Publié dans : Venez débattre
Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 12:35
Mise à jour du 08/11/2009

Article : Débat avec Pierre Péan et Charles Onana salle Bretagne
Ouest-France 06/11/2009

Communiqué Survie 44 06/11/2009
À lire sur CitiZen Nantes
________________________________________________________________________

Vendredi 6 novembre 2009 à 20h
Salle Bretagne. Nantes. Entrée libre

Mise à jour du 29 octobre
CitiZen Nantes a un accueilli un débat (voir plus bas dans cet article et dans les commentaires tout en bas) principalement porté par l'animateur de la soirée et des militants de Survie. Aujourd'hui les organisateurs propose une vidéo das laquelle il explique leur démarche en amont de la conférence. Espérons que les militants de Survie sauront ajouter leurs voix à nouveau dans le scommentaires et que la conférence sera riche d'exhaustivité.

++
Texte accompagnant la vidéo des organisateurs
(voir plus bas)
A quelques jours de la Conférence-débat "Les Droits de l'Homme dans la Région des Grands Lacs" avec Pierre PéanCharles Onana, une interview des organisateurs vous est proposé en ligne. Le débat sera animé par le journaliste Kalomé Botowamungu.
Le projet est porté par un Collectif d'associations (Réseau Culturel VLM/Ecce Afrika/Caraïbe sans Frontière/Train de Vie) avec le soutien de "Action Contributive de la Diaspora Panafricaine", "Les Amis de TOKO", "Jeune Africains de France" et quelques anonymes.
et

Les Grands Lacs : interview des organisateurs


Recto du fly présentant la conférence

Mise à jour du 08/10/2009

Concernant les difficultés rencontrées par les les organisateurs pour mettre en place ce débat, ces derniers ont diffusé le 6 octobre un
communiqué repris ci-dessous :
après une journée bien agitée et plus de 8 heures d'échange entre les organisateurs, les conférenciers, l'animateur du débat, la mairie de Nantes et la presse, Monsieur Jean-Marc AYRAULT a tranché. Les positions du Député-Maire sont claires: "J'ai toujours été pour le pluralisme des opinions. Je propose aux organisateurs de prendre contact avec mon conseiller pour trouver une solution immédiate. La ville mettra à disposition des organisateurs, une salle municipale ainsi que les besoins techniques afin que cette rencontre se déroule dans des meilleures conditions..."

Mise à jour du 1er octobre

Vendredi 6 novembre 2009. Salle Bretagne
Heure et lieu non encore communiqués. Nantes. Entrée libre

Proposé par le Réseau Culturel VLM/Ecce Afrika/ Caraïbe sans frontière/Train de vie

Avec Pierre Péan, journaliste et Charles Onana, fondateur des éditions Duboiris, journaliste et auteur.

Animé par Kalomé Botowamungu, journaliste.

Les organisateurs s'interrogent en effet sur une possible censure sur ce débat après s'être vus refuser l'Espace Cosmopolis.
"Après avoir contacté l’espace international Cosmopolis (fin juillet) qui nous a proposé deux créneaux disponibles   (les 09 et 16 octobre 2009), après avoir envoyé un courriel pour confirmation le 11 août dernier, nous venons d’avoir, à notre grande surprise, un refus le mardi 22 septembre. Cette réponse orale et non officielle à moins de 3 semaines de la manifestation nous questionne. Nous ne voulons pas croire à une intention de censurer cette rencontre édifiante. Surtout à Nantes, une ville chargée d’histoire avec l’Afrique et qui aujourd’hui peut se féliciter d’organiser le Forum mondial des droits de l’homme".

Extrait du fly présentant la conférence

Après le génocide rwandais de 1994 (plus de 800000 morts), la République Démocratique du Congo connait une situation inédite avec plus de 6 millions de morts. Qui en sont les protagonistes ? La communauté internationale est-elle indifférente ou impuissante ? Les journalistes Pierre Péan et Charles Onana nous apporterons quelques réponses dans un débat que nous voulons populaire. Ceci est notre modeste participation pour permettre au public d'avoir une autre lecture des faits. Un débat citoyen dans un pays démocratique où nous combattons la pensée unique. Peter Lema. André Joseph Gelie. Laurent Ndawkwom. Nathalie Veneau
Cherchant à en savoir plus sur cette conférence, CitiZen Nantes a indirectement provoqué un début d'échanges par mails entre Mathieu, un militant de survie qui écrivait en sa qualité de citoyen et non associative, et Kalomé l'animateur d'un débat qui fait donc débat avant l'heure. Dans sa volonté de mettre en avant les échanges des citoyens et  avec l'autorisation des auteurs nous rapportons ici deux points de vue. A vous de les prolonger en ajoutant un commentaire en bas de page.

++
Échanges mail du 29/09/09 

Téléchargeable au format pdf

Extraits. M.B
Je crois que ça ne sert pas la cause des Rwandais ou des Congolais de faire venir des gens comme ça pour parler de "droits de l'homme". On peut discuter mais pas avec des personnes à la démarche intellectuelle malhonnête.
Sur le fly, sur la carte de l'Afrique est inscrit "génocides", faisant peut-être (mais je n'espère pas) référence à la fameuse thèse du double génocide : Hutu=> Tutsis, Tutsis=>Hutus, qui est une erreur historique et sémantique. Il y a eu un génocide Hutu=> Tutsis à partir d'avril 94 et des crimes de guerre/crimes contre l'humanités commis par le nouveau régime rwandais à la suite de 94. Il n'y a aucun jugement de valeur de ma part dans cette distinction. Une personne qui meurt, peu importe si c'est dans le cadre d'un génocide ou un crime contre l'humanité, c'est un crime dont les responsables méritent d'être traduits en justice. Aujourd'hui, on a l'impression que si on ne parle pas de génocide pour des massacres, ceux--ci n'ont pas de poids. A force de vouloir donner du poids médiatique à tout, on fini par faire un gros mélange. Et quand les mots n'ont plus de sens, il ne reste que les poings et les armes...
 Des crimes contre l'humanité sont perpétués en RDC tous les jours depuis 15 ans et tout le monde semble s'en foutre. Ce n'est pas qu'une simple "affaire de nègres", la RDC meurt de sa richesse et des convoitises de blancs, de noirs, de jaunes... américains, français, anglais, canadiens, congolais, rwandais, sud africains, angolais, chinois, indiens...


Réponse K.B
- Je trouve regrettable que certaines associations travaillant sur le Rwanda aient fait pression sur Cosmopolis pour que cette conférence n'y soit pas organisée. Cela voudrait dire que celles-là ont décreté ce que sera définitivement et pour l'éternité, la version à retenir de l'histoire des Grands Lacs.
- Les organisateurs de cette conférence n'invitent pas Charles Onana et Pierre Péan pour venir vulgariser leurs analyses, mais pour les confronter à d'autres, celles généralement admises. C'est là une superbe occasion pour tous ceux qui voudraient déjà faire le débat à la place de ceux qui seront dans la salle de venir s'exprimer. C'est tout simplement leur dénier l'intelligence de penser par eux-mêmes.
- Survie est attaquée et accusée comme proche du pouvoir rwandais, compréhensible car la collaboration de son ex-président avec un régime (celui de Kagame) dont on conaît les vertus a paru trouble voire compromettante aux yeux de beaucoup. Il n'a pas travaillé sur commande de la société civile, ni des ONG au dessus de tout soupçon mais à la demande d'un gouvernement dont Survie était parfaitement au courant des agissements dans le Nord-Kivu et des massacres à "échelle industrielle" des hutus dans les fôrets de la RDC... Vous savez entre la proximité et la promiscuité, il y a quelquefois juste l'épaisseur d'une feuille de papier... et parfois rien du tout.
- Je suis surpris, pour ne pas dire, choqué pour les victimes que certains, à Survie notamment, aient décreté que les massacres ciblés (de masse) des Hutus par le FPR n'étaient que des crimes de guerre. Pourquoi ne pas parler carrément des victimes collatérales pendant qu'ils y sont ? Non, arrêtons ! Evitons de qualifier définitivement ces crimes de masse dont on n'a pas encore mesuré (évalué) la vraie ampleur, ni reçu les témoignages des survivants, des rescapés. j'en ai entendu quelques-uns et croyez-moi, c'est horrible. Je me suis occupé d'une réfugiée congolaise épouse d'un Tutsi, quand elle parle des Tutsi, elles dit "ces gens-là" et te ressassent comment ils mettaient des bébés dans des mortiers et les écrasaient ensuite à coups de pilon comme du blé...  Je ne voudrais pas jouer sur l'émotion, mais quand on se lance dans un débat franco-français, pensez aussi à comment le discours des uns et des autres seraient ressentis par les victimes et les proches des victimes.
En RDC, le FPR a voulu exterminer tous ceux qui étaient supposés être génocidaires ou enfants des génocidaires qui seraient tentés par la vengeance à l'âge adulte. C'est ce qui aurait eu lieu en RDC. Si c'est juste un crime de guerre ça... Et ça ce n'est pas nouveau pour Survie, je me souviens du ton avec lequel Verschave avait déjà relativisé ces crimes lors d'une conférence à Nantes, au cinéma Le Concorde. Cela commence à y ressembler trop à une position de principe...
Personnellement je reste ouvert à toutes les discussions et analyses sans à priori et faisant toujours crédit même aux gens avec qui j'ai eu des divergences, car leur opinion comme la mienne est susceptible d'évoluer, de changer ou même d'être mieux argumentée, mieux expliquée.

Réponse M.B
Je suis très étonné et je trouve aussi "regrettable" que certaines assos aient fait pression sur Cosmo. Comme je le notais dans mon mail, toutes les opinions devraient pouvoir s'exprimer car cela permet d'avancer, d'un côté comme de l'autre. L'histoire "officielle" n'est jamais une bonne chose, on a pu le voir avec les bienfaits de la colonisation...
L'ouverture à la discussion sera effectivement une bonne chose pour échanger des points de vue. C'est confirmé, je ne pourrais être présent car je pars dès la fin d'après-midi vendredi. Vous me raconterez, peut-être y aura t-il une trace de la soirée.
Concernant Carbonare, ancien président de Survie, je copie le point 5. de l'argumentaire de Survie sur sa position vis-à-vis du génocide (en PJ sur le précédent mail). On peut se rendre compte que les accusations portées contre Survie ne sont pas fondées car on a demandé à Carbonare de démissionner dès son départ pour le Rwanda pour effectivement éviter tout amalgame. De plus, Carbonare n'est pas Survie et inversement, ce raccourci m'a toujours paru un peu rapide.
"La position de Survie sur le régime rwandais et Jean Carbonare. Certains auteurs ont tenté de discréditer Survie en évoquant une collusion entre Jean Carbonare, président de Survie et le nouveau régime de Paul Kagamé (dont l'avancée au Rwanda est considérée comme déterminante pour l'arrêt du génocide). Jean Carbonare n’a jamais été le «conseiller politique» de Paul Kagame, ni du Chef d'Etat de l’époque Pasteur Bizimungu. S'il est en effet parti travailler au Rwanda au lendemain du génocide, ce séjour s'est effectué dans le cadre d'un projet de coopération technique (notamment la construction de logements
pour les veuves du génocide) que lui a confié le Président Bizimungu. Il a souhaité participer à la reconstruction du Rwanda après la tragédie, qu'il avait vu venir, et contre l'avènement de laquelle il a lancé l'alerte dès 1993. En outre, comme cela lui a été demandé afin d'éviter toute ambiguïté possible, Jean Carbonare a démissionné de son poste de Président de Survie dès son départ pour le Rwanda en juillet 1994, et cette démission a été actée à l'Assemblée Générale qui en a fait suite (mars 1995). Survie est  également  qualifiée de «cabinet  noir  du FPR» dans  l'ouvrage de Pierre Péan.  Or  elle n'a  jamais entretenu de relation avec le régime rwandais, pas plus qu'avec aucun régime politique de part le monde. Elle a d'ailleurs été souvent critiquée par des proches de ce régime en raison de ses critiques à son égard."
Je comprends ta position sur la différence entre génocide et crime contre l'humanité et/ou crimes de guerre. Je ne suis ni Rwandais, ni Congolais et, bien que touché dans mon humanité par les tragédies des Grands Lacs, je n'ai pas d'histoire personnelle liée à ces tueries. Je n'ai pas du bien me faire comprendre dans mon précédent mail. Je ne remets pas en question l'horreur de ces crimes, de quelque côté que ce soit, je ne peux pas entendre que des assassinats ne soient "que" des crimes de guerre : toute vie humaine se vaut, et tout criminel aussi devant la justice. Les définitions sont juste différentes, ça ne change rien au fond. En l'état actuel des travaux effectués, il me semble mais je peux me tromper, que les massacres perpétués par les Rwandais en RDC ne peuvent être étiquetés "génocide". Si c'est le cas, et ce que tu écris m'aide à avancer, il ne fait aucun doute que je changerai mon vocabulaire illico et à Survie aussi je pense. Ce qui n'empêche aucunement, je le répète, que les auteurs de ces crimes doivent être arrêtés et traduits en justice. (...
C'est très difficile d'avoir un rapport dépassionné à cette question. Pour les africains des Grands Lacs, pour des raisons personnelles (appartenance à un pays touché, familles atteintes...) et pour les européens qui ont, comme tous les hommes, tendance à voir les événements historiques selon l'angle les bons // les méchants. De mon côté, il y a longtemps que je ne me fais plus aucune illusion sur la nature humaine et j'essaie de ne pas tomber dans ce manichéisme à la Disney, si présent chez les militants des droits de l'homme. Je vais être un peu long, mais je pense que la lecture historique de Péan et Onana se rapproche de celle des décideurs politiques français de l'époque (Mitterand, Balladur, Védrine...). A savoir que pour Miterrand, la relation Hutus/Tutsis était une relation serfs/aristocratie. C'est une lecture ethnocentrée, européocentrée (ce qui est étonnant chez le camerounais Onana). Ces deux composantes de la société rwandaise, et non pas ethnies, s'interpénétraient et les cloisons n'étaient pas figées. C'est le colonisateur qui a, avec sa grille de lecture de l'époque, forcé les groupes à se fixer et créer cet antagonisme qui perdure aujourd'hui. On ferait bien de s'en souvenir aujourd'hui pour une vraie réconciliation nationale, plus poussée que les gacaca qui n'en sont que la prémisse. Kalome, nous parlions l'autre jour de la faiblesse du raisonnement intellectuel de certains journalistes africains, il ne faudrait pas que nous cautionnions des raisonnements fallacieux chez nous non plus (et j'y mets certains militants travaillant sur le génocide). A ce sujet, je regrette le passage du fly qui place les organisateurs ou intervenant à la marge de la société, ce que je trouve un peu racoleur : "Un débat citoyen dans un pays démocratique où nous combattons la pensée unique." mais ça ne me concerne qu'en tant que lecteur.
C'est difficile aussi d'isoler les périodes historiques. Les forces du FPR ont de fait, mis fin au génocide en 1994 des Tutsis par des Hutus et au massacre de Hutus modérés par des Hutus, c'est un premier point et je ne glorifie en rien le FPR. Les forces du FPR, Kagame et son clan, n'ont pas voulu en rester là, pour des raisons sécuritaires qui peuvent se comprendre sans cautionner les massacres en RDC bien entendu, pour des raisons "mafieuses" (surtout ?!) car faire des "affaires sous la guerre" est toujours très pratique et ça dure depuis 1994, c'est un deuxième point.
Ce sujet est délicat et je m'exprime en tant que citoyen, sans prétention d'être le grand spécialiste de ces questions.

Réponse de K.B
Il n'y a rien de positif que de savoir qu'on a mis son interlocuteur dans une position qui lui permette de s'exprimer librement sans "avoir peur de choquer". Le pire c'est d'inhiber indirectement la pensée de l'autre. Sur les massacres de FPR, je n'ai pas d'avis définitif, mais je m'interroge : A partir du moment où les FPR ont tué en masse, d'une manière ciblée les Hutu en RDC, y compris de jeunes enfants au motif que s'ils restaient en vie, ils chercheraient à venger ces massacres, ne peut-on pas parler de génocide ? En quoi ces massacres plannifiés, ciblés à grande échelle sont-ils différents de ceux de 1994 ? La qualité des auteurs ? La gêne ou le sentiment de culpabilité de l'occident ? Je crains que ça soit les deux.
Quant à Survie, je ne m'associe pas aux accusations portées contre elle (je ne les infirme pas pour autant car je n'ai aucun élément là-dessus en dehors de présomption d'intégrité due à toute organisation), mais je souligne que la collaboration de Carbonare a été, au minimum, une grosse maladresse. Connaissant le terrain et le dossier sur lesquels travaille Survie, par souci de sa crédibilité et afin de prévenir tout soupçon de collusion, il aurait dû éviter d'y aller en recommandant le Rwanda à des ONG spécialisées en la matière.
Concernant Verschave, heureusement pour lui, ce n'est pas un mort ordinaire, un mort comme les autres. Son oeuvre, son combat, ses bouquins... feront qu'il restera le contemporain de beaucoup de générations qui continueront à épiloguer sur ses prises de position... Et je ne trouve aucun "sacrilège" en cela, au contraire.
 Pour le reste, on connaît la nature du ton du discours de certains de nos amis rédacteurs du flyer, heureusement cela n'engage pas les intervenants et ne présume en rien, je l'espère, sur leurs propos.

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