CASEY : Le mot d'Olivier Cachin pour CitiZen Nantes

Publié le par CitiZen Nantes

 "Casey est un ovni, une grenade dégoupillée, un crachat qui vise le visage de cette classe politique dont la lâcheté n'a d'égal que la veulerie, mais qui atteint aussi tous ces rappeurs prêts à se vendre pour un plat de lentilles radiophonique. La bête que libère Casey est celle de l'insoumission, de la rime combative, mais aussi du talent microphonique. Sans Casey, le rap français féminin serait une erreur".
Olivier Cachin. 6 janvier 2011 - Photo Casey : Y. Monteil

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Casey : "Libérez la Bête"
04:48 Festival Migrant'Scène - Pick-up. 19 décembre 2010
Libérez la bête  
Paroles : Casey - Musique : Hery  
J'appartiens au cheptel, qu'on maintient à l'étable,
La brebis rebelle qui doit rejoindre le bétail
Mon nom est un détail et personne ne m'appelle 
Qui aura ma gueule sera décoré d'une médaille 
Deviendra un modèle, une idole, pour la foule un symbole  
Le cowboy qui a vaincu le cobaye
Mis dans la corbeille, la queue et les oreilles 
Cloué au portail le trophée de la bataille 
On me croit criminel, anormal, me voit dans les tunnels 
Me cherche dans le canal avec fusil et jumelles
 Il faut me faire mal, là, le journal est formel 
Au signal, viser la moelle, donner la mort intentionnelle
 Rien n'est rationnel, la chasse est nationale
Passionnelle, prise en charge par des professionnels
Eliminer l'animal, qu'il soit mâle ou femelle
Salir sa gamelle avec sa pisse ou ses semelles.

Refrain :
Libérez la bête, effacez sa dette
Essayez d'oublier qu'elle n'a grappillé que les miettes
Et ne niez même pas les misères que vous lui faites
Elle n'a pas d'autre tort que d'avoir une autre tête.

Et elle est sûre d'elle, hors d'elle, adore le bordel
Ses morsures sont mortelles et ses blessures morcellent
Et elle sort tel le crotale, avec son venin fatal
À coup sûr venir à elle, c'est périr d'une mort sale
Elle harcèle, dort seule, protège son épine dorsale
Et à elle seule, représente le mal universel
Pille toutes vos parcelles, vos portions, vos pains de sel
Faites attention à celle que la cruauté ensorcelle
Scellez les arrières salles, les nacelles, les passerelles
Les quartiers, les cartels, les écoles maternelles   
Quelles sont les nouvelles, ses rituels éventuels
Où va-t-elle, où vit-elle, ses va-et-vient habituels
Ses questions sont vitales, essentielles, capitales
Son habitat naturel, ses reflexes, son mental 
Sa pensée est bestiale, sa colère officielle 
Vous la reconnaîtrez, son pelage est spécial

Refrain

A la verticale, par les cervicales
Ils ont lynchés la curiosité tropicale
A la verticale, par les cervicales
Ils ont lynchés la curiosité tropicale
Et sa fin fût sans appel et radicale
Sans autopsie, ni même avis médical
On la montre, on l'étale, sa mort est un régal
Et de porte en porte et d'escale en escale
On balance poubelles, insultes, matières fécales
La foule est immense cruelle et inamicale
La charogne, le chacal, finira dans un bocal
Mais au fond quel est le mobile de cette cabale
Mais au fond quels sont les motifs de ces coups de pelle
Mais au fond pourquoi lui infliger toute ces séquelles
Mais enfin dites moi pourquoi vous avez peur d'elle
La bête n'est qu'elle-même, et n'a pas la tête du teckel.

Refrain

>> Texte reproduit avec l'aimable autorisation de Ladilafé Productions

Photos de Casey à l'Olympic le 19/11/2010

Boh'm photos
Extrait de la biographie de Casey - Ladilafé Productions

On sait qu’à chaque nouvelle apparition de Casey, des oreilles s’ouvrent et d’autres sifflent, des bouches se ferment et d’autres se délient. C’est une saine conséquence de la loi naturelle de cette œuvre humaine qu’est le hip-hop, celle qui veut que les artistes majeurs de ce courant musical constamment caricaturé par des médias petits-bourgeois marquent au fer rouge plusieurs générations d’auditeurs quand les pleurnichards de service, les gangsters gonflables ou les rebelles de salons encombrent brièvement les poubelles de nos mémoires. Et comme le bon hip-hop est forcément subversif, brut de décoffrage avec une attention toute particulière pour l’impact des mots, on peut le consommer ad vitam aeternam, sans qu’aucune lassitude ne naisse avec les années.

 Chez Casey, l’addiction pour le hip-hop est apparue à la fin de son calvaire à Rouen. Grâce à son cousin et les cassettes audio sur lesquelles il enregistrait le fameux Deenastyle de Radio Nova, elle découvre l’armada américaine de la fin des années 80 et les premiers balbutiements du rap en français. Le déclic est immédiat et un déménagement en région parisienne finit de mettre le feu aux poudres de sa créativité. L’écriture, le rap deviennent indissociables de sa vie et des moyens d’expression adéquats pour faire jaillir toute la rancœur qu’elle éprouve à l’encontre d’une société fondamentalement inégalitaire et capable des pires atrocités et entorses à ses propres lois pour maintenir la domination des puissants.

Cet état des lieux tragique aux quatre coins de la métropole et des D.O.M.-T.O.M., masqué grossièrement par des médias aux ordres depuis des décennies, Casey ne l’a jamais accepté. Spécial Homicide, son 1er groupe, portait évidemment dans sa substantifique moelle une envie de rébellion. Et ce n’est donc pas une surprise si en 1995 sa première trace discographique, le morceau « Ligne 2 Mire » avec Ator sur la compilation « L »Art D’Utiliser Son Savoir » de Desh, laisse transparaître sans arrondi d’angle l’aversion de Casey pour l’ordre établi qui entretient les souffrances du prolétariat de Fort-de-France (sa famille est originaire de la Martinique) à l’Île-de-France.

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