective. Léa singe son frère et se met à rapper - Photo Antoine Julien

02/03/2012 - La préparation du tournage

Pôle associatif du Breil, Nantes

A gauche la chambre de Léa, interprétée par Anaïs et à droite celle de Nico, interprété par Jad. Photo : Yves Monteil

A gauche la chambre de Léa, interprétée par Anaïs et à droite celle de Nico, interprété par Jad. Photo : Yves Monteil

Claire (de dos) explique différents plans à Jad et Anaïs. Photo : Yves Monteil

Claire (de dos) explique différents plans à Jad et Anaïs. Photo : Yves Monteil

Anaïs dévoile son baggy. Photo : Yves Monteil

Anaïs dévoile son baggy. Photo : Yves Monteil

Plan de la mise en place des deux chambres. Claire Godard

Plan de la mise en place des deux chambres. Claire Godard

15/03/2012 - Le Story-Board

Extrait du story-board. Claire Godard

Extrait du story-board. Claire Godard

09/03/2012 - Lancement du casting sur internet et les réseaux sociaux

02/02/12 - Le scénario

Genre réaliste

1 INT. CHAMBRE LÉA - JOUR

Du fond de teint est étalé sur un visage féminin. Puis du mascara est soigneusement appliqué sur de longs cils noirs. Le son puissant d’une porte claquée à proximité interrompt son maquillage.

LA JEUNE FEMME est debout devant son miroir. Son lit en arrière-plan. Elle observe avec colère la personne venant de pénétrer dans sa chambre. Au sol un tapis, des magasines éparpillés ; des ballerines noires, laissant apparaître ses chevilles, de longues jambes, une jupe en jean à mi-cuisse, un top coloré, décolleté, toujours cette expression de colère.

LÉA

(ton sec, pointe d’énervement)

De quel droit tu entres comme ça ? On t’a jamais appris à frapper ?

NICOLAS (OFF)

(agacé)

Comment t’es habillée ? Tu vas où avec ça sur le dos ?

La jeune femme se remet à se maquiller, face à son miroir.

La sœur

Mais de quoi tu te mêles ?

Le frère (off)

Tu t’es regardée ?

Elle porte son regard sur son frère, marque un temps d’arrêt.

La sœur

Quoi ?

Le frère (off)

T’es à poil là Léa ! Tu sors pas comme ça ! Ça va pas ou quoi ?

Elle jette son maquillage au sol, saisit son sac à main, s’avance hâtivement vers son frère entré par effraction et le bouscule.

2 INT. COULOIR – JOUR

La jeune femme s’extirpe de l’appartement, apparaît dans un couloir. Elle marche d’un pas décidé et vif. Son frère apparaît dans l’antre de la porte en arrière-plan, alors qu’elle a déjà bien progressé.

Le frère

(sarcastique)

Regardez-moi cette pouf’… Tu joues à quoi ? T’aimes ça qu’on te regarde hein… T’es vraiment une traînée !

La jeune femme se stoppe net dans son élan, se retourne brusquement, fait chemin arrière, bouscule à nouveau son frère, qui la regarde, perplexe.

3 INT. CHAMBRE NICOLAS – JOUR

La jeune femme entre vivement et sans un mot dans la chambre de son frère, ce dernier la suivant à la trace.

Le frère

Hé ! Ho ! Tu fais quoi là ?

La jeune femme fouille sans gêne ni précaution dans l’armoire, jette les vêtements au travers de la pièce.

Le frère (off)

De quel droit tu fouilles dans mes affaires ? T’es complètement tarée, je te préviens c’est pas moi qui vais ranger tout ce bordel !

Quelques vêtement en main, elle se redresse.

Le visage défait de son frère en dit long sur son grand étonnement. Celui de sa sœur arrive à sa hauteur ; elle l’ignore et file derrière lui.

4 INT. CHAMBRE FRERE – JOUR

Le jeune homme rentre dans sa chambre, pousse du pied ses habits étalés sur le parquet en soufflant d’indignation.

Le frère

(à voix très basse)

Quelle conne…

Il est de dos, porte un grand T-shirt, un pantalon large. Il est nonchalant, lent, désinvolte. Il se jette sur son lit, s’installe confortablement. Avachi, il cherche à tâtons et saisit quelque part sous son lit un casque, et s’apprête à écouter de la musique. La chambre, désordonnée, est décorée de posters. Une télé, des livres, des DVDs. La jeune femme apparaît.

Elle avance, se présente, se poste au milieu de la chambre. Elle est vêtue avec les vêtements de son frère, beaucoup trop grands, informes sur son corps. Le T-shirt descend jusqu’à mi-cuisse, le baggy fuit des hanches trop maigres pour le retenir.

Le frère, les yeux grands ouverts, retire lentement le casque de ses oreilles. Un sourire naît sur ses lèvres. Il rit à présent.

Sa sœur reste immobile, le visage grave, les bras croisés. Puis elle se met à imiter la gestuelle de son frère : elle écarte les jambes, les fléchit, reste en suspend, fait mine de rapper, adopte une moue moqueuse.

La soeur

(chante, rappe, reste ironique)

Yo, yo, j’m’appelle… J’m’assume comme j’suis J’me sens puissant J’méprise ma sœur Ça a l’air marrant

Son frère, étalé de tout son long, s’esclaffe, jette sa tête en arrière, rit aux éclats.

La sœur

(rappe en gesticulant)

Moi je suis fier D’insulter les gens Ma sœur est vulgaire Parce qu’elle a les jambes à l’air Je suis hautain J’suis pas très malin…

Le frère

(secoué par le rire)

Nan mais t’es sérieuse, tu t’es vue ? T’es ridicule, tu ressembles à rien… Espèce de bonhomme… On dirait un gnome !

Le frère rit de plus belle. Les pas de sa sœur s’éloignent.

Le frère

Pfff… Mais qu’est-ce qu’elle va pas inventer…

Il s’apprête à remettre son casque sur ses oreilles, mais s’aperçoit au même moment qu’il reçoit un appel sur son téléphone portable, qui vibre dans la poche de son pantalon.

Le frère

Allô ? Ouais mec J’arrive bientôt Ma sœur vient de me faire un de ces numéros T’aurais rigolé… Ah j’te jure, pourquoi j’ai pas filmé ! Attends attends, quitte pas je crois qu’elle revient !

5 INT. CHAMBRE FRERE – JOUR

La jeune femme est de dos. Elle est face à son frère, toujours avachi. Elle est entièrement nue.

Le visage du jeune homme se décompose. Ses yeux sont rivés sur elle. Sidération la plus totale. Le téléphone, porté à son oreille, lui glisse des mains. Il tombe avec un bruit sourd.

Le téléphone, au sol.

L’HOMME AU BOUT DU FIL

Allô ? Allô ?

Le visage de la jeune femme est imposant, splendide, fier. Ses yeux pétillent.

La sœur

Eh maintenant, qui suis-je ?

FIN

Claire Godard

08/11/2011 - Le synopsis

Elle repose le fond de teint sur le rebord de la commode, pour saisir son mascara, tout en approchant son visage du miroir. Alors qu’elle se maquille avec soin, son grand frère entre sans gêne dans la salle de bain. Il la regarde de haut en bas ; la jeune fille est légèrement vêtue, avec une jupe courte. Après avoir porté sur elle des yeux critiques, accompagné d’un long silence, il lui interdit formellement de sortir habillée de la sorte. Mais sa sœur saisit son sac et se dirige rapidement vers la sortie ; il la bouscule avec violence, elle est poursuivie à travers le petit appartement par les insultes et les menaces dues à sa tenue, dite provocatrice.

Sur les mots « sale traînée », ou encore « grosse pute », elle fait subitement demi-tour, pénètre à nouveau dans l’entrée, pousse son frère resté dans le passage pour se rendre, furieuse, dans la chambre de ce dernier. Il la regarde, interrogatif, dévaliser ses armoires, pour enfin s’enfermer dans la salle de bain. La jolie femme en ressort, métamorphosée : elle porte ses larges vêtements, beaucoup trop grands, informes, ne la mettant absolument pas en valeur. Elle prend la pose, adopte l’attitude nonchalante de son frère, la capuche sur la tête, croisant les bras, écartant les jambes. A présent les moqueries fusent ; elle est traitée de gnome, de bonhomme.

Elle lui retourne ses sarcasmes, faisant le rapprochement entre leurs mêmes accoutrements. Ne soutenant plus son regard méprisant, elle se réfugie une dernière fois dans la salle d’eau, et se laisse enfin découvrir.

Elle avance au milieu de la chambre. Elle est entièrement nue. Le jeune homme, en l’apercevant, ne rit plus. Sous le choc, il l’écoute lui demander « et maintenant, qui suis-je ? »

Claire Godard

Presse

Ouest-France. 06/03/2012

Ouest-France. 06/03/2012

Projet réalisé dans le cadre du concours "Buzzons contre le sexisme" organisé par Teledebout en partenariat avec l'Espace Simone de Beauvoir et l'association Takapres. Avec l'aide de l'état grâce au soutien du député François De Rugy.

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