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Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 09:22
- Publié dans : Cinéma

Mise à jour du 25 janvier 2011

 

Dans le cadre de "Citoyens ! Au cinéma !" (15/03/10)   rencontre  avec Pierre Rabhi à invité à l'occasion de la projection en avant-première 1ère de "Solutions locales pour un désordre global" de Coline Serreau.

 Bande-annonce du documentaire
2:00

Aller écouter Pierre Rabhi c’est prendre des risques…


 Ne croyez pas aller voir « un orateur écolo parmi d’autres », vous tomberiez de haut. Car cet homme est un auteur et un penseur qui compte. Grand orateur, avec des mots simples et des idées claires, il s’adresse sans détour à nos consciences en critiquant âprement notre société consumériste. Gare donc si vous n’y étiez pas préparé : ses propos vont questionner votre humanisme et vos valeurs, votre vision de la nature, votre place et votre rôle de citoyen-consommateur dans ce monde.

Le documentaire détaille des problématiques agricoles, humaines, animales et sanitaires. Analysant le hold up destructeur des multinationales sur les semences, comparée à du terrorisme, le film est virulent (bien qu’il rende un bel hommage à la féminité terrestre !). Mais la violence réside surtout dans des logiques mercantiles qui aboutissent à des maltraitances animales et des manipulations génétiques. Cette dénonciation est opposée aux bénéfices des solutions locales, basées sur le don et la gratuité, sur le respect des traditions et de la transmission des savoirs-faire, sont des alternatives universelles, simples et logiques.

On retrouve une grande partie des idées engagées de Pierre Rabhi sur le site Internet du  Mouvement Colibris qu’il a fondé (mouvement pour la terre et l’humanisme) et bien sûr dans ses différents ouvrages. Sur le bandeau en en-tête de son blog on peut aussi lire « Pour une insurrection des consciences ». L’insurrection étant une révolte révolutionnaire (un devoir du peuple face à tout pouvoir qui violerait ses droits) rappelons aussi sa forme plus consensuelle, en tant que l’un des quatre "droits naturels et imprescriptibles de l'homme ": le droit de résistance à l'oppression (article 2 de La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen).

L’oppression sous-entendue par Pierre Rabhi serait alors celle d’une dictature déguisée : celle de notre société capitaliste basée sur « l’avoir » plutôt que sur « l’être »…
Et nos propres consciences jugeant nos propres actes, la société civile pourrait réagir et agir pour trouver des solutions locales, chacun à son niveau, et ainsi peu à peu changer globalement la société !

Après cette avant-première de "Solutions locales, pour un désordre global", film documentaire de Coline Serreau, comment interpréter « le désordre global » annoncé dans le titre ? Car les solutions proposées appellent au bon sens et au respect de la nature… Encore sous le coup de la projection, personne dans le public ne relève ce double sens, cette contradiction sans doute volontairement provocatrice…

Le niveau de désordre global serait-il déjà atteint par notre société en dérive ? Si oui, on rejoint là la nécessité d’agir localement pour « panser les plaies de la terre », pour « retourner à une forme de simplicité de vie » et « éduquer nos enfants à préserver, à être simple et modeste… » Ou faudrait-il plutôt souhaiter plus de désordre pour changer radicalement une société trop inhumaine ?

Pierre-Rabhi-5.jpgOn rejoint là les thématiques de l’autonomie, du boycott et de la décroissance, jusqu’au rêve secret et utopique que Pierre Rabhi nous confie : voir un jour tous les agriculteurs de la terre se mettre en grève pour que le monde prenne conscience de l’importance de la terre.Non le public n’est pas à analyser le titre, il digère à peine toute la portée du documentaire, et boit les paroles de Pierre Rabhi, qui a l’art de « conter » ses plus simples expériences pour illustrer ses idées les plus fondamentales. Il parle de la société comme d’un traquenard dans lequel nous sommes tous tombés et il nous invite à sortir de ce piège par la modération et la simplicité (sous-entendus sur la décroissance). A son initiative, le public est transporté par des réflexions quasi oniriques :  

« Et si la beauté pouvait changer le monde ».

Elles nous mènent à des propositions quasi philosophiques et religieuses (selon les affinités) : « C’est l’amour » que l’on porte aux autres qui serait le premier pas vers l’humanisme et vers le changement…

Pierre-Rabhi-4.jpg
Enfin, pour ceux qui veulent encore capter un peu des lumières de Pierre Rabhi, on peut après le débat continuer à librement échanger en groupe avec lui (il y a encore beaucoup de monde qui se presse autour de lui pour l’entendre). On captera alors là encore des paroles lourdes de sens et d’enseignements sur l’éducation, sur l’autorité (qui ne doit pas être un asservissement de l’autre mais qui doit au contraire se gagner en se reposant sur la responsabilité que l’on a de l’autre et sur le fait de se positionner comme étant au service de l’autre), sur la capacité à faire des choix personnels (sur sa carrière, sur l’être par rapport à l’avoir…). Personnellement, je n’oublierai pas de sitôt ces bonnes paroles. Je repartirai avec des questions à résoudre, une envie d’agir et de trouver des solutions, et des convictions renforcées. Tel un insurgé positif !
P. Mauger. 16/10/02

Pierre Rabhi au Katorza
Katorza - Nantes. Thierry Kruger

 Solutions Locales pour un Désordre Global, un film qui incite à la réflexion… et à l’action.
 
Le documentaire fait écho au film de Thierry Kruger, Sous les Pavés la Terre, que nous avons présenté le mois dernier , en abordant la question de notre rapport à la Planète à travers nos pratiques de production et de consommation.
Résultat de trois années de recherche, ce film fait le bilan des problématiques environnementales  et socio-économiques liées aux méthodes de production agricole, à travers le regard croisés d’hommes et de femmes, cultivateurs, ingénieurs, économistes. Tous font le même constat : partout dans le monde, on assiste à un empoisonnement des terres cultivables, causé par des mesures agricoles imposées par les gouvernements et par les grandes puissances industrielles. « Produire pour détruire » : la règle semble de mise aux quatre coins du monde, de L’Inde au Brésil, de la France au Maroc, partout on retrouve ces techniques de production massive détruisant la biodiverstité des sols et nuisant à l’écosystème au niveau planétaire. La question alimentaire y est également abordée à travers deux aspects : à savoir la répercussion des engrais et des pesticides en terme de santé publique et la question de l’autonomie alimentaire de tous les peuples, et particulièrement celle des pays les plus pauvres.

Les techniques de surproduction censées subvenir aux problématiques de surpopulation et de crise alimentaire ne font en réalité qu’accroitre la misère des plus pauvres, incitant les petits à user et à abuser de ses engrais qui nourissent les plantes tout en appauvrissant les sols. En réalité, ce sont bel et bien les pays pauvres qui s’appliquent à remplir les assiettes des plus riches, et ce pour quelques bouchées de pains et parfois au prix de leur vie, à en voir les dégâts provoqués par l’utilisation abusive d’engrais et de pesticides. En affamant les populations par l’instauration et le maintien de ces techniques dangereuses pour l’homme et son environnement, on assiste à une véritable marchandisation de la vie.
 
En somme, il s’agit bien d’une forme de  "Guerre Froide" contre la population, et particulièrement contre celle des pauvres. Le terme est laché et il ne reste plus qu’à réfléchir sur nos pratiques de consommation au quotidien qui relève de notre responsabilité devant le carnage qui se dissimule dans nos assiettes. A quand la guerre des ConsommActeurs donc, dont certains diront qu’on va encore les cupabiliser, eux qui peinent déjà sous le poids de leur propre crise ?

Au delà des constats alarmistes, ce film se veut aussi être le porte-voix d’hommes et de femmes qui développent des initiatives au niveau local, et qui regardent ensemble vers un même point d’horizon pour tenter de combattre ce système agricole dégénérescent. On retrouve Claude et Lydia Bourguignon, passionnés de la Terre qui expérimentent de nouvelles pratiques au sein de leur petite production, l’association Kokopelli en Inde qui milite pour relocaliser l’économie par un accompagnement des cultivateurs locaux, les initiatives de survie des paysans sans terre du Brésil, ou encore l’exemple des AMAPs en France, regroupements qui permettent de se procurérer des fruits et légumes issus d’une agriculture localisée respecteuse de l’environnement, garantissant notre bonne santé et celle de notre porte-monnaie.

Ces témoignages nous montre donc qu’il est possible de s’organiser autrement à l’échelle locale afin d’aboutir à ce que Coline Serreau avance dans le titre de son film, à savoir « un désordre global ». Cela passe par un engagement contre les gouvernements et les multinationales  si l’on veut tendre vers une véritable démocratie alimentaire pour tous les peuples et retrouver un équilibre dans notre rapport à la terre. Pour reprendre les termes de Pierre Rabhi, présent pour cette avant-première. « Aujourd’hui, cultiver son jardin constitue un réel acte politique de résistance », et cette phrase prend tout son sens après avoir vu ce film riche en témoignages, et dont certaines images parlent d’elles-mêmes et se passent de commentaires.
Leïa. 18/03/10

 

Le débat
En l’absence de la réalisatrice, c’est Pierre Rabhi, à l’intitative du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, qui a répondu aux diverses interrogations posées par les spectacteurs à la fin de la scéance : des nuisances induites par le projet d’aéroport de Notre-Dame, à la question de la responsabilité des multinationales rattachée au politique, du coût de l’agriculture biologique qui n’incite pas les producteurs à en faire l’usage aux problématiques environnementales dans certains pays pauvres comme au Maroc…

Au cours de ce débat, Pierre Rabhi est revenu sur la question du mode d’organisation de nos sociétés et sur la responsabilité des consommateurs, renvoyant à notre volonté et notre capacité et à l’auto-détermination. La terre relèvant de la propriété privée déstinée au profit et que certains épuisent à volonté, les gisements de ressources naturelles que constitue notre Planète est aujourd’hui gaspillé par 1/5 de la population. Pierre Rabhi a bien insisté sur le fait que ce phénomène n’est pas seulement un phénomène structurel, et qu’il relève aussi de la responsabilité de chacun, cela passant par une véritable insurrection des consciences.

Des solutions s’avancent d’ores et déjà, comme le fait de cultiver son propre jardin, de procéder à l’économie de l’échange et du don,  de revenir à des modes d’organisation plus solidaires comme le système des AMAPs  ou encore de s’attacher à mettre en place des formations en agro-écologie dans les pays dits en voie de développement. Il nous appartient aussi dès à présent d’éduquer nos propres enfants à un autre modèle de consommation, relevant d’une vision du monde plus humaniste, afin de sortir de ce système de division qui fragmente notre société. Pour poursuivre ces réflexions diverses, on peut aussi lire les ouvrages de Pierre Rabhi comme "Manifeste pour la Terre et l’Humanisme" (Acte Sud, 2008), ou Sobriété Heureuse (Acte Sud, 2010).
Pierre-Rabhi-6.jpg
On saluera ici l’intiatiative du Katorza de donner la parole aux cito yens que sont les SpectAteurs, même si on regrettera parfois que certains modérateurs du débat aient écourté quelques témoignages sous pretexte de manque de temps ou d’avoir couper la parole à d’autres voix s’engageant sur des problématiques qui leur tenaient à cœur même si ces questions ne se rapportaient pas directement aux contenus du film, mais qui restait en lien avec le sujet, à savoir la défense et le respect de notre environnement. C’est bien la question du débat citoyen qui se pose ici, ceci ne remettant aucunement en question les réflexions apportées par Pierre Rabhi qui ont été des plus enrichissantes.

S’agit-il donc de donner la parole aux citoyens sur un pied d’égalité avec les intervenants, ou de les laisser à leur place de spectateurs qui auraient le droit de poser timidement des questions pour écouter sagement les réponses qui leur seraient proposées ? Voilà un autre débat qui rejoint la question posée par Pierre Rabhi, à savoir celle de l’insurrection des consciences.

Leïa. CitiZen Nantes. 18/03/10

L'anecdote des stères
05:01

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