11 cinéastes africaines interpellent Abdou Diouf pour un soutien effectif du cinéma panafricain et francophone

Publié le par CitiZen Nantes

Alors que se déroule le 15e Sommet de la Francophonie à Dakar du 29 au 30 novembre 2015, 11 cinéastes africaines se lèvent pour réclamer haut et fort au président Abdou Diouf, actuel secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), de soutenir de manière "effective" le "cinéma panafricain et francophone" par le biais de l'institution, maîtresse de la francophonie.

Quand on sait que le "Centre de Conférence de Diamniadio", qui accueille le sommet, a coûté 77 748 998 euros (51 milliards de FCFA) et que rien n'est envisagé pour son avenir, pas même une grande école du cinéma...

La note aux journalistes met à jour le rôle des médias, petits et grands, à faire vivre cette interpellation, pour que remonte au Président l'impatience argumentée et légitime de ces 11 femmes jusqu'à ce qu'il réponde.


Aucune transparence dans les fonds destinés au Cinéma pour les rares exceptions où ces fonds existent, un désintérêt total de nos gouvernements pour la Culture et plus exactement le Cinéma. Ici au Sénégal, l’état nous a promis il y a deux ans un fond pour le Cinéma, depuis nous avons eu trois Ministres de la Culture qui se sont succédés et aucune information, aucun calendrier sur ce fond pour lequel les appels ont été fait depuis novembre 2013.  

Extrait de la lettre à Abdou Diouf

 

Note aux journalistes

Chers collègues journalistes,

Nous sommes 11 cinéastes africaines à avoir co-signé cette longue lettre de 7 pages, que nous avons adressé au Président Abdou Diouf, en qualité de secrétaire de l'Organisation Interntionale de la Francophonie (O.I.F).

Bien-entendu, celui-ci, n'a pas daigné encore nous répondre... Peut être se réserve t-il pour le dernier jour du Sommet ?!

Quoiqu’il en soit avec les collègues, nous avons décidé de l'envoyer à la presse.

Après avoir essayé des versions courtes, qui n'ont pas convaincu, nous avons décidé de la laisser tel quelle car elle parle de la réalisation, production, formation, distribution et financement, des problèmes et solutions, avec comme question de fond: ou en est le fond Panafricain d'aide au Cinéma ? Et est ce que le fond d'aide au cinéma de l'OIF va disparaitre comme c'est le cas depuis deux ans où il n'y a pas eu d'appel à projet...

En sachant que si ce fond disparait, c'est juste catastrophique , car cela voudra dire en qualité de réalisateur et producteur africain francophone, nous n'aurions plus de guichet de financement.

Par ailleurs c'est aussi la première fois que 11 femmes cinéastes du continent mènent une action collective.

Nous souhaiterions la publier, en sachant pleinement, qu'elle risque d'être écourté par vos rédactions.

Rama Thiaw Rama THIAW (Sénégal),  Angèle DIABANG, Mariama SYLLA et Marie KA (Sénégal), Nadège BATOU (Congo Brazzaville), Samora SEKHUKHUN (Afrique du Sud), Laurentine BAYALA (Burkina-Faso), Siam MARLEY (Côte d’Ivoire), Pauline MVELE (Gabon), Ifrikia KENGUE (Journaliste - Congo Brazzaville), Ariane Astrid ATODJI (Cameroun)4cmillerand_IMG_6959.jpg

Rama THIAW, auteur, réalisatrice et productrice, initiatrice de la lettre. Photo ©Camille Millerand

 

Lettre à Abdou Diouf, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie. En ligne ou ci-dessous

Dakar, Le 15 Novembre 2014

A l’attention de Monsieur le Président Abdou DIOUF,

 

Objet : Aide au Cinéma Panafricain et Francophone - Quels avancements, et quelle place pour les femmes et jeunes cinéastes ?

 

Cher Monsieur DIOUF,

Quelques semaines après la mort du poète DAMAS, j’ai vu le jour en Mauritanie de parents sénégalais en avril 1978, mais ce n’est que bien des années plus tard que mon père me récita d’une traite, au pied de l’aéroport Léopold SEDAR SENGHOR, ce poème de DAMAS, pour me féliciter de l’obtention de mon bac de Français, dont voici les premières vers :

« Nous les gueux,

Nous les peu
Nous les rien
Nous les chiens
Nous les maigres
Nous les Nègres... »

Et aujourd’hui j’ajouterai :

Nous les jeunes,

Nous les femmes,

Oui, car c’est au nom des jeunes cinéastes, des jeunes femmes cinéastes, que je me permets de vous interpeller au sujet du Fond d’Aide au Cinéma, tandis que se profile le prochain Sommet de la Francophonie à Dakar, 15ème du nom.

Sommet auquel, trop peu d’entre nous avons été conviées et mises au courant, mais durant lequel, je l’espère, vous pourrez nous répondre sur des questions de fonds dont nous peinons à trouver des réponses probantes :

- Qu’en est-il du projet Fond d’Aide Panafricain du Cinéma ?

- Quand et comment ce fond sera-t-il mis en place ?

- Allez-vous maintenir et renforcer en le modernisant, cet autre soutien si nécessaire qu'est le Fond d’Appui à la Production du Cinéma Francophone de l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

Je dis bien nécessaire, car en qualité de réalisatrice et productrice en Afrique francophone (au Sénégal), il reste le seul soutien sur lequel nous pouvons nous appuyer, aujourd’hui,  face à la disparition d’autres fonds tel que le MAE, l’ACP…

Si ce fond venait à disparaître, nous ne pourrions plus apporter des financements aux films que nous produisons. Nous serions obligé de porter des films dans leur phase les plus délicates et difficiles - du développement à la production - pour in fine  céder nos années de travail et d’investissements à nos coproducteurs du nord qui, eux, peuvent obtenir les financements qui nous font tant défaut.

Dans cet environnement où les aides à la production africaine sont quasi inexistantes à part de rares exceptions (Maroc, Gabon, Afrique du Sud), avoir l’opportunité de deux guichets tels que l’Aide au Cinéma de l’OIF et le Fond d’Aide à la Production Panafricain, nous permettrait dans certaines productions, d’être majoritaires financièrement en qualité de producteurs du sud, et nous pourrions enfin avoir des réalisations à 100% de nationalité Africaines.

Nous savons bien que nos télévisions  n’achètent pas, encore moins préachètent nos productions. Mais, préfèrent remplir leurs grilles de programmes de TéléNovélas et films obtenus quasiment gratuitement par d’autres canaux de distributions. Nous sommes bien conscientes qu’il n’existe plus de réseaux de diffusions telles que les salles de cinéma, et que les alternatives de projections sont beaucoup trop fragiles pour pouvoir rentrer dans le processus de pré-achat.

Nous sommes conscientes que la distribution et la production sont nos points faibles.

En amont et en aval, nous peinons à construire une Industrie digne de ce nom.
Pourtant, il existe des modèles et exceptions comme l’Afrique du Sud, le Maroc ou encore le Kenya. Mais là encore, cette industrie n’existe aujourd’hui que par une volonté forte de leur états et gouvernements successifs qui ont soutenu et investi dans le secteur du Cinéma et de l’audiovisuel.

Reprenons le cas de l’Afrique du Sud où l’on trouve aujourd’hui de jeunes réalisatrices, de jeunes productrices, techniciennes, distributrices ; pourtant il y a encore 20 ans, le cinéma africain francophone était bien loin devant l’industrie africaine anglophone balbutiante.

Que s’est-il donc passé ?

Nous pensons qu’il y a eu au-delà de la volonté gouvernementale, une synergie des volontés et compétences de tous bords, à savoir dans l’investissement dans la formation des jeunes réalisateurs, de techniciens, producteurs et distributeurs, dans la préservation des droits des auteurs à travers des sociétés d’auteurs, dans l’investissement dans la production des premiers films, et dans l’implication des réseaux de télés et diffuseurs dans l’achat et le pré-achat des films.

Or, nous constatons une situation diamétralement opposée à ce modèle dans les zones francophones : il n’y a aucune implication des jeunes et femmes dans les processus de décisions, de formation, de professionnalisation. Aucun acte concret visant à interdire à nos chaînes de télévision locales,  de diffuser nos films sans s’acquitter de nos droits, d’auteurs, de producteurs et réalisateurs. Films qu’ils  diffusent allégrement 5, 10 fois  et parfois même 15 fois sans nous avertir ou nous payer.

Aucune transparence dans les fonds destinés au Cinéma pour les rares exceptions où ces fonds existent, un désintérêt total de nos gouvernements pour la Culture et plus exactement le Cinéma. Ici au Sénégal, l’état nous a promis il y a deux ans un fond pour le Cinéma, depuis nous avons eu trois Ministres de la Culture qui se sont succédés et aucune information, aucun calendrier sur ce fond pour lequel les appels ont été fait depuis novembre 2013.

Oui, Monsieur le Président, la situation est catastrophique.

Je peux vous donner mon exemple qui est aussi celui de mes collègues.

Je produis deux jeunes réalisatrices et cela fait deux ans que nous travaillons d’arrache-pied sans aucunes subventions, ni salaires pour développer leurs films, dans ces conditions comment payer nos loyers, notre nourriture, comment vivre dignement de notre travail ?

Et, je sais que si je veux que ces films se fassent, je serais obligée de céder tous mes droits de productrice à un tiers du Nord pour trouver les financements. Ce dernier n’aura qu’à recueillir ces années de travail et privations.  Il lui suffira d’adouber nos écrits par sa signature et d’empocher les subventions qui iront sur son compte bancaire, sur lequel il prendra un bon salaire et touchera durant des mois une allocation chômage. Et c’est le nom de sa société, la nationalité de sa maison de production que portera ce film et c’est lui aussi qui sans aucun doute aura le FINAL CUT, autant dire la totale orientation  artistique du film.

Et quoi pour nous ?

Rien. Ni salaire, ni assurance-chômage, ni retour d’investissement une fois le film produit et diffusé, ni Final Cut, juste des miettes au meilleur des cas. Et la plupart du temps, nous finissons un film avec un budget débiteur.

Nous, les producteurs – réalisateurs – auteurs africains francophones, travaillons des années pour à la fin, avoir un bilan négatif où l’on a payé de notre propre poche pour produire des films.

Cette situation ne peut plus durer.

Je parle de la production mais la situation est la même dans la diffusion, aujourd’hui ceux qui ont les moyens de créer des cinémas sont des entrepreneurs qui n’ont aucune formation et expérience dans le domaine audiovisuel : aussi ils diffusent des films en DVD et bien sûr ne s’acquittent jamais des droits à payer. Sans compter l’absence de diversité ou de la qualité des films qu’ils diffusent ; très peu diffusent des films africains.

Mes collègues qui travaillent dans la diffusion en festival sont obligés de demander des subventions à des ONG du Nord telles que OSIWA, OXFAM... pour trouver des fonds pour financer leurs festivals, avec bien entendu des critères et des conditions hautement plus politiques que culturels.

Oui, nous avons un cinéma subventionné pour « éradiquer le sida », « promouvoir la démocratie et lutter contre le Népotisme », « montrer les dangers de l’excision », « inciter l’alphabétisation » ou encore pour « lutter contre l’homophobie »... La liste est longue, notre cinéma est devenu la vitrine des clichés misérabilistes que l’on porte à l’Afrique : guerres, famines, corruptions, sida, fanatisme religieux...

Nous sommes bien loin du temps où Djibril Diop Mambéty avait pour rôle secondaire, un riche homosexuel sénégalais dans ‘Touki Bouki’, où Sembène Ousmane pouvait tourner en France ‘La Noire de’, où Souleymane Cissé pouvait montrer la beauté des corps noirs nus, ceux de ce couple sous la cascade dans 'Yelen' ...

Ce temps où notre cinéma était singulier, performant, créatif et au service des visions des cinéastes et de leur public.

Bien sûr, tout n’était pas rose en ce temps là, cette génération qui s’est battue pour que le Cinéma Africain existe, ne s’est pas assez battue pour former les plus jeunes et créer des bases et ponts solides sur lesquels nous aurions pu continuer à œuvrer aujourd’hui. Car nous, nous repartons de zéro, nous n’avons plus de formateurs, de salles, plus d’industrie et surtout plus de public africain. Nos films ne sont pas vus dans nos pays et ne nous appartiennent pas et ne sont pas fait par nos techniciens. Dans ces conditions comment encore parler d’un Cinéma Africain ?

Un cinéma qui semble avoir complètement disparu au début des années 90, avec l‘arrivée du Numérique. Oui, c’est 30 ans de Cinéma africain francophone qui ont volé en éclats. Les anglophones  ayant vu le numérique comme une chance et non une menace, ils ont investi largement et se sont adaptés aux changements technologiques. Nous laissant loin derrière, à ne plus en finir de discourir, dans quelques hôtels de luxe et autres festivals de prestiges, sur  « les bienfaits de la pellicule » et « la fin de la qualité du cinéma par l’explosion du numérique ».

J’appartiens à cette génération, celle du numérique, et je n’aurais jamais pu faire mon métier sans internet. Je ne viens pas du sérail, mes parents sont modestes et loin de ce milieu. Je n’avais pas les réseaux, ni l’information pour mes premiers stages et emplois, et j’ai trouvé tout cela sur Internet. J’ai vu pour la première fois les films de Chahine, d’Ousmane, d’Ouédrago, de Cissé et Sissakho grâce à Internet.

Où aurais-je pu les voir ? Nul part... Ils ne sont plus diffusés nul part, sauf si vous êtes parisien et que vous êtes inscrit à la Cinémathèque Française. Et qu’en est-il sur notre continent ? Le néant.

J’aime le Super 16 comme le HD avec lequel j’ai réalisé tous mes films. Je monte sur Final Cut et la pellicule, à part un stage en laboratoire, je ne l’ai jamais maniée.

Mais je sais ce qu’est un cadre, son esthétique, son langage, car j’aime et j’ai appris le Cinéma. Je me suis battue pour être formée.

J’ai trouvé mon premier stage sur le net avec le réalisateur Algérien Mohamed Bouamari, d’abord assistant de Gilles PontoCorvo, de Costa Gavra et Visconti. Un réalisateur passionné qui m’a inculqué mes premières bases grâce auxquelles j’ai pu poursuivre mes études de cinéma à la Fac de St Denis.

Je ne suis pas la seule à avoir été formée à l’étranger. S’il est bien un point commun que mes collègues et moi-même partageons, c’est malheureusement cette particularité. Beaucoup d’entre nous avons été formés à l’étranger car chez nous c’est le néant. Et nous formons à notre tour d’autres passionnés sans grands moyens dans nos propres pays.

Parce que c’est l’un des principaux manques de nos ainés, ils n’ont pas pris la peine de nous former, de transmettre et tendre la main à la jeune génération. Ils ne semblent toujours pas décidés à le faire.

Donc, nous la génération du Numérique, nous le futur du cinéma international, nous nous battons pour former et créer les ponts, les bases pour les générations futures, pour que dans 25 ans nous ayons une industrie qui existe, une industrie forte.

Il est temps pour nos gouvernements et représentants d’accepter que le Cinéma est une Industrie, et l’une des plus prometteuses en matière de développement économique.

Le Cinéma n’est pas un secteur mendiant mais au contraire un secteur qui peut avec un investissement raisonné et une gestion rigoureuse, créer des millions d’emplois à travers le continent et considérablement augmenter le pouvoir d’achat des Africains.

Quand on pense que Hollywood a mis moins de 50 ans à se développer et se hisser à un niveau de productivité digne d’états entiers. Que les productions annuelles d’Hollywood sont trois à quatre fois supérieures que les budgets individuels des états membres de l’OCEDAO.

Quand l’acteur le mieux payé d’Hollywood, Robert Downey JR touche pour un film 76 millions de dollars, à moins de 50 ans pour quelques semaines de travail, je ne peux m’empêcher d’avoir le vertige.

76 millions de dollars, c’est des milliers d’écoles construites sur le continent, c’est des dizaines d’hôpitaux modernes créés, c’est 760 films documentaires produits avec un budget de 100 000 dollars, c’est 76 films de fictions avec un budget d’1 million.

Nul  besoin  de chercher aussi loin, je peux vous citer l’exemple  du bâtiment qui va accueillir le prochain sommet de la Francophonie, le centre de Conférence de Diamniadio, qui a coûté la modique somme de 51 milliards de FCFA soit 77 748 998 Euros.  Ce bâtiment n’aurait il pas pu être une école de Cinéma avec en son sein une vrai salle de cinéma et un amphithéâtre ? Permettant ainsi une vie à ce bâtiment après cet événement qui se déroule sur deux jours ? Ces fonds  n’auraient-ils pas pu être affectés à subventionner des films, financements étatiques qui à ce jour  n’existent toujours pas dans nos pays ? Par ce biais, nous posons la question,  à savoir au lieu d’affecter les fonds publics à des travaux immobiliers qui donnent du travail aux entrepreneurs immobiliers, ne peut-on pas aussi les affecter aux entrepreneurs des secteurs culturels que sont les producteurs, réalisateurs et distributeurs de cinéma ?

Car nous sommes créateurs de valeur ajoutée par les emplois que nous créons, et au-delà,  nous créons de la valeur immatérielle par les œuvres culturelles qui en découlent.

Par exemple : pour chaque film documentaire produit c’est au minimum 20 personnes embauchées avec un salaire de 1500 euros, soit 2000 emplois de créés au minimum pour 100 films. Ces 20 personnes sont embauchées dans plusieurs secteurs d’activités, de la plomberie, à la coiffure en passant par le cadreur ou le régisseur...

Imaginons le jour où nous créerons 200 films par an comme c’est le cas en France...

 Aujourd’hui quel secteur peut se prévaloir d’être un tel levier d’emploi et de pouvoir d’achat sur le continent ?

Quel secteur peut emmener du rêve, de la réflexion, du savoir d’une manière ludique et de l’emploi ? Le cinéma, grâce à ses hommes et ses femmes qui à la base ont un rêve, une idée abstraite qui grâce à leur amour et leur dévotion deviennent  de formidables entrepreneurs.

Des entrepreneurs qui ont été soutenus par des subventions étatiques et des investisseurs privées comme aux USA, jusqu’à ce que leur secteur d’activité, le Cinéma, devienne  l’une des industries les plus puissantes au monde.

 Et c’est que nous vous demandons aujourd’hui, Monsieur le Président, être soutenu par la création effective du Fonds Panafricain et le renforcement du fonds d’aide au Cinéma de L’OIF.

Et c’est bien au nom de cet amour inconditionnel, incommensurable pour cet Art auquel, nous avons dédié nos vies, que nous vous écrivons aujourd’hui.

Nous  nous adressons à vous, car nous vous connaissons comme l’un des ses plus ardents défenseurs du Cinéma, en qualité de président de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Et loin de dresser uniquement un bilan négatif sur notre cinéma, nous avons également des solutions, que nous vous proposons aujourd’hui. Solutions que nous aimerions qu’elles soient exposées et débattues lors du prochain sommet, afin de pouvoir concrètement les mettre en œuvre. Les voici.

Nous souhaitons le renforcement du Fonds d’Aide à la production Cinéma de l’OIF, avec :

-  Une aide distincte au développement, à la production et à la post-production

- Une aide de développement accompagnée par une formation de type mentoring pour les producteurs débutants (ayant produit moins de trois films Long Métrages)

- Des aides sous formes d’invitations aux principaux marchés du film des festivals (car c’est là où le réseau et networking se fait, c’est comme cela que les films peuvent être financés par nos soins).

- Des montants d’aides à la production  plus conséquents.

- Une transparence quant aux membres de la commission ; car jusqu’à présent c’est le seul fond qui n’indique pas qui sont les membres de sa commission.

Nous souhaitons la mise en place du Fond Panafricain effective, avec :

1. Un Comité de décision paritaire 

Avec une implication égalitaire des femmes, à savoir une entité de décisionnaire paritaire, mais aussi représenté par des jeunes comme des plus expérimentés, à part égale.

2. Un Comité reflétant la diversité de l’Afrique

Avec un représentant de chaque zone de l’Afrique (du Nord, de l’Ouest, Central, de l’Est et du Sud)

3. La création d’un site dédié au Fonds.

- régulièrement mis à jour.

- transparent où toutes les décisions seraient publiées.

- Où en dehors des représentants, tous les membres de chaque zone, c’est à dire le corps des professionnels, pourraient voter et émettre leur avis concernant les grands axes de la politique de la commission.

4. Une domiciliation africaine avec :

- Une présidence courte et alternative, où chaque représentant de ces 5 zones deviendrait à son tour président.

- Une possibilité pour tous les membres, c’est-à-dire l’ensemble des professionnels (réalisateurs, programmateurs de festival, distributeurs, techniciens...) de l’ensemble des zones, d’être tirés au sort et de devenir membres de la Commission ; comme un système de jury, pour éviter les conflits d’intérêts et apporter à chaque fois du renouveau dans les idées et méthodes.

- Un bureau par zone, avec des offices dans chaque pays membres.

- Une/un secrétaire générale délégué auprès des instances tel que l’OIF, l’UA, l’UNESCO etc.

Voilà pour la forme

Quant au fond :

1. Une obligation pour chaque état membre de créer :

- un fond national d’aide au cinéma

 - un bureau d’auteur, avec un fond pour les auteurs

- une salle de cinéma nationale, où les œuvres cinématographiques seraient diffusées pour nos populations.

- un fond pour les diffuseurs salles, festivals etc.

- une obligation pour nos télévisions nationales d’acheter nos programmes

- un fond pour la formation de producteurs et distributeurs, métiers quasi inexistants dans nos zones

- un fond d’investissement pour les techniciens afin de créer des auditoriums, des salles de montages dignes de ce nom et ainsi fabriquer et contrôler dans nos territoires toute la chaine de production des films.

2. Se financer et impliquer le secteur privé africain

- Entamer des démarches et impliquer les grandes fortunes privées africaines dans un système de mécénat par des fondations dédiées au cinéma.

3. Renforcer la Formation et les orientations vers les hautes technologies

- créer un fond pour les technologies du numérique : plateformes de diffusion et création numérique et inciter les projets transmédia.

- créer une école de cinéma nationale par pays membres.

Voici nos principales idées et nous avons aussi des idées concernant les financements, mais pour cela il faudrait que nous puissions être entendues, que nous puissions être décisionnaires. Mais le préalable à cela nous semble être la création effective de ce fond d’aide à la production Panafricaine, en nous incluant dans ce processus.

Et nous espérons que nos voix seront entendues.

Nous espérons également que vous nous apporterez des réponses au prochain Sommet de la Francophonie. Car Monsieur le Président, il est temps que le Cinéma ne se prive plus de sa jeunesse et de ses femmes, qui tous les jours maintiennent l’économie, la paix et la cohésion au sein de nos foyers, entreprises et nations.

Oui, Nous qui sommes les peu, les maigres, les gueux. Nous qui ne sommes rien et aspirons à être tout.

Nous pouvons y arriver à être ce TOUT, si nous arrivons à fédérer toutes nos compétences, nos synergies et volontés. Et pour être notre voix, nous comptons aujourd’hui, sur vous Monsieur le Président.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de ma plus haute considération.

Melle THIAW Rama

Auteur, réalisatrice et productrice – Sénégal

Signataires, Mesdames :

_ Angèle DIABANG

Auteur, réalisatrice et productrice – Sénégal

_ Mariama SYLLA

Auteur, réalisatrice et productrice – Sénégal

_ Nadège BATOU

Auteur, réalisatrice, productrice et diffuseur – Congo Brazzaville

_ Samora SEKHUKHUN

Auteur, réalisatrice et productrice – Afrique du Sud

_ Laurentine BAYALA

Auteur, réalisatrice et productrice – Burkina

_ Siam MARLEY

Auteur, réalisatrice et productrice – Côte d’Ivoire

_ Pauline MVELE

Auteur et réalisatrice  – Gabon

_ Ifrikia KENGUE

Journaliste Culturelle – Congo Brazzaville

_ Ariane Astrid ATODJI -

Auteur et réalisatrice – Cameroun

_Marie KA

Auteur et réalisatrice – Sénégal

 

Publié dans France & Monde

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