Le 'testament politique' de Kadhafi (2011)

Publié le par CitiZen Nantes

J'ai souhaité expérimenter un nouveau type d'article, court et synthétique, avec beaucoup de liens sur un même sujet. Avec Internet il importe de savoir trouver les sources pertinentes, de les restituer dans leur contexte et de les hiérarchiser et séquencer.

Ce premier essai concerne la Libye et autre Kadhafi. Être petit reporter c'est aussi être extracteur de pépites et de filons dans le flot de ce qui nous arrive sur le web. Vous gagnez du temps et un supplément de sens, en ce que les points de vues sont diversifiés. Ainsi, quelque soit les opinions du collecteur d'informations, vous pourrez l'outrepasser, compléter et corriger et surtout, vous faire la vôtre.

Thierry Kruger

Comment Muammar Kadhafi se voyait-il et un mot de la Libye

Sa 'dernière' lettre circule sur le web africain subsaharien, ici nous la donnons telle que reproduite sur un site du Mali. Le dictateur s'y livre à une 'déclaration de non-mal' qu'on retrouve en Égypte antique, sans aucun mea culpa, se disant "fils de Nasser" et parlant d'Obama comme d'un "petit-fils de l'Afrique". Sa phraséologie est typique du personnage et sa lecture donne une impression de double-langage, de dissonance et c'en est presque poignant, si on oubliait que ...

Après une critique de ce texte où nous en restituerons la profondeur, la portée, limitée dans l'immédiat, et les enjeux qu'il exprime, nous évoquerons son dernier projet, les relations franco-libyennes, sans exhaustivité ici, et la situation actuelle dans un bref topo. Toutes ces informations sont citées de mémoire, que j'aime exercer ainsi, d'où mes dates pas plus précise que l'année. Sachons enfin que l'Afrique subsaharienne perd sans doute un de ses grands défenseurs, mais au prix de tant d'échecs, d'interventionnisme au Tchad, d'implication dans un attentat, l'avion de Lockerbie, que nous n'évoquerons pas ici au regard de maintes nations plus assassines et parce que le tour en a été fait. Il importe de saisir, c'est le but de ce mémo, ce qu'on peut penser de lui sous des cieux moins cléments, ce indépendamment de ce l'on nous dit d'en penser.

Critique du 'testament politique' de Kadhafi

Oui les revenus du pétrole ont 'modernisé' le pays, jugé très 'en retard' au milieu du XXe s.. Oui il a instauré en maintes choses la gratuité. Oui il a fait reverdir des portions du désert mais omet de dire que son projet pharaonique de 'grande rivière', le plus couteux jamais entrepris sur le continent, va épuiser stupidement dans vingt ans un réservoir précieux d'eau fossile, en majorité constitués en 20 000 ans. Oui des comités de la Révolution ont été mis partout en place mais ils étaient surtout un instrument de contrôle et de surveillance dans ce qui est vite devenu une dictature. Oui sur le papier le pays était une démocratie, même très avancée, même si personne n'a jamais bien compris à l'étranger son concept de 'gouvernement des masses', mais elle fut aussi factice que l'URSS ... après qu'elle eut supprimé en 1920/21 ses derniers soviets. Oui il est d'origine modeste, mais il omet de dire que sa famille fut à la tête d'une immense fortune, l'un de ses fils, assassiné lors des combats, se comportait comme un véritable maffieu. Oui il cru aimer son peuple, puis 'l'homme africain', mais dans sa dernière décennie il se livra, comme la plupart des européens, à une politique RACISTE envers les migrants et réfugiés sub-sahariens. Il 'garda' le centre sud de l'UE d'une arrivée importante de migrants, qu'il retenait chez lui avec la bénédiction de l'Espace Shengen. Au point que son épouse, caractérielle, tortura, tabassa, humilia, plusieurs de ses domestiques sub-sahariennes durant des années, comme aux 'bons' temps de l'esclavagisme et du colonialisme ... Oui comme maints despotes sûr d'eux-mêmes il ne tolérait pas le moindre humour à son endroit (voyez le Kazakhstan ou la Thaïlande), allant dans les dernières années du régime jusqu'à faire emprisonner et torturer un adolescent qui l'avait, assez innocemment, caricaturé en dessin.

Troubles relations franco-libyennes

Un point manque dans ce présumé 'testament politique' : sa volonté de créer une monnaie africaine qui émanciperait l'Afrique du FMI et anéantirait le franc CFA, devenu un instrument de la Françafrique néo-coloniale. Ce dernier projet était très avancé en 2011 ... Nous savons depuis longtemps par le journal le Canard Enchaîné que David Cameron et Nicolas Sarkozy ont personnellement indiqués aux milices insurgées préférer voir Kadhafi mort afin qu'il n'y ait pas de procès.

Les câbles diplomatiques étasuniens révélés par Wikileaks révèlent que la France et la Grande Bretagne se préparaient à recevoir en récompense de leur aide intéressée des marchés en Libye, Total au premier chef, comme pour se rattraper de leur éviction, surtout la France, en Irak après 2004. La téléphonie mobile fut le principal marché perdu par les capitalistes français en Irak, suivi par ceux dans le pétrole, l'ingéniérie et la construction. C'est là pour l'état français une grande déloyauté diplomatique, le dictateur ayant rincé le tyran Sarkozy pour assurer sa réélection en payant plusieurs centaines de millions de pot-de-vins à feue l'UMP, argent volé sur des fonds publics issus des revenus du pétrole. L'intermédiaire fut le numéro quatre du régime, que Sarkozy a exfiltré en avril 2012 afin qu'il échappa à la justice étasunienne et à INTERPOL. Rappelons que les premières tentatives d'amitié franco-libyenne sous le régime Kadhafi avait été tentée dès le règne de Valery Giscard dit D'Estaing depuis le rachat de ce nom par son père. Des pilotes libyens s'entraînèrent discrètement en France sur des mirages, dans l'espoir d'un gros contrat pour Marcel Dassault, père de l'avionneur actuel.

Un peu d'histoire

Muammar Kadhafi fut le plus jeune chef d'état au monde, 27 ans, lors de sa prise du pouvoir en 1969, lorsqu'il chassa le roi cacochyme Idriss 1er, marionnette du 'parti' pro-anglais, qui avaient une base militaire navale dans le pays. Le roi était l'héritier d'une prestigieuse confrérie musulmane, la Senoussiya, qui inventa une nouvelle 'tarika' (voie) vers Dieu au XIXe s. et essaima jusqu'en Égypte, au Tchad, au Niger, dans le sud Tunisien, arrêtée à l'ouest par la confrérie algérienne de la Tidjaniyya. Les Senoussi, notamment avec El-Mokhtar, résistèrent VINGT ANS aux italiens, de 1911 à 1931, qui perpétrèrent de nombreux crimes de guerres, inclue le massacre de plus de 100 000 têtes de bétail pour affamer la population. Quand le colonel Kadhafi arriva au pouvoir, il restait encore 20 000 colons italiens, trustant maintes terres, surtout en Tripolitaine. Il les remercia et les renvoya en Italie qui alors, entrait dans ses sinistres 'années de plomb'. Cette longue résistance musulmane a irrigué l'esprit de Kadhafi, même s'il se disait 'laïc' et on ne comprendrait pas aujourd'hui la puissance du religieux qui a resurgit dans la foulée de l'insurrection populaire de 2011.

Ce que je retiendrais de Kadhafi

En définitive, entre ses hautes aspirations, ses changements fréquents d'alliances, le FMI et DSK son président le félicita pour sa politique économique le 15 février 2011, quatre jours après le début de l'insurrection, il reste largement dans l'inachevé et la confusion et donna sans doute un rôle plus grand qu'il ne pouvait le tenir au modeste peuple libyen qui, de toute façon, n'avait pas son mot à dire.

Retenons encore, pour la postérité, que Kadhafi fut le seul après Nasser à tenter d'unifier le Monde Arabe puis, déçu dans ses folles espérances, le voulu pour l'Afrique, même si ses 'fusions' avec la Tunisie de Bourguiba, l'Égypte Nassérienne ou le Tchad d'Idriss Déby furent feux de paille. Il fut le dernier pan-africraniste. Il fut le SEUL dirigeant d'un pays pétrolier à éradiquer la pauvreté de son pays avec le pétrole, avant qu'Ugo Chavez ne le tente au Venezuela, au contraire des sinistres monarchies du Golfe, du kleptocratique Gabon ou du corrompu Nigeria. Mais mais ... sa population était peu nombreuse, c'était autrement plus facile qu'au Venezuela. Mais au contraire de Chavez, Kadhafi avait tant d'argent en trop que sa famille s'enrichit scandaleusement, ce que ne fit pas Chavez, même si son ex-chef de sa garde, en fuite, s'est révélé complètement corrompu, mais après la mort de son leader seulement, selon les Panama Papers.

Enfin, le caractère fantasque de Kadhafi appuyées sur ses conceptions très personnelles et parfois originales du politique, se muta peu à peu en mégalomanie, sans doute plus grande qu'on ne le croit et plus du fait d'un indéniable narcissisme. Elle se doubla d'une paranoïa certaine, après l'attaque du "cow-boy Reagan" qui, en effet, tua dans un bombardement sa fille adoptive. Le soi-disant 'guide de son peuple' se terrait depuis dans des palais souterrains, coupé de 'son' peuple, méfiant envers 'son' peuple. Toutefois, sur sa fin, il distribua, renonçant à cette méfiance, des milliers et milliers d'armes à ses partisans, comme Bachar al-Assad d'ailleurs, et c'est une autre raison, plus immédiate, du chaos actuel en Libye, toutefois moins grave depuis peu qu'on veut bien le dire en 'Occident'.

La situation actuelle en Libye (avril 2016)

Nous avons deux gouvernements libyens, celui 'légal' de Tobrouk dirigé par un ex-général dissident du kadhafisme et ami de l'Égypte du tyran Al-Sissi, l'emprisonneur de tout ses opposants islamistes mais aussi de tout les jeunes leaders de la Révolution de 2011 et celui de Tripoli dirigé par une coalition islamique avec quelques éléments salafistes. Ils ont fait la PAIX en 2016. L'extrême-ouest du pays est tenu par des partisans du général qui ont fait sécession d'avec la scission tripolitaine. Les salafistes de Derna, à l'est, ont éliminé récemment les djihadistes, mais ces derniers fondèrent une 'province' du 'califat' islamique (EI, ISIS, DAESH selon ses appellations), dont la 'capitale' est Syrte, ville natale de Kadhafi, dont les clans et la tribu ont été ceux qui ont le plus perdus après sa chute. Leur rancoeur est compréhensible ... Entre ce mini-état fanatique, tenant le centre du pays, et le gouvernement de Tripoli, non reconnu par la 'communauté internationale', s'étend une zone neutre, qui n'est avec aucun camp et demeure pacifique, celle des Bani Walid, une des tribus qui fut le plus en pointe dans la Révolution, finalement inachevée, de février-octobre 2011. Dans le désert, les milices touaregs, enfin, tiennent les oasis de l'ouest, Ghadamès et Ghat.

Après son échec à s'emparer des terminaux pétroliers tenus par le gouvernement de Tobrouk, l'État prétendu Islamique basé à Syrte mène depuis un mois une offensive à l'ouest, contre le faible gouvernement islamiste de Tripoli et s'est emparé de son premier champ pétrolifère. Il ne fait aucun doute, en terme de forces, que les deux gouvernements libyens réconciliés, poussés à s'entendre par la 'communauté internationale' et notamment les européens racistes ou / et sécuritaires inquiets d'une 'exportation' djihadiste et d'une nouvelle vague migratoire libyenne, disposent d'assez de ressource pour écraser la 'province' islamique de Syrte tout seuls, sans intervention néo-coloniale de la 'communauté internationale' ...

Thierry Kruger

Publié dans Monde, Libye, Kadhafi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

lisa 31/05/2016 14:38

certes que cet homme était un peu perdu ( au sens propre du terme ) mais mieux de voir ghadhafi governer la lybie que les mélichias américains au noms de daesh

Gaudefroy 07/05/2016 13:42

Merci pour ce rappel.
Petite précision d'après ce que j'ai cru comprendre :
L'histoire de l'avion de Lockerbie fait partie de la guerre continue contre la Lybie. (un mythe de plus...)
Une barbouzerie qui eut un succès considérable pour transformer Khadaafi en monstre
dont l'empire anglo-sioniste a régulièrement besoin. Toujours se demander qui bono ?
http://www.reopen911.info/News/2009/10/06/terrorisme-la-veritable-histoire-de-lockerbie/