Des origines de l'esclavage des Noirs au Medef et à la directive Bolkenstein

Publié le par CitiZen Nantes

Mise à jour le 06/09/2015

Ou de l'art de justifier l'exploitation des hommes en leur créant un statut inférieur - Une histoire de "la fabrique des sous-hommes" en occident du XVe siècle jusqu'à nos jours.

Un essai en trois parties de Thierry Kruger.

04/09/2015

L'année 2014 est à marquer du sceau de l’infamie. Elle aura été celle du rétablissement de l'esclavage de jure. L'État prétendu Islamique, on ne l'a pas souligné du tout, a réintroduit dans le Droit, purement et simplement l'esclavage, à partir de morceaux de textes des VIIe, VIIIe et IXe s., empruntés à leur vision (fasciste et millénariste) du Coran.

Sollicité par le média collaboratif Citizen Nantes, pour lequel je contribue régulièrement, à propos d'une vive controverse entre historiens français de l'esclavage des 'noirs', le philosophe Jean-François Niort, maître de conférence à l'Université Antille-Guyane et Louis Sala-Molins, professeur à la Sorbonne -Univ. Toulouse et divulgateur du code noir, j'ai voulu dresser une historique des justifications de l'esclavage, poursuivant, parce que j’en voyais soudain les similitudes, avec celles qui ont couvert le colonialisme et même, l’imposition du salariat généralisé, depuis le XIXe siècle, et dont le MEDEF affirme qu'aujourd’hui qu'il est le travail.

La conclusion où je suis parvenu m'a étonné et m'entraîne à dire ceci : si nous, peuples, ne sommes pas LA source du Droit en place des oligarchies, l'esclavage ‘de facto’ continuera toujours de réapparaître sous une forme ou une autre, quelque soit le nom qu’on lui donnera !

Actuellement, environ 90 % des esclaves de fait le sont pour dette. La Maurétanie est le dernier état a avoir aboli, le 5 juillet 1980, l'esclave ‘de jure’, de droit. Son éradication légale n’aura donc tenue que 34 ans, une génération ! Il m'a été donné d'héberger durant cinq jours, en 2000, un ancien esclave (haratine) mauritanien, Seydou. J'ai constaté les profonds dégâts psychiques que cet état engendre, car 'bien meuble', l'homme fut violé à répétition, enfant, par son maître comme s’il eut abusé .. d’une chèvre ! C'est la comparaison que Seydou me donna.

Nous ne mesurons donc pas le danger qu'il y a de le voir rétabli en droit sur les territoires contrôlés par le proto-état dit 'Islamique'. Nous ne mesurons pas le fait de tolérer dans nos 'démocraties' que notre droit consacre la pérennisation du statut de résident non-citoyen et maintenant, plus grave encore, des catégories de citoyens de seconde zone. Je songe certes aux aliénés, taulards, réfugiés et immigrants, aux Roms, mais aussi aux nomades, squatteurs, SDF, travailleurs au noir ou détachés.

Introduction : de la récente polémique autour du 'Code Noir' analysé par le professeur Sala-Molins et des possibles réparations du crime d'esclavage

Louis Sala-Molins, historien et philosophe d'origine catalane, professeur émérite de philosophie politique des Universités Paris-I et Toulouse 2, fut le premier avec son livre, Le Code Noir, ou le calvaire de Canaan, en 1987, a exhumer et commenter par le menu le Code Noir, confrontant sa codification avec les idéologies des temps durant lequel il s’appliqua : celles du Grand Siècle, des Lumières, de la Révolution de 1789, du 1er Empire et de la Restauration. Une 12e édition du livre paraîtra bientôt au PUF, car Sala-Molins a écrit un ouvrage fondateur si magistral, que ses successeurs peinent à faire mieux. Par ailleurs, dans une tribune du Monde, en février 1994, pour le bicentenaire de la 1ère abolition de l'esclavage, il fit un sort à la loi de 1794, 'inapplicable' et 'opportuniste'. Cela a fait dire que ses positions étaient 'tranchées'. En fait, il suit la pensée critique de son maître Jankélévitch, dans les années 1960, sur les limites de 'la morale de l'intention bienfaisante'.

Un chercheur, Jean-François Niort, maître de conférence "habilité à diriger les recherches en Histoire du droit et des institutions .. et qualifié en Science politique", comme il se présente sur son site, de la Faculté des Sciences juridiques et économiques de la Guadeloupe, s’est senti écrasé par le poids de l’autorité de ce qu’il nomma “la vulgate salamolienne”. Dans son analyse postérieure, il examina ce texte sous l’angle juridique, étudiant sa concrétisation dans les faits. “Ce n’est pas tant la loi – y compris celle du Code Noir – qui pose véritablement problème, mais la difficulté qu’elle a eue à exister effectivement et à être respectée dans les faits et les pratiques” écrivait-il en 2013. Un article dans Le Monde du 11 juillet 2015, co-signé de trois chercheurs, Dahomay, Dorigny et Harouel, trouva même un aspect positif au Code Noir, en ce qu’il “établit une médiation entre le maître et l’esclave”, une formulation si maladroite qu’elle fit crier au “retour en force du négationnisme” l’association MIR-France, le Mouvement International pour les Réparations, sous-entendu de l’esclavage et auprès de leurs nombreux descendants, dans un communiqué du 31 août dernier.

Je n’irais pas jusque-là parce que, effectivement, ce texte règle les rapports entre deux parties, mais l’une n’est qu’un “outil(Sala-Molins), qu’il faut entretenir, ensemencer, et savoir jeter et on ne voit pas en quoi les châtiments corporels envers ‘l’outil’ sont une ‘médiation’ ! Est-ce que je vais 'punir' ma pelle si le manche se casse ?? Deux des co-auteurs aggravent leur cas en osant parler de la “dictature du salamolinsisme” (Dahomay, Dorigny).

Jean-François Niort, auto-manipulé par un complexe d’infériorité, a lancé une inutile polémique contre son confrère, lui répondant qu’il en sait plus que lui en la matière. Inutile, puisqu’au final ce même Niort écrira à la Présidence de la République en mai 2015 pour lui demander que le Code Noir soit qualifié par loi de “monstruosité juridique” et de “crime contre l’humanité”. Les parties sont donc d’accord sur la qualification à apporter au Code Noir.

Maintenant, si l'Etat français reconnaît que la traite des 'noirs' est un 'crime contre l'humanité', si cela se fait, comprenez qu’un tel crime étant “imprescriptible”, tel que définit depuis le procès des dignitaires nazis à Nuremberg, cela signifie qu’il ne pourra jamais être effacé. Cela ouvrirait donc un recours, même près de cent soixante-dix ans après, aux descendants des victimes de la traite atlantique et rendrait légitime une demande d’indemnisation pour préjudice subi. Contre qui cette action peut-elle être menée, me demanderiez-vous ?

Les plus grandes familles de notables nantais ne descendent-elles pas en majorité, selon la confidence que m’en fit Serge Daget, historien de la traite négrière, peu avant son décès, de gens enrichis d’une façon ou d’une autre dans le commerce des esclaves ? Sans doute non, probablement pas contre eux, parce que ce Code Noir fut promulgué par l’État français, à l’époque une monarchie absolue, et comme il s’est manifesté dans la continuité depuis – nous n’avons pas été la Pologne, plusieurs fois rayée de la carte – la Ve République en est bien l’héritier comptable. Devant l’énormité de sommes en jeu et les monceaux de pièces d’un procès qui s’annoncerait fleuve et prendrait des décennies, je suggérais un compromis international qui aurait un impact fort aussi tant que valeur de symbole.

Voici mon idée : que tous les pays qui se sont livrés à la traite négrière atlantique remboursent, au cours actuel, le montant total de ce que l’État haïtien a dû payer envers les propriétaires ou leurs ayant-droits de l’ancienne colonie française d’Haïti, pour la perte de leurs terres et biens – inclu donc leur ‘cheptel’ humain – suite aux révoltes des esclaves menées par Toussaint Louverture puis Jean-Jacques Dessalines, entre 1791 et 1804.

En effet, après vingt ans de tractation entre Haïti et la France, par l’ordonnance du 17 avril 1825, prise par Charles X, le premier s’engage à rembourser au second 150 millions de francs-or. En 1838 le roi Louis Philippe abaisse son montant et c’est en tout 90 millions de francs-or que l’État haïtien paiera jusqu’en 1883. Mais ce n’est pas fini, Haïti a emprunté pour ce faire à des banques françaises, puis étasuniennes, et il faut payer les intérêts. Enfin le pays est sous tutelle bancaire de ses bailleurs, la France jusqu’en 1915, puis les États-Unis. Le solde de tout compte n’intervient qu’en .. 1953 ! Le remboursement du tout aura pris cent vingt-huit ans.

Enfin, les sommes seront définies au prorata du nombre d’esclaves déportés par les armateurs immatriculés dans le pays concerné. On estime à ce titre que la France a déporté vers les seules Antilles, entre 1676 et 1800, environ un million d'Africains. Et puisqu’il faut définir une période et parce que les archives les plus anciennes ont des lacunes, je propose celle qui court de 1685, date d’entrée en vigueur du Code Noir, à 1804 date de l’indépendance d’Haïti. On peut encore choisir celle du début du remboursement ou finalement, ce serait aussi pertinent, celle de 1848 avec l’abolition de l’esclavage en France, les esclaves insurgés haïtiens ayant aussi tenté la libération de leurs frères et soeurs antillais.

Le fait que je veuille impliquer les autres nations par d’un double principe : premièrement, faire co-partager la honte que devrait avoir l’État français avec celles des autres nations déportantes de l’Homme Africain, manière de se souvenir qu’après avoir été premier dans l’immonde juridique, la Ière République fut première à abolir l’esclavage, le 16 pluviose an II (4 février 1794), prenant au pied de la lettre l’article un de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : “Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit”, en le considérant comme supérieur à l’article 17 et dernier : “ La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité “.

Pour imaginer comment on aurait pu, à partir de la déclaration de 1789, abolir l'esclavage, il aurait suffit d’inclure un passage de cet acabit : La propriété étant un droit inviolable et sacré, à l’exclusion de celle de autres Hommes puisqu'en vertu de l’article un, ils ‘naissent et demeurent libres et égaux en droit. Nul ne peut en être privé etc. Et d’ajouter en codicile, en 17 bis : 'Par conséquent, la traite et l’esclavage sont abolis'. Le dernier article a tout l’air d’être un ajout âprement négocié avec les députés du ‘parti’ négrier.

Le second principe de ma suggestion est que cet accord puisse avoir valeur de règlement international a minima pour la zone transatlantique. Il ouvrira la voie pour traiter du commerce des esclaves dans l'Océan Indien et la Mer Rouge, impliquant des Européens mais aussi le sultanat d'Oman. Ce pourrait être l'occasion, cette fois-ci, pour les riches émirats du Golfe et l'Arabie Saoudite de reconnaître la part de responsabilité des pays musulmans dans cet autre esclavage. Comme il serait peu moral de poursuivre des Etats en faillite, en guerre civile ou pauvres par néo-colonialisme, tant en Afrique qu'au Proche Orient, un second règlement global de la question pourrait se traduire par une indemnité conséquente versée par les plus 'riches' états musulmans, aux états de l'Afrique Sub-Saharienne via le concours de l'Organisation de l'Unité Africaine qui répartirait les montants entre les pays.

Une précision, j’entends par commerce transatlantique les convois d’esclaves tant entre les Amériques et l’Afrique que interne à ces continents, Amérique vers Amérique et Afrique vers Afrique, que ce soit la déportation initiale ou une re-déportation. Cela permettra ainsi d’impliquer l’Allemagne qui, contrairement à tous les autres états esclavagistes impliqués – il s’agissait du Brandebourg, futur État de Prusse – n’a jamais eu de possession aux Amériques.

L’État haïtien est l’un des plus pauvres du Monde, en bonne part à cause du poids de cette dette immonde qui a brisé durablement son économie. Le peuple haïtien serait ainsi honoré pour la première révolte d’esclaves victorieuse de l’Histoire. De même, une autre 'dette immonde' écrase les pays de l'Afrique 'Noire' - préférons le terme 'Subsaharienne' - et notre proposition de second règlement aurait là encore valeur de symbole : celui de la solidarité, dont on sait, par ailleurs, qu'elle compte beaucoup dans l'Islam ... Enfin, en soldant le crime imprescriptible d'esclavage, le Genre Humain ouvrirait la porte à un autre Monde basé sur des relations internationales plus équilibrées et permettrait, par analogie, de mettre fin dans la foulée à ce qui est devenu la dictature des 'plans d'ajustement structurel' des institutions financières mondiales dominées par les 'Occidentaux'. I have a dream ...

Partie 1

Aux Temps Modernes, l'aggravation de l'esclavage

Commençons, une fois n’est pas coutume, par le milieu de notre période d’étude, en évoquant la genèse du Code esclavagiste Louis-quatorzien. Sala-Molins souligne que quand l'Eglise a rétro-pédalé sur la licité de l'esclavage, après plus de deux siècles de compromission, par la bulle papale en 1687, il était amplement trop tard ! Ce chercheur a montré encore qu'au-delà des idéologies, c'est en définitive, la 'raison d'Etat' qui aura été, en France comme dans les autres pays européens le pratiquant, le plus puissant facteur justificatif de son maintient. Tandis qu'il participera à 'l'essor' économique de divers royaumes s'y adonnant, inclus une République, les Pays-Bas, l'esclavage transatlantique aura, sous le parapluie de l'Etat, développé sa propre dynamique interne, générant un afflux de capitaux et assez de retour sur investissement, avec une capacité de résilience à tout les fléaux du Commerce (guerre, piraterie, crise économique), pour aller vers une nette aggravation au XVIIe s.

Il est curieux de constater, quand on y pense, que la France a commencé en 'retard' sa conversion à l'économie de l'esclavage. C'est à l'influence d'une maîtresse royale, Madame de Maintenon, que l'on assiste à ses prolégomènes, bien involontairement de sa part. En 1674, elle qui a vécu six ans en Martinique chez ses parents, a transmise à son royal époux - leur mariage resta un secret d'Etat - son grand intérêt au développement de la culture du tabac dans les colonies des Antilles. Louis XIV en fait un monopole d'Etat (qui ne s'achèvera qu'avec la privatisation de la SEITA début XXIe s.), multiplie les plantations et fait s'effondrer son prix ! Les planteurs 'blancs', pour éviter une paupérisation, font venir de la canne à sucre du Brésil, beaucoup moins chère et bien plus rentable, et se mettent à la production sucrière. Aussitôt se pose un problème de manque de main-d'oeuvre et s'instaure, assez rapidement, aux habituels va et vient Antilles-Europe un troisième maillon, intermédiaire, passant par l'Afrique. Des capitaux étaient déjà prêts, agissant déjà sur ce segment : Colbert a fondé la Compagnie du Sénégal l'année d'avant, destinée à fournir en esclaves la colonie de Saint Domingue (Haïti), après les avoir fait se déplacer par la dissolution, toujours en 1673, de la Compagnie des Indes, qui ne transportait pas, elle, d'esclaves. A cette époque, seul Bordeaux avait ses négriers, depuis 1672. Nantes et Saint Malo la rejoindront à partir de 1688.

Le mouvement capitaliste esclavagiste prend toute sa cohérence et sa force juridique avec la promulgation, après quatre ans de préparation, d'un très dur 'Code Noir' pour les Antilles, promulgué en mars 1685 par Louis XIV, roi orgueilleux et impérialiste, qui sera le premier en Europe à légiférer sur tous les aspects de la question. Il consacre l’emprise du propriétaire sur le corps de l’esclave, déclaré à l'article 44 bien "meuble", qui peut être vendu aux enchères où être légué dans un héritage. De la volonté propre de l'esclave, il n’est nulle question. Il décrit par le menu les châtiments pour telle ou telle 'faute' que commettrait ledit 'meuble'.

Il est intéressant d'ajouter qu'un ami jeune chercheur nantais en droit a découvert, par ailleurs, que ce même roi, dès les années 1660-70, a aussi mis la main, par l’entremise des Eaux et Forêts sur une partie du droit d’usage de l’eau, tant sur les berges que dans des zones humides. Avant lui, la coutume reconnaissait une droit d’accès à l’eau égal pour tous, hommes et bêtes. Alors qu’il va consacrer la bestialisation de l’Homme ‘Noir’, il retire aux bêtes, et aux gens du peuple, souvent expropriés, une partie de leurs prérogatives ancestrales d’accès à une ressource vitale, l’eau. Il sait assécher son coeur, comme la bouche de ses sujets, comme les greniers de ses intendants, comme ses finances propres - son expression juridique est ‘la Maison du Roi’, devenue vorace avec Versailles - comme les ventres des femmes qui virent tant de soldats périr dans ses guerres...

À cette époque, la France dame le pion, dans le commerce transatlantique, aux Portugais, qui furent sévèrement concurrencés quelques décennies avant par les Hollandais, mais Londres est devenue la première place boursière mondiale devant Amsterdam, mère de toutes les bourses capitalistes, née en 1611. Si toutes les compagnies coloniales marchandes créées par son ministre du commerce firent faillites, on peut dire que son seul succès fut de se lancer dans le commerce des marchandises humaines. Quant au plus grand succès commercial des néerlandais, ce sera … la tulipe. Ils en tirèrent de tels bénéfices qu’une bulle spéculative se créa et, explosa : le krach de la tulipe fut le début du chant du cygne de leur puissance.

L'esclave en France, une fleur au Pays-Bas, et pour l’Espagne ce fut l’or, aztèque et péruvien, rapidement remplacé par l’argent des mines de Potosi, en Bolivie, et pour le Portugal ce les épices, la malaguette ou faux-poivre africain d'abord, puis le vrai poivre et autres épices d'Asie. L’Espagne connut une terrible dévaluation avec cet afflux de métaux précieux et le Portugal se ruina à vouloir assurer son monopole sur un empire mondial de comptoirs.

Oserais-je affirmer que de ces quatre pays-là, nous fûmes ceux qui générèrent le mieux, grâce à l'Absolutisme - au vrai la dictature d'un seul homme - une capacité de croissance - nous partions de plus bas - de ce sinistre commerce. Que nous fûmes le plus efficaces, voraces et acharnés à augmenter les convois, la capacité des bateaux et les bénéfices. Nous, Français, avons été un peuple témoin et rendu complice d'une certaine élite, minuscule. Jamais plus de 500 familles à son acmé, au XVIIIe s., ne participa directement au pire mouvement de déportation continu de l'Histoire, celui de la chair humaine africaine.

Les pudiques diront “et bien, nous avions le sucre” sans forcément, habiles ou grossiers négateurs, le vouloir relier à sa main d’oeuvre corvéable, à ses conditions de production. Il a été calculé que la moyenne de vie d’un esclave débarqué aux Antilles était alors de deux ans, voire moins à certaines périodes. Mais instruit par un ami africaniste, il semble que ce chiffre, entendu dans un colloque, se base sur la moyenne des survivants depuis le départ d'Afrique et que pour celui une fois débarqué sauf aux Antilles, il faille compter huit à neuf ans d'espérance de vie pour l'esclave. On se moquait donc de perdre tant de bras : il n’y avait qu’à en faire venir d’autres et non, pas un instant non, ils n'auraient songé, ces servants du moloch esclavagiste, à améliorer l’ordinaire du captif pour éviter ce quasi-génocide par un travail de forçat avec les cris, les coups et le tranchoir menaçant pour les fuyards. La loi du roi Louis s’appliquait, point. Nous disons quasi parce qu’il n’y avait pas volonté délibérée de tuer leur ‘bétail humain’ mais, ils n’eurent pas la volonté de ne pas le faire. En clair, il s’agit bien d’un génocide de facto, mais non de jure. Ce qui ne change strictement rien aux résultats et l’on se doit d'appeler un chat un chat. Et son nom est génocide par déportation et travail forcé.

On sera surpris d’apprendre que tout esclave débarqué sur le territoire métropolitain est ipso facto libre dès l'instant où franchissant la passerelle du navire marchand, il foule notre sol. Une déclaration du ministre de la Marine, Ponchartrain, le 4 octobre 1691, dit que "Les noirs amenés en France, sont libres dès leur arrivée". La même cas de figure est présent pour les Îles Britanniques où l'on connaît les Mémoires, un document rarissime, d'une ancienne esclave qui fut affranchie par ce simple voyage. Mieux encore, l'ex-esclave amené en France à le droit de refuser d'être réexpédié vers son lieu de servitude, c'est-à-dire les Antilles (le Canada n'avait quasiment aucun esclave) ! Une lettre ministérielle de 1707 stipule que "L’intention de Sa Majesté est que les Noirs qui auront été amenés dans le royaume par les habitants des îles, qui refuseront d’y retourner, ne pourront y être contraints. Mais, si de leur pleine volonté ils prennent le parti de les suivre et de se rendre avec eux aux Amériques, ils ne peuvent plus alléguer le privilège de la terre de France, auquel ils semblent avoir renoncé par leur retour volontaire dans le lieu de l’esclavage".

Alors que s'annoncent bientôt les 'Lumières' dans la pensée européenne, le Régent du royaume sous la minorité du Louis XV, Philippe, duc d'Orléans, par ses lettres patentes de 1717 et 1726 permet à un nombre plus important de ports français "de faire le commerce des nègres". L'armement de navire négrier se fait maintenant, outre Nantes, Bordeaux et Saint Malo, aussi à la Rochelle, le Havre, Lorient, Honfleur et même Marseille, pourtant d'abord la 'porte de l'Orient'. Pire, le Code Noir français se double d'un second, aggravé, édicté en 1724 pour la Louisiane. J'ai retrouvé aux Archives Départementales de Loire Atlantique un ordre de déportation en Louisiane, daté de 1726 je crois, de jeunes gens jugés asociaux et raflés dans les rues de Nantes. Des jeunes prostituées les accompagnaient. Autant dire que cette colonie, immense, elle désignait tout le bassin du Mississippi, n'a pas été 'mise en valeur' au départ par de 'tranquilles' planteurs. Ces colons forcés se montrerons plus dur avec leurs esclaves !

De nouvelles nations européennes entrent dans ce sinistre traffic : le golfe de Guinée voit s'édifier des comptoirs de traite prussien et danois, ces derniers étant plus durables, jusqu'au milieu du XIXe s., que ceux des allemands. Les intérêts mercantiles et fiscaux ont triomphé du 'bon sens chrétien', l'esclavage ayant disparu d'Europe à partir du XIIe s. sous l'action de l'Eglise et avait même été fermement condamné par saint Thomas d'Aquin au XIIIe s.. Ce seront des arguments racistes qui vont prendre l'ascendant au cours du second tiers du XVIIIe s. pour justifier l'existence de catégories inférieures 'de nature' d'Être Humain.

L’esclavage européen des ‘noirs’ à ceci d’unique que, s’il ne fut pas le plus long, celui des Musulmans, des anciens Grecs et Romains dura plus longtemps, fut le plus dévoreur d’hommes. Pourquoi ? Parce qu’il n’offrait aucune perspective un tant soi peu élevée à l’esclave même affranchi. Alors que dans l’Islam, assez tôt, d’anciens esclaves devinrent généraux, ministres et même vizir, plus tard sous les Ottomans, amiraux, gouverneurs militaires, tels ces beylerbeys d'Alger au XVIe s. presque tous 'rénégats', ex-esclaves chrétiens convertis à l'Islam. On voit même d’anciennes femmes esclaves devenir impératrice, comme la fameuse Roxane sous Soliman Le Magnifique. Rien de cela en Europe ! Au mieux les affranchis devenaient petits domestiques, portefaix, gardiens de troupeaux, colporteurs, petit marchand, et parfois artisan ou paysan. Il n'était pas rare encore, qu'enrichi par son petit négoce ou sa ferme, il ait lui-même ... des esclaves.

Parmi ceux qui étaient des mieux lotis mentionnons les affranchis de Gorée, au Sénégal, où un recensement de 1754 des familles ‘nègres’ et mulâtres libres montre que certains devinrent des utilités locales et purent même être considéré avec un certain respect par les 'blancs' et traités en petit notable. Le cas se rencontre partout autour des autres gros comptoirs de traite. Ainsi, ces deux femmes, mulâtresse, une certaine Marie-Thérèse, avait une vingtaine d’esclaves à son service et vivait dans une belle “case de maçonnerie à balustrade” et Penda Kassano, nom africain, qui a une case de maçonnerie simple et dix esclaves. Son fils, Pierre Kassano, a 19 ans et est aide-chirurgien. Deux frères nègres, Louis Kémé, apparenté à deux dynasties princières 'sénégalaises', les damel du Cayor et buur du Sallum, est un héros, blessé pour le roi, au combat contre les Anglais. Il réside dans une case de maçonnerie à un étage et trois pièces, a six esclaves et quatre enfants mais ... n’est que maçon. Son frère, Ouali – forme locale d’Ali – s’il a le même nombre d’esclaves, n’a qu’une case de paille et est cuisinier de profession. Sa fille cadette, âgée de 19 ans est l’épouse, sans doute bien secondaire, d’un roi du Cayor. Ceux-là ont de la chance : ils n’ont pas été déporté au-delà de la grande mer. Quelle bien piteuse ‘ascension sociale’ comparativement à certains captifs musulmans !

L'autre différence, de taille, avec le Dar al-Islam, est qu’une fois converti à l’Islam, un esclave ne peut plus être l’esclave d’un autre Musulman. Le propriétaire chrétien le convertissait par devoir et s’achetait juste une bonne conscience, puisque cela n’améliorait en rien son triste sort. Une exception, lumineuse, apparaît, mais elle est quasi unique, avec l'esclave Amo. Capturé par les néerlandais et offert en cadeau en 1707, enfant, à Anton Ulrich, duc de Brunswick-Wolfenbüttel, pratique typique à cette époque et geste semblant motivé par les bonnes relations que le duc entretenait avec la compagnie néerlandaise offrante. Amo est baptisé rapidement sous le nom d’Anton Wilhelm et reçoit une solide éducation. Le petit état allemand n'est pas esclavagiste, détail important, et son protecteur l’instruisit des Lettres, l'inscrivant en 1727 au Collège de Philosophie et de Sciences Humaines à l’université de Halle d'où Amo ressort licencié en droit en 1729, après un mémoire sur les droits des Noirs en Europe, intitulé 'De Jure Maurorum in Europa' (Du droit des Maures en Europe). En septembre 1730, il rejoint l’Université de Wittemberg, où il poursuit ses études en médecine. Le 17 avril 1734, il soutient sa thèse intitulée 'De Humanae mentis apatheia' (De l’Apathie de l’âme humaine). Il devient alors le premier africain ‘noir’ à être docteur en lettres et philosophie dans une université européenne. Il retourne à l'Université de Halle, où il est nommé professeur en 1736. Il y publie en 1738 son deuxième ouvrage, le 'Traité sur l'art de philosopher de manière simple et précise', dans lequel il développe une épistémologie empirique assez proche de celles de John Locke et David Hume. Cela lui vaut de recevoir, en 1740, une chaire de philosophie à l'Université d'Iéna où il enseigne jusqu’en 1747. En 1751, il s'exile à jamais, revenant en Afrique pour raisons inconnues. Il semble cependant que le contexte politique et social lui était de plus en plus défavorable : jalousie, racisme ? Il mourra vers 1753, en Côte d’Or (actuel Ghana), au fort néerlandais Saint Sébastien, où il travailla comme orfèvre. Sa tombe fut conservée et reste visible, plus de deux siècles et demi après sa mort.

Au Moyen-Âge, l'inexistence du racisme anti-noir

Les premières charges contre l'homme 'noir', depuis le triomphe du Christianisme avec Constantin, puisèrent naturellement dans l'argumentaire pseudo-religieux, dans la Genèse, chapitre 9, versets 18-29, à propos du passage sur la 'malédiction de Cham', fils de Noé, maudit par son père pour l'avoir moqué en le voyant saoul et avoir vu sa nudité (la belle affaire !). De plus la malédiction touche en fait son fils Canaan, condamné à être "l'esclave des esclaves de ses frères", ses oncles Sem et Japhet. L'affaire est limpide, il s'agit de la fausse prédiction, rétroactive puisque la Genèse n'est écrite qu'au VIIe s. avant notre ère, annonçant que les Cananéens seraient soumis aux Hébreux. Or c'est Cham qu'on retint comme devant être esclave et on en fit l'ancêtre des Africains, Maures et Noirs, alors que nulle part dans la Bible il est dit que Cham devint 'noir' pour son péché ! Cette histoire a été inventée au Ve ou VIe siècle par un chrétien syrien, 'La caverne des trésors', texte rejeté comme apocryphe par l'Eglise et qui fut très peu diffusé en Occident. D'évidence il s'agit d'une symbolique manichéenne des couleurs, le 'noir' étant la noirceur d'âme, l'abandon à ses passions et le 'blanc' la pureté, la continence. Les Pères de l’Église se disputaient sur la question de l’esclavage. Un Grégoire de Nysse, en Anatolie, très en avance sur son temps fut du reste, assez seul : il a libéré tous ses esclaves et proclamé que tout homme naît libre et que par contre, notre autorité sur nos semblables est limitée par Dieu. Saint Augustin le Nord-Africain voit lui les désordres sociaux et les guerres dans l’Empire d’Occident entamant son agonie, et postule que c’est le péché qui rend esclave, se contentant de rêver in fine aux conditions idéales de son absence. Mais il a par ailleurs cette phrase magnifique :

Par nature, l’homme n’a pas de pouvoir sur l’homme.

Saint-Augustin

Ce n’est pas une profession de foi anarchiste, mais affirmation que l’humain n’est jamais vraiment soumis, si ce n’est qu’à Dieu. Mais parole qu’on pervertira : en baptisant ses esclaves, l’Européen l’affranchissait du Démon et le ‘soumettait’ d’abord à Dieu et non vraiment à lui-même, mais le maître n’était-il pas comme Dieu et leurs nègres ses créatures obéissantes ?

Dans ces débats théologiques l’on remarquera qu’il n’est jamais question de lier le statut d'esclave à ses origines ethniques : seul comptent les actes. Faut-il rappeler qu'au Moyen Âge on connaissait des saints 'noirs' – l'un d'eux est même représenté dans une cathédrale en Allemagne – et que les croyants ont voulu que ce soit la carnation de l'un des imaginaires Rois Mages. On ne présentera pas non plus le nombre non rare de 'vierges noires', en France du Midi, en Pologne. Il n'y avait pas de racisme de 'couleur'. Au milieu du XIIe s. apparaît dans la Chronique de l’évêque allemand Otton de Freising un mystérieux Royaume du Prêtre Jean, selon un témoignage d’un chrétien nestorien de Syrie fait à un Croisé. Dès lors on rêve de prendre avec lui les Musulmans en tenaille au Proche Orient et plusieurs expéditions, Jean De Plancarpin, Guillaume de Rubroek puis Marco Polo au XIIIe s., destinées à sonder l’Empire menaçant des Mongols confirment la présence de nestoriens jusqu’en Asie Centrale et auprès de la cour du Grand Khan. Mais quand les Mongols passent à l’Islam au 1er tiers du XIVe s. et se fragmentent, il n’y a plus d’espoir d’alliance de revers. Par un coup de génie, ce royaume mythique est transporté par Jourdain de Sévérac, dans ses Mirabilia (Merveille), en Afrique ‘Noire’, plus précisément dans l’Empire d’Abyssinie où effectivement existe une chrétienté non-orthodoxe -l'Ethiopie est copte monophysite- située sur les 'arrières' de l’Islam.

Mais la route du Nil et de la Mer Rouge est barrée aux Européens. Il faudra attendre que les Portugais doublent le Cap de Bonne Espérance pour qu’après avoir contourné toute l’Afrique, Pêro de Covilha atteignent enfin, en 1490, l’Éthiopie avec une lettre “au prêtre Jean” qu’il remet au negussi nagast, le roi des rois. L’Europe catholique a ainsi fait le rêve fou durant plus de cent cinquante ans qu’un grand roi noir l’aida à reprendre Jérusalem sur les Musulmans !

Narrons une autre histoire édifiante : au début du XVe s. un certain Anselme D'Ysalguier, chevalier toulousain, serait parvenu à Gao, sur le Niger – peut-être après avoir été capturé sur les côtes du Sahara Occidental lors de l’expédition de Bethencourt, nous y reviendrons, et revendu dans l’intérieur de continent. Il y aurait vécu huit ans avant de revenir en 1413 avec une épouse 'noire' d’une beauté remarquable, connue en 1405, et un médecin maghrébin installé au Mali, Ben Ali. Il eut d’elle trois filles. Deux entrèrent au couvent et l’aînée, Marthe, fut mère d’Eustache De Faudoas qui fut fait chevalier et que ses sujets appelèrent le Maurou en raison de son teint très foncé. Cette histoire n'a été rapportée qu'au XVIIe s. et formerait le résumé d'un récit à présent perdu, qui aurait même inclus un glossaire franco-songhaï. Il est rejeté par une large majorité d’historiens comme un récit 'colonial' pour justifier l'antériorité de la France en Afrique face aux Anglais. Je ne le pense pas, en raison de l'onomastique de son épouse 'noire', la graphie déformée de son nom Salulasaïs se rend assez aisément en Salou Casaïs, qui correspond à la langue songhaï pratiquée dans le pays. Ancien généalogiste, je sais que les noms 'exotiques' forgés aux Moyen-Âge et jusqu'au XVIIe siècle ne tiennent jamais la route, on les repère aux premiers coups d'oeil !

Par contre, en droit Canon, depuis les Pères de l'Eglise tel que Saint Augustin, il y avait un racisme envers les autres religions. D’abord envers les Juifs dès le IVe s. avec le terrible Jean Chrysostome et en 428/29 avec l'assez ambiguë Adversus Judaeus (Contre les Juifs) de saint Augustin, qui attendit la fin de sa vie pour se prononcer : il faut les attirer à la foi, mais avec charité, et ne pas les tuer car ils sont les témoins vivants de leur déicide. Il reprend cet argument terrible prêté dans les Actes des Apôtres à un Saint Paul par trop anti-juif pour être crédible. Après la prédication de Mahomet/Muhammad, et suite à des travaux visant à réfuter le Coran, dû à des exégètes byzantins aux VIII-IXe s., nait le 'racisme' envers les Musulmans, considérés parfois 'païens' pur et simple et plus encore comme de dangereux 'hérétiques'. Mais il n'était pas question qu'il faille les réduire en esclavage mais bien plutôt les convertir, comme les Juifs, et s'il le faut par l'épée, afin de faire revenir de ce qu'ils appelaient leurs 'erreurs monstrueuses' sur le Christ.

On reconnaissait une parenté entre les monothéismes et on leur fut, un peu pour certains perspicace vivant parmi eux, en Syrie, gréé d’admettre au moins Jésus a minima. En cas de refus de conversion, tuer était licite. Mais la puissance assez maintenue, même après l'éclatement du grand Khalifat, des royaumes musulmans et l'échec final des entreprises croisées fin XIIIe s. imposa une espèce de respect là où ils étaient chez eux : Italiens, Provençaux, Catalans firent commerce avec les états musulmans, du Maroc à l’Égypte, où ils purent habiter dans des quartiers réservés aux chrétiens étrangers, le fundunk, y construire même leurs églises, mais avec interdiction absolue, sauf autorisation du souverain, d'en sortir. Tel ne fut pas le sort des musulmans passés sous domination chrétienne. On sait qu'au XIVe s. leur situation se dégrada juridiquement de beaucoup devinrent des serfs, de quasi-esclaves et on encourageait leur conversion et leur départ : ainsi disparurent les musulmans des îles Baléares et de Sicile, ce qui contribua au déclin de ces îles.

C'est donc surtout vers ses propres hérétiques que l'Eglise fut la plus féroce, codifiant avec un soin maniaque toutes les pratiques déviantes et créant le tribunal de la Très Sainte Inquisition au XIIIe s.. Les papes proclamèrent licite de tuer les Cathares du Languedoc, licite de tuer les Vaudois des Alpes, licite de tuer les Bogomiles de Bosnie. Pour les derniers païens d’Europe – à part les Sames de Laponie, je ne les ai pas étudié – les Baltes, une croisade des chevaliers Teutoniques n’eut pas besoin de se faire prier d’opérer un nettoyage ethnique !

Au XVe siècle, naissance de l'esclavage des 'Noirs'

Nous avions vu dans le 1er chapitre, l'Epoque Classique, qu'un esclave arrivant en métropole ne pouvait plus l'être et que l'esclavage avait totalement 'disparu du paysage' européen au Moyen Âge. Les deux faits sont parfaitement liés : JAMAIS le territoire français ne permit plus qu'un esclave en droit y vécu. Un édit du roi Louis X consacre, le 3 juillet 1315, la disparition de l'esclavage : "Le sol de France affranchit l'esclave qui le touche". Les cérémonies lors des commémorations de son abolition à Nantes, avec des captifs enchaînés, fouettés, en pleurs et chantant, sont une reconstitution transportée en France de la réalité au terminus du voyage vers la servitude : Antilles, Nouvelle Orléans ou Guyane. Nul ne l'ignore parmi les participants à cette marche et il s'agit de donner à voir ce qui était caché, et impossible légalement dans nos ports, une réalité occultée de nos manuels scolaires et par les politiques, jusque dans les années 1980 avec le 1er colloque international sur l'esclavage organisé à l'Université de Nantes, en faculté des Sciences Humaines, par Serge Daget, grand spécialiste de la traite clandestine. Michel Chauty, maire RPR de Nantes, un parti de notables (devenu UMP, puis Les Républicains), plus doué pour la pèche à la ligne que la pensée complexe, refusa le moindre centime de subvention. Ce fut à son initiateur, avec le concours actif de ses étudiants, de bosser bénévolement et d'en assurer la tenue ! Le lieu du colloque s'imposait : 42 % des 'noirs' déportés au XVIIIe s. par la France le furent par des Nantais !!

Les choses vont, lentement, changer avec les 1ères expéditions d'aventuriers sur les côtes africaines. Intéressons-nous au normand Jean De Béthencourt qui, en 1402, 'redécouvrit’ les Canaries, les îles Fortunées des Romains qu'avait ‘découvert’ une expédition financée par roi berbère gréco-romanisé Juba II, vers 20 av. notre ère. Elles étaient peuplées de Guanches, des berbérophones vivant en chefferies et ne connaissant pas les métaux. Béthencourt cherchait de l'or, et n'en trouvant pas et voulant se dédommager, fit des captifs chez les musulmans mauritaniens afin de les échanger contre de la bonne marchandise. Ces captifs ne furent nullement des esclaves, mais monnaie d'échange. Un nouveau vent commençait à poindre, encore qu'une brise. Le pape Eugène IV l'a senti en 1435 quand, rappelant leur devoir aux Chrétiens, il punit d'excommunication quiconque pratiquerait l'esclavagisme. Les descendants de Béthencourt vendirent aux Castillans les trois îles que les Normands avaient conquises. Les espagnols parachevèrent la soumission de l’ensemble de l’archipel en 1497, pourchassant comme du bétail les derniers résistants ! On verra que l’Église, entre temps, a changé de position à cent quatre-vingt degrés.

Mais il n'est pas encore question de captifs 'noirs'. Mais l'idée de commercer des captifs apparaît en 1441 avec le portugais Antao Gonçalvès, officier du prince Henri le Navigateur, qui ne navigua quasiment pas mais finança sans relâche les expéditions africaines. Leur but était de trouver les sources de l'or que se procuraient les musulmans arabo-berbères de la dynastie maghrébine des Almohades qui régnait aussi en Al-Andalous (l'Espagne musulmane). Eux-même n’y avaient aucun accès direct, interdit, c’était un monopole étatique de l’Empereur du Mali – à cette époque règne la dynastie Keita, depuis le XIIIe s.. – qui tient secrète la localisation des mines, d’autant qu’elles sont à la lisière de ses États, formant une sorte de ‘Far South’ où des semi-libres, des travailleurs responsables sur leur tête devant l’État malien et les chefferies locales dépendantes, récoltaient l’or à faible profondeur et même en surface. Il en arriva tant que la monnaie d'or fut réintroduite en Europe Occidentale après sa disparition au VIIIe s., avec les frappes du genovino à Gênes et du florin à Florence depuis 1252, et trente ans plus tard, du ducat par Venise. Gonçalvès captura quelques pêcheurs berbères Mauritaniens et les ramena au Portugal. Détail très intéressant, le prince lui ordonna de les ramener chez eux, ce qu'il fit lors d'une seconde expédition, en 1445, obtenant en échange de leur libération un peu de poudre d'or et neuf captifs noirs. Les portugais s'allièrent alors à des marchands d'esclaves musulmans et les prises se multiplièrent tant qu'on créa une compagnie spéciale. Au début, ils n'étaient pas esclaves au Portugal, mais employés comme domestiques, afin de remplacer les captifs 'blancs', les fameux Circassiens du Caucase, vendus pour l’essentiel par des marchands génois, et dont l'essor de l'Empire Ottoman avait coupé les sources d'approvisionnement au milieu du XVe s..

En 1455, le vénitien Cadamosto, travaillant pour le compte du prince Henri obtint de la cité maure d'Arguin, située sur une île au large de l'actuel Sahara Occidental annexé par le Maroc, un monopole commercial de dix ans au bénéfice des seuls portugais. Ceux-ci proposaient maints articles de valeur, mais les Maures étaient souvent affamés et préféraient entre tout le froment. En échange, il livrèrent 800 à 1000 esclaves 'noirs' par an, venu du marché touarègue de Ouadane, située à quelques centaines de kilomètres à l'intérieur des terre, en Mauritanie actuelle. Les volumes restent faibles car la région est peu peuplée. Tout change lorsqu'ils parviennent au Sénégal actuel peu après et ouvrent un comptoir sur l'île de Gorée. L'approvisionnement se fait cette fois à la source et les royaumes Wolofs ont de l'or, étant plus proches des zones d'exploitation, situées au sud du Mali, dans le Bambouk, et au nord de la Guinée. Toutefois l'empire Keita du Mali étant alors en processus avancé de décomposition, c'est bien le 'bois d'ébène', comme diront plus tard les français pour employer cette métaphore hypocrite, qui emportera les faveurs des négociants en Afrique.

À ce moment-là l'Église, faisant volte face, légalisa l'esclavage. Le pape Nicolas V, qui voulu plaire au roi du Portugal, Afonso V, dans sa bulle du 8 janvier 1454 accorda l'autorisation de priver de liberté "tout Maure et autre ennemi du Christ". Mais par cette formulation vague le souverain pontife escomptait que le captif fut baptisé catholique et ainsi propager sa religion. Croyait-il qu'une fois convertis, comme avec l'Islam, l'esclave serait libéré ? L'Église admettait depuis Augustin le jus gladio des anciens Romains contre les païens, le droit de l'épée, celui de tuer, enchaîner et emmener en captivité toute personne ou groupe humains déclaré par le Sénat, puis dans les faits par l'Empereur, 'ennemi de Rome'. Il a suffit de remplacer cette vieille notion par 'ennemi du Christ' et le tour était joué. Pourtant, ce n'était pas chose à faire admettre d'user envers les musulmans, sauf on l'a vu ceux victimes des reconquistas aragonaise, castillane et portugaise.

Les autres restaient nos voisins méridionaux et orientaux avec qui nous commercions dans un commun profit. Les attaques des Normands puis de la dynastie Anjou de Sicile contre la Tunisie aux XIII-XIVe s., puis celles contre le Maroc aux XVe s. furent brèves et n'obtinrent que des points d'appuis qui furent fortifiés, mais tous perdus, fors Ceuta et Melilla, passés à l'Espagne en 1580. Quant aux Juifs, protégés souvent par les évêques qui leur assignait, depuis le XIIIe s., un quartier précis, le guetto, d’après le nom d’une île de la lagune de Venise, où fut créé le 1er, ils furent peu à peu expulsés, tour à tour de France par Philippe le Bel - après que 'Saint' Louis alias Louis IX leur eut imposé le port d'un signe distinctif, une rouelle jaune, déjà, et une sorte de bizarre couvre-chef pointu - et de Grande Bretagne au XIVe s., du Portugal et d'Espagne au XVe s.. Certains iront en terres slaves, d'autres aux Pays-Bas, dans les Etats du Pape (Comtat Venaissin), beaucoup au Maghreb.

C'est donc contre les seuls Musulmans au sud du Maroc, puis ensuite assez exclusivement contre les ‘païens’, une fois dépassé la limite méridionale de l’Islam, que va très vite s'exercer l'esclavage. L'infériorité des 'païens' tient, par ordre de gravité, selon ce qu'en disait les autorités chrétiennes, d'abord dans leur ignorance de l'existence du Christ, de toutes les Saintes Écritures, dans l'absence d'écriture, établissant là une hiérarchie que connaissant l'Islam entre 'gens du livre', tolérés, et ceux n'en ayant pas, voués à l'épée. Lorsque furent découvert les Guanches des Canaries on les minora plus encore pour absence d'État au sens européen du terme et de toute administration. Ils formaient pourtant des chefferies avec un 'roi' au pouvoir tempéré par des conseils et les femmes. Pire encore était leur polythéisme et leur polygamie (comme les musulmans notait-on insidieusement chez les espagnols aux Amériques, qui voulurent d'abord considérer les Amérindiens comme des espèces de Maures), puis leur union libre, insigne preuve de 'concupiscence' et leur 'impudicité' à cause de leur vêtements, les femmes aux seins nus seront légions chez maints peuples qu'ils découvriront, mais passons. Enfin, on reprocha aux Guanches leur pratiques homosexuelles sans nulle honte (il en sera de même avec les Amérindiens). Là ça ne passe plus : après les Juifs, les Maures et les sorcières, ce sont les ‘sodomites’ que brûla le plus l’Inquisition espagnole.

Ces arguments pour les réduire en servitude servirent ensuite contre les Amérindiens et auquel s'ajoutera, après la découverte au Brésil, celui du cannibalisme au XVIe s., horreur suprême et démoniaque ! L’ethno-antropologie moderne explique que ce fut avant tout une pratique cultuelle discontinue et d'usage très codifié. Par amnésie raciste, c'est au 'noir' africain que sera ensuite associé, préférentiellement à tout autre, la pratique du cannibalisme, même si les Papous ‘noirs’, ‘découverts’ au XVIIIe s. et qui n’ont rien à voir, ont pu influencer ce topos, puisque eux aussi, anthropaphages. Notez que notre onomatopée miam miam provient de Niam Niam, nom qu'on donna souvent en Europe aux XIXe s. jusqu’au début du XXe s. au territoire du peuple Zande, du nom Azandé signifiant ‘peuple qui a beaucoup de terre’. Il serait un sobriquet d’un peuple voisin, les Dinka, signifiant ‘gros mangeurs’, censé se rapporter à une propension au cannibalisme. Pourtant, en trente années d'étude de l'Afrique je n'ai trouvé qu'un seul autre exemple de cannibalisme rituel, et celui-là avéré, chez les Jaga, un royaume situé à l'intérieur des terres angolaises, au XVIIe s.. Tous les autres cas d’anthropophagie attestés, comme en Europe, comme en terres d'Islam, ne semblent ne devoir être qu'une pratique de survie, brève, des temps de famine.

Un aparté

Partagés entre les Belges du Congo, les Britannique du Soudan Anglo-Égytiens et les Français de Centrafrique, comme les Kurdes après les accords secrets Sykes-Picot, le grand peuple Zandé connu une brutale baisse de fécondité dans une sorte de suicide collectif, une façon de dire aux ‘blancs’ : ‘vous avez détruits les fers sacrés, le culte de nos ancêtres. Ne pouvant plus les honorer, nous les rejoignons afin qu’ils nous pardonnent’. Pour ceux qui ont lu Black Athéna, dont je ne partage pas toutes les analyses, signalons que les Zandé avaient de grandes harpes, encore aux années 1880, et que cet instrument existait dans l’Égypte pharaonique, au moins depuis le Nouvel Empire, et qu’il apparaît à Ur.

L’origine religieuse du racisme 'biologique'

Retenons donc la force de l'argumentaire du 'paganisme', vite associé à tout un ensemble de pratique jugées 'démoniaques' - et donc qu'on doit réduire par la force en tentant de moins en moins la persuasion - et de la 'propagation de la foi' furent les grandes justifications des entreprises de conquête et d'asservissement tant aux Amériques qu’en Afrique sub-saharienne. Ils furent utilisés par les Portugais et les Espagnols à partir de la seconde moitié du XVe s.. Mais les deux royaumes hispaniques introduisirent une innovation porteuse de grands malheurs jusqu’à encore aujourd’hui, avec l’achèvement de la ‘Reconquista’ – prétendu mouvement continu de reconquête des territoires musulmans de la Péninsule Hispanique – en promulguant de concert fin XVe s. une loi pour la préservation de la “pureté du sang”, limpienza de sangre espagnole, limpeza de sangue portugaise.

Il ne s'agit pas encore de séparer des 'races' mais de préserver le chrétien de tout métissage avec les Juifs et les Musulmans, mais aussi leurs descendants, dans la péninsule. Au nom de celles-ci on interdit au XVIe s. l’Amérique espagnole aux Gitans ... parce qu’ils n’avaient pas de logis fixe et pouvait difficilement être contrôlés et, argument mortel, parce que leurs femmes étaient réputées 'sorcières'. Si le métissage était impossible à enrayer avec les Amérindiens, vu le peu de femmes hispaniques émigrants en Amérique Latine – au Mexique, au Brésil, au Paraguay, il fut massif – cela se traduisit avec le temps par un code cette fois-ci clairement raciste dans les colonies américaines, manifestant une phobie du métissage avec l'Indiano, le Negro, phobie renouvelée au XIXe s. après les Indépendances. On alla jusqu’à créer au moins une trentaine de catégories de ‘sang-mêlés’, preuves qu’ils existaient donc, le plus connu étant mulâtre (né de blanc et noir), quarteron (né de blanc avec un grand-parent noir) etc..

Les Etats-Unis d'Amérique prirent les mêmes affligeantes dispositions dans ses États du sud. Il est notoire que la présence de nombreux esclaves ‘noirs’ a renforcé cette tendance à l'apartheid et au rejet du métissage par les élites 'blanches' post-indépendance, même si un des libertadores, Simon Bolivar, avaient (un peu) de sang amérindien ou noir ...

Du 'Noir' damné et bien meuble au 'Noir' enfant mineur perpétuel : Sécularisation de l'esclavage

Après ces lois anti-métissage, la prochaine justification de l'esclavage des noirs apparaît chez les protestants des milieux d'affaires néerlandais qui reprirent l'exhumation de la fable syriaque d'un Cham 'noir' et voué à la servitude. Cette forfaiture est l'oeuvre d'un intellectuel, Georg Horn, qui proposa à l'université de Leyde, en 1666, une 'classification des races' selon la Genèse, en se basant sur la descendance de Noé. Or, un juge de Boston, alors colonie britannique, en bon connaisseur de la Bible, ne se priva pas en 1700 de dénoncer l'imposture : la Bible dit expressément que Koush est l'ancêtre des 'noirs' et non Canaan fils de Cham !

Entre temps, la France n'avait connu sa première expédition négrière qu'en 1594, peu avant la fin de ses Guerres de Religion. Louis XIII autorisera la déportation de noirs dans les colonies en 1626 puis, en 1642 la traite des êtres humains proprement dit. On a vu qu'elle s'est surpassée ensuite. Au siècle suivant une vingtaine de familles d'esclavagistes seulement arme à elle seule un quart de la flotte négrière, à son maximum, 2800 navires mouillant dans 17 ports.

Ce qui mettait en fureur les pires intégristes catholiques étaient les questions de sexe. C'était de s'apercevoir qu'en matière de moeurs, les Amérindiens, à part le tabou universel de l'inceste - sauf pour la question des parents rapportés - ne partageaient pas leur névrose obsessionnelle. Une expression qui revient souvent est qu'ils n'éprouvent aucune honte, comme s'ils ignoraient le Péché Originel qui fit recouvrir leur nudité par Adam et Eve une fois chassés du Jardin (Paradeisos, en grec ancien) d'Eden. De là vient l'idée que les Amérindiens ne sont peut-être pas de la descendance d'Adam et donc sans âme, puisque Dieu à créé simultanément Adam et l'âme en lui, dont ont hérité sa descendance. Par conséquent, ils seraient une autre espèce d'Homme, damnée de naissance et seul le baptême les sauvera ! La controverse de Valladolid, en 1550-51, initiée par un Charles Quint vieillissant et tourmenté par ses péchés (il a fait enfermer à vie sa mère, qualifiée de 'folle', il a reçu des rapports sur les massacres des 'Indiens' et leur esclavage), absout les Amérindiens et leur rend une âme.

On a vu qu'à partir du XVIIe s. on va resservir la damnation de naissance pour les 'Noirs' et inspiré par une certaine vision des Amériques, le prétexte que vivant à 'l'état de nature', le nègre est un grand enfant, qu'il faut donc lui inculquer la notion de péché ... Le paradoxe est qu'au XVIIIe s ces arguments pseudo-moraux (état de nature, grands enfants) reviennent en force comme pour couvrir la montée en horreur de la Traite, devenue systémique.

Ainsi la mode est à plus (d'apparente) douceur, à la Paix et l'on peint de charmants tableaux champêtres, lumineux, où parfois paraît un 'petit nègre' au service de dames et messieurs s'amusant en plein air. Il est vrai que Louis XV n'est pas un belliciste et moins encore un impérialiste. La figure du serviteur 'noir' s'impose en peinture, le plus souvent des garçons et à peine pubère - on ne veut pas sexualiser le 'Noir', réduit à cette figure juvénile imparfaite - et quasi toujours placé en retrait, pas au même plan que les personnages 'blancs' : ce serait reconnaître une égalité de nature ! C'est aussi l'époque de l'introduction du chocolat (xocoatl en maya), tiré des cabosses de cacao d'Amérique Centrale et que l'on buvait mêlé à de l'eau pour diminuer l'amertume et qui, croyait-on, avait des vertus aphrodisiaques. En fait, il stimule le 'circuit' dit 'de la récompense'. Oui vous me suivez : le chocolat a été associé à l'Homme 'noir' et à un fantasme érotique né d'une prétendue vertu de ce breuvage. C'est l'origine lointaine du tirailleur rieur sénégalais du chocolat en poudre Banania.

Le lobby esclavagiste présenta alors les propriétaires de plantation comme des 'pères' éduquant des enfants perpétuels. C'était reconnaître donc qu'ils étaient doués de Raison, puisque éducable et qu'un idiot supposé ne saurait être du bétail, ce qu'en droit étaient devenus les subsahariens. Cette 'éducation' de l'esclave (on lui donne les rudiments de la Vraie Religion) n'était en fait qu'un dressage – coups de poing, coups de pied dans le ventre, coups de bâton, coups de fouet, mutilation des oreilles, d’une main, d’un pied, tranchage des jarrets, marquage au fer rouge, suspension en l’air par les pieds, port d’un carcan de métal autour de la tête, port de chaînes, viol par le maître ou un de ses agents, immobilisation forcée, enfermement, privation de nourriture – un dressage par la violence continue, perpétuelle, diffuse, imprévisible ...

Un 'bon maître' est celui qui est obéi sans discussion de ses esclaves, craint par leur imprégnation précoce de l'idée de châtiment immédiat. Un 'mauvais maître' est haï de ses esclaves et s'expose à une révolte, et à jeter le trouble dans les affaires de la Colonie et donc, à nuire au Commerce et à saper la confiance des 'investisseurs' (spéculateurs) envers les entreprises lucratives reposant sur une main d'oeuvre gratuite et servile, à vie. En gros un esclave 'parfait' est celui qui intériorise l'idée de sa soumission comme 'naturelle' dès son enfance et dira ‘oui’ à tout ... à condition que ce ‘tout’ ne franchisse pas certaines limites, ce que font, évidemment, ceux que la rumeur publique des colonies esclavagistes qualifiait de ‘mauvais maîtres’.

Ceci n'est pas sans rappeler la notion initiée par Guy Debord et d’autres au XXe s. de servitude volontaire et dont semble se servir aujourd'hui le ‘fascisme de Marché’ en incitant les salariés à accepter des régressions sociales, à se soulager que le châtiment du licenciement soit pour un autre, heureux que son nom n’ait pas été inscrit dans la dernière charrette de congédiés.

A suivre, partie 2 : Du 'Noir'-enfant perpétuel au 'Noir' homme-singe : Les "Lumières" dévoyées par le scientisme ou le 'Noir' sujet d'étude préparant le colonialisme

Compléments

Combattre le négationnisme

Pointe-à-Pitre, le 17 Avril 2015 – Racines-AI-FKNG !-LKP

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Ludovic Bramoullé 18/10/2015 06:35

https://www.youtube.com/watch?v=Vm8M8_o9NJ0

Ludovic Bramoullé 18/10/2015 06:15

but don't forget dessalines's complex

Ludovic Bramoullé 18/10/2015 05:49

pour Haiti, tu peux faire tourner ton idée au président de la FEMIS

http://www.telerama.fr/cinema/les-sirenes-de-la-femis,56116.php

Thierry Kruger 06/09/2015 17:54

Merci de votre intérêt lecteurs / trices de Citizen. C'était la première fois que j'écrivais un article de fond sur l'esclavage, en choisissant l'idéologie, les lois, les justifications et une étude de l'évolution de l'image de l'Être Humain 'noir' en 'Occident'. J'ai bossé comme un fou cette nuit et jusqu'en début d'aprèm' sur l'article, pour mieux lier les parties et, donner les moments fondant l''horreur juridique' de la traite des Hommes >> cet ESSAI a été AUGMENTé le 5 sept., mis en ligne à 17h30. Bonne Lecture !