Quand la ZAD de Notre Dame des Landes répond aux journalistes chahutés

Publié le par CitiZen Nantes

Réponse du groupe presse de la ZAD à des journalistes se plaignant d’avoir été agressé lors du blocage du mardi 22 septembre 2015.

Mardi 22 septembre, nous avions invité les journalistes à un point presse au carrefour des Ardillères. Les personnes sur place pour s’opposer à la venue du juge étaient prévenues de la présence de journalistes. Nous avons accueilli pendant plusieurs heures celles et ceux qui s’y sont rendu-e-s et leur avons expliqué les raisons de notre mobilisation.

Contrairement à ce que sous-entend le journaliste de France 3 interviewé sur 20 minutes nous n’avons pas fait exprès d’attirer les journalistes sur un barrage où il « ne se passait rien ». Nous ne savions pas si le juge arriverait réellement, ni par où. Les points de blocage étaient les mêmes partout : tracteurs, barricades, opposant.es et petits déjeuners. Nous avions cependant prévenu que dans d’autres endroits, il était possible que des personnes ne souhaitent pas être filmées ou photographiées, notamment dans des moments de tension avec la police.

Libre à ceux qui ne voulaient pas l’entendre de se rendre en toute connaissance de cause dans des points de blocage où ils n’étaient pas invités et de venir se garer à 5 mètres d’une barricade. C’est cependant un peu exagéré de venir se plaindre après coup d’y avoir rencontré une certaine hostilité, surtout quand les journalistes en question s’obstinaient à filmer les manifestants, sans tenir aucun compte des personnes qui leur répétaient qu’elles ne le souhaitaient pas, car cela pouvait les mettre en danger.

A ceux qui crieront au fantasme et à la liberté de la presse, nous voulons rappeler qu’après la manif du 22 février 2014, un journal comme Ouest France avait livré ses photos à la police dans le but de l’assister dans ses enquêtes. Les journalistes en question participaient ainsi à inculper à posteriori une partie des manifestants sur la base de croisement entre fichage policier et images floues. Certains militant.e.s anti-aéroport sont parti.e.s pour des mois en prison lors de cette campagne de répression. Entre outil d’information et arme de délation, les images journalistiques ont, qu’on le veuille ou non, pris un rôle ambigu dans cette lutte.

L’exposition médiatique de Notre dame des landes allant croissant, nous avons aussi connu très régulièrement sur la zad depuis 2012 des comportements intrusifs et arrogants de la part de certains journalistes : des caméras cachées aux introductions incognito dans les lieux de vie et assemblées internes du mouvement. Nous avons vu nos réalités de vie et de lutte caricaturées et calomniées dans des reportages dépotoirs comme celui d’enquête exclusive sur M6, véritable acte de propagande anti-zad. Nous avons vu nos habitats être qualifiés pendant très longtemps de « camping » et on a cherché à nous réduire à une figure folklorique de « zadiste ». Nous nous efforçons pourtant de donner le maximum d’informations pour saisir la réalité et la complexité toute autre de nos vies et de nos mouvements. Il faut que les journalistes soient conscient-e-s que ces comportements blessent et marquent les mémoires. Il ne devrait alors pas être impossible de comprendre que cela en révolte certain.e.s et entâche l’image de la profession. Si nous appelons parfois les journalistes à venir dans des moments spécifiques, il faut aussi garder en tête que la zad n’est pas un zoo et que ses habitant.e.s ont droit à une certaine intimité dans leur quotidien ou leurs espaces d’organisation.

Nous n’appelons personne à crever les pneus des journalistes. Nous cherchons collectivement à mettre régulièrement en place des espaces d’informations et de rencontres sur le mouvement avec les médias. Les habitant-e-s de la zad ne pensent pas forcément et d’un commun accord que tous les journalistes soient des « valets du pouvoir ».

Si nous ne nous faisons pas d’illusions sur l’indépendance des organes de presse-télé-radio vis à vis de leurs actionnaires et annonceurs, nous savons cependant que certains d’entre vous tentent de travailler correctement, s’intéressent au mouvement et cherchent à le comprendre sans le réduire à des stéréotypes pré-mâchés. Mais si d’aucuns s’insurgent que quelques collègues aient eu leurs véhicules endommagés ou se soient vu invectivés mardi, qu’ils questionnent alors aussi l’éthique de certains de leur confrères, leurs méthodes abusives ou leur complaisance systématique vis à vis des porteurs du projet.

Dans un moment où l’Etat se prépare à la possibilité d’une intervention sur la zad, nous sommes lucides sur le fait qu’il lui faut préparer le terrain, et qu’il oeuvrera sans nul doute à des campagnes d’informations calomnieuses, ainsi qu’à de nouvelles vagues de répression. Nous espérons bien que certains journalistes aient aussi envie de faire preuve de leur indépendance et de leur sens critiques dans de tels moments.

Le groupe presse de la zad.

Initialement publié sur zad.nadir.org

Compléments

A 8 h 45, le juge des expropriations est venu en cravate accompagné d’un gradé de gendarmerie en képi sur la Zad. Il voulait rendre visite à la première de trois maisons à exproprier. Il n’a pas atteint de la première barricade. Un kilomètre en avant, il a été accueilli par une grosse centaine d’opposants qui lui ont signifié qu’il n’était pas le bienvenu. Le magistrat a pris des photos avec son téléphone. L’officier de gendarmerie a tiré sur la cagoule d’un zadiste, qui s’en est aussitôt pris à son talkie walkie. L’officier a mis la main sur son arme de service en clamant « OK, OK on s’en va. Pas de caillassage, pas de caillassage ! » Quelques pierres ont quand même volé vers les véhicules 4x4 blancs, sans marque de gendarmerie, stationnés en arrière. Quatre gendarmes en tenue anti émeute en sont sortis pour couvrir la retraite du magistrat et de leur officier et le convoi a fait demi tour après le tir d’une grenade lacrymogène. Les zadistes ont riposté par des fusées pyrotechnique avec un joli feu d’artifice horizontal. En un quart d’heure, sans réel face à face, l’opération était achevée.

Reporterre

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