Le 17 avril, Aimé Césaire est mort...

Publié le par Blog citoyen au Breil et au-delà à Nantes


Ci-dessous, un extrait de "Discours sur le colonialisme". 1950.
A lire en lien avec la polémique autour de la loi du 23 février 2005 (voir + bas)
relative au rôle positif de la France, Outre-Mer...

J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.
Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.
Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.
Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.
Moi, je parle d' économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.

On se targue d'abus supprimés.
Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposé d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu'en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.(...)


11 novembre 1996

«Plus de trente ans après le retour en métropole de ces Français [d'Algérie], il convient de rappeler l'importance et la richesse de l'oeuvre que la France a accomplie là-bas et dont elle est fière.»  Jacques Chirac.


5 mars 2003. Proposition de loi déposée par de nombreux députés

Les attendus de cette loi étaient ainsi rédigés :
«L'histoire de la présence française en Algérie se déroule entre deux conflits : la conquête coloniale de 1840 à 1847, et la guerre d'indépendance qui s'est terminée par les accords d'Evian en 1962. Pendant cette période, la République a cependant apporté sur la terre d'Algérie son savoir-faire scientifique, technique et administratif, sa culture et sa langue, et beaucoup d'hommes et de femmes, [...] venus de toute l'Europe et de toutes confessions, ont fondé des familles sur ce qui était alors un département français. [...] C'est pourquoi [...] il nous paraît souhaitable et juste que la représentation nationale reconnaisse l'oeuvre de la plupart de ces hommes et de ces femmes...» Suivait l'article unique de cette proposition de loi : «L'oeuvre positive de l'ensemble de nos concitoyens qui ont vécu en Algérie pendant la période de la présence française est publiquement reconnue.»


23 février 2005; Vote de la loi relative à la «reconnaissance de la nation» et à la «contribution nationale en faveur des Français rapatriés»

L'article 4 de ce texte est ainsi rédigé: «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.»

Extrait s d'interventions pronocée au parlement et au sénat relative à la loi du 23 février 2005

Reconnaissance d’abord, de tout ce qui a été fait pour que vive la « plus grande France » ; Reconnaissance ensuite, de ce qui a été subi là-bas au moment de l’indépendance, et ici lorsqu’il a fallu se replier sur l’hexagone. Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. L’essentiel, c’est de rétablir, de proclamer et de transmettre la vérité sur l’extraordinaire aventure de la colonisation et sur la tragédie qui a marqué, pour tant de Français, la fin de l’Empire. Il est de reconnaître l’œuvre accomplie par ces pionniers, ces bâtisseurs, ces ingénieurs, ces agriculteurs, ces hommes de loi, ces fantassins, ces médecins, ces enseignants que furent les colons ;

Jamais le législateur n’avait pris position aussi clairement sur le sens à donner à l’histoire de la colonisation, sur le rôle positif joué par la présence française outre-mer, sur la volonté de la nation d’établir et de conserver la vérité sur ces pages de notre histoire, ainsi que sur l’engagement solennel de transmettre la connaissance exacte de ces événements.
Il importait que, tous ensemble, nous rendions à cette aventure humaine sa dimension historique, bien qu’imparfaite. Chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître que la présence française outre-mer a été un grand moment de l’histoire de notre pays, en même temps qu’une étape majeure du développement et de la modernisation économique, sociale et intellectuelle de ces pays.
M. Michel Diefenbacher (UMP)

Chacun reconnaît l’oeuvre des Français d’outre-mer. Mais la reconnaissance doit aussi entraîner la responsabilité, qui ouvre droit à réparation, comme on l’a fait pour Vichy. C’est pourquoi nous avons demandé une mission d’enquête pour établir ces responsabilités et assumer notre histoire.
M. Jacques Bascou (PS, Aude, 2èmecirconscription)

Je me sens particulièrement concernée, en tant qu’élue du Nord et en tant que Française, par un texte qui va permettre à la nation d’exprimer toute sa reconnaissance aux hommes et aux femmes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans ces territoires. Hommage et reconnaissance pour ce qu’ont fait tous nos pionniers, nos colons sur les terres d’Asie ou d’Afrique et dont nous pouvons être fiers car ils ont participé au développement économique de ces territoires, alphabétisé, soigné, apporté des valeurs de démocratie qu’ils ont laissées en héritage.    Cécile Gallez (UMP, Nord, 21èmecirconscription)

 

Permettez-moi de saluer tous nos compatriotes provenant de ces contrées où ils ont, tout comme leurs ancêtres, contribué à l’œuvre civilisatrice de la France.     M. Kléber Mesquida. (PS, Hérault, 5èmecirconscription)

Le fameux article 4

Loi n°2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés.

Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite.
Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.
La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l'étranger est encouragée.


Et hop c'est modifié....
par Décret n°2006-160 du 15 février 2006 - art. 1 JORF 16 février 2006

Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite.
La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l'étranger est encouragée.




Publié dans France & Monde

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