En Espagne, "el mar del plastico"*, un ravage environnemental sans précédent

Publié le par CitiZen Nantes

*Mer de plastique

Ce samedi 18 avril au Café de la Barre - 56680 Le Magouër : Projection en présence de Nina Cooper, l'auteur de l'article ci-dessous

Consommer durant l’hiver tomates, concombres, poivrons et tous ces autres produits hors saison, arrivant chez nous depuis l’Espagne, m’a toujours posé un sérieux état de conscience.
Ces dernières années, la presse a souvent montré du doigt les conditions exécrables de travail et de vie des saisonniers venus de toute l’Europe et d’Afrique. Mais qu’en est-il de l'impact écologique et environnemental sur les zones exploitées ?

Une mer de plastique en Andalousie

Dans le sud de l’Andalousie, entre Malaga et Almeria, s'étend sur plus de 200 km le long de la côte, l'une des plus grandes zones maraîchères d'Europe sous serres. Ce qui fait d’elle la productrice n°1 des fruits et légumes d’hiver pour les pays d'Europe du Nord.

En 40 ans dans la région d’Almeria, c'est plus de 40 000 hectares de terre qui ont ainsi été grignotées sur les collines et la montagne à grand coups de dynamite et de bulldozer, formant un réseau sans fin de serres s’agglomérant les unes aux autres . D’où son triste nom de ‘’mer de plastique’’, visible par satellite.

A l'arrière-plan, la Méditerranée avec juste devant des serres et au 1er plan des déchets plastique

A l'arrière-plan, la Méditerranée avec juste devant des serres et au 1er plan des déchets plastique

Une production intensive et dévastatrice

Ici la production annuelle de légumes représente 3 millions de tonnes par an, acheminée vers l’Europe via un ballet journalier de 1000 camions. La Région de Huelva compte pour sa part 7500 hectares dédiés exclusivement à la culture des fraises.

Considérant la pauvreté de la terre dans cette région, majoritairement désertique, la culture se fait en hydroponie sur un sol enrichi artificiellement d’argile, de sable et d’engrais chimique.

Les spécialistes estiment une production de déchets équivalente à celle de la production de légumes, 3 millions de tonnes à recycler par an. Le constat au sol est affolant, c’est une déchèterie à ciel ouvert.

 Au pied d'une serre, des déchets plastique

Au pied d'une serre, des déchets plastique

Pollution à ciel ouvert

On retrouve, abandonné çà et là le long des chemins, un enchevêtrement de vieux tuyaux d'irrigations, films de paillage, cageots en plastique, bidons vides et autres emballages plastiques, contenant chacun différents produits phytosanitaires utilisés pour fortifier les sols, ou désinfecter les serres.

Pulvérisé à grand coup de générateur qui tournent pendant des heures, ces produits hautement toxiques représentent aussi un risque réel pour la santé des personnes travaillant à leur contact.

Exemple de contenants retrouvé au pied des serres

Exemple de contenants retrouvé au pied des serres

Construction de l'autoroute A7

Les serres usagées sont bien souvent mises à terre ou poussées dans les ravins, les paliers sont aussi remblayés servant de base aux nouvelles constructions.

Les films plastiques s'envolent aux grès des vents sur des kilomètres à la ronde ; souillant dans leurs sillages mer, littoraux, montagne, plaines et cours d’eau qui caractérisent la beauté de cette région.

Les journées sont ponctuées par les détonations assourdissantes des canons à effrayer les oiseaux, en plus des coups de dynamite nécessaires à la construction et l'achèvement de l’autoroute A7 qui rejoindra Malaga à Almeria.

 A l'arrière-plan des serres avec, devant l'autoroute, et au 1er plan, une nature menacée

A l'arrière-plan des serres avec, devant l'autoroute, et au 1er plan, une nature menacée

Une terre déjà aride et surexploitée

Avec seulement 228 mm/an de précipitation, la surexploitation locale des ressources en eau a conduit à l’altération des nappes phréatiques qui ne se rechargent plus. La terre complètement asséchée se crevasse de partout.

Ici la terre se fend littéralement

Ici la terre se fend littéralement

Lorsque de fortes pluies s'abattent sur cette terre, comme en novembre 2014 où s’est abattu l’équivalent d’un mois de précipitations en une seule nuit !
L'eau a tout emporté sur son passage, sur les plages et la mer en contrebas. Dans les jours qui ont suivi, s'étendait sur le sable un long ruban interminable d’une multitude de déchets, provenant de toutes les exploitations maraîchères. Comme personne ne les collecte, la prochaine marée les reprendra.

  Détritus charriés par les eaux de pluie jusque sur les plages en contrebas

Détritus charriés par les eaux de pluie jusque sur les plages en contrebas

Les pêcheurs fatalistes remontent plus de plastique dans leurs filets que de poissons. Des poissons eux, de plus en plus petit et de moins en moins nombreux.

Et ce qui parfois sur la mer, pourrait faire penser à de l'écume, n'est en fait qu'un amas de minuscules particules de plastique en suspension dans une sorte de couche d'hydrocarbure. On en a une meilleure idée lorsque l'on se glisse dessous avec un masque et un tuba...

Pourtant ce modèle à ces limites. A la vue des zones cultivées et des quantités produites la région pourrait subvenir facilement à ses besoins en produit frais, mais comme tout ce qu'elle produit est exporté, elle n’a pas d’autres choix que de faire importer. Ainsi, l’on retrouve sur les étales des melons d’Italie, pendant que ceux produits sur place sont destinés aux nôtres. Les avocats arrivent du Mexique, les oranges d’Afrique du Sud et ce malgré que la région regorge de ces arbres fruitiers.

Texte et photos : N. Cooper

Album photos

Publié dans Dossiers, Espagne, Environnement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Lapilazuli 29/05/2016 13:40

Je ne veux pas manger des fraises à n'imposiez prix.
La dévastation de beaux paysages et la pollution des sols et de la mer pour des générations sont un prix exorbitant à payer pour le plaisir du palais ou un prix au kilo intéressant.
L'Etat espagnol comme beau d'états cédé à la pression économique (lobbies) et ne voit pas la problématique à plus long terme. C'est dommage et désespérant.