"Le réveil d'Hector", un vaisseau vertigineux

Publié le par CitiZen Nantes

Le réveil d'Hector, un film de Franck Jouneau. Scénario et dialogues de Guy Autret et Franck Jouneau, d'après le roman éponyme de Franck Jouneau. 2014 (2h05mn)

Première du film mercredi 18 mars à 19h30 à l'Ecole d'architecture de Nantes (Quai François Mitterrand)

"Le réveil d'Hector", un vaisseau vertigineux

"Le réveil d'Hector"

Vu par Pier Mayer-Dantec. 13/03/2014

Voilà. C'était il y a deux jours, et après une brève présentation par Franck Jouneau, nous avons tous été plongés dans la semi-pénombre, et l'attente de ce qui s'annonçait comme un événement. J'avais déjà beaucoup écrit sur le film, le pressentant d'après les trois bande-annonce, les précédents travaux de Franck et Guy Autret, et, bien sûr, le fait d'y avoir joué et vu jouer. J'en attendais cette atmosphère que déjà j'avais tant désirée. Je craignais aussi un peu, pour tout dire, tant je savais le nombre d'obstacles qu'il avait fallu passer.

Eh bien le film m'a comblé, et dépasse même mes espérances. Cette mise en scène vivante, souple autant que dynamique, ces cadrages qui ne laissent pas la moindre place à l'esprit pour s'endormir, parce qu'ils étaient déjà pensés dans le script, et que Antonio Carola les a traduits avec un talent idéal. Ces gros plans de visages inquiets, ou discrètement inquiétants, relayés par des plans d'ensemble où se lit menace ou lassitude, enfin ce scénario déjà si nourri qui prenait corps avec tant de vérité, tout cela m'a emporté, comme les autres spectateurs que je sentais tendus vers l'écran. La musique vient ouvrir son éventail, tantôt enrobante jusqu'à l'envoûtement, tantôt griffant les nerfs quand la situation l'exige, et soutient l'action en une symbiose de merveille.

Alors vraiment c'est une réussite, le film et son accueil. Ceux qui viendront le 18 en trouveront pour leur désir, tant le film brasse richement des idées qu'il anime et met en scène avec brio. A notre travail d'acteurs d'une semaine, Franck, ceux qui l'ont aidé pour les effets spéciaux, et James Wood ont ajouté des mois intenses afin de nous livrer ce film qui est effectivement un véritable voyage mental, moral et sensitif, et ce jusqu'au vertige.

Bref, ce film est un prodige, un événement, un exemple, qui a d'ailleurs étourdi plus d'un spectateur : comment peut-on réaliser une telle œuvre, avec si peu de moyens, une semaine de tournage, une équipe bénévole ? Sans doute faut-il la somme de talents conjugués, et unis pas la passion, et le désir de servir un cinéaste auteur. Et quel auteur !

Déjà à la relecture du scénario, j'étais pris d'une sorte de fièvre, mais une fièvre fraîche, des frissons d'excitation. Le film les porte jusqu'au vertige, car il faut dire que sa construction laisse à chacun une interprétation ouverte, que les plus passionnés pourront brasser et rebrasser. Pour ma part, je vois comme je l'avais pressenti un jeu de poupées russes, et une mise en abyme, absolument prodigieuse comme une vertige horizontal. Ou comme s'il me fallait désormais tourner autour d'un invisible cercle...

Toutes les questions morales, philosophiques, métaphysiques et sociales qui préoccupent Franck Jouneau et son compère Guy Autret trouvent ici une incarnation onirique, et quelque chose de spectral vient nimber le film.

Un film qui nous ouvre un tiroir, et plus loin en ouvre un autre, sans refermer le premier. Et ainsi il avance, fort de son pouvoir et de sa richesse. Et il nous emporte, savamment, en légèreté, en intelligence en somme.

Je m'interdis d'en dire plus, je rajouterai juste ceci, à propos de Philippe Le Louarn : voilà un comédien qui prend l’œil du spectateur et ne le lâche plus. Maxime Nilaspuri trouve ici une incarnation superbe, une voix idéale y compris en vieillard prêt à quitter le vieux monde. Un acteur qui mérite son premier rôle, et que l'on suit avec ardeur dans son aventure étrange, qui le malaxe et le travaille, le triture et lui sape la vie.

A tous ceux qui ne se sont pas déplacés, je recommande hautement ce film, qui mérite de faire date. A ceux qui étaient là, liberté de revenir, ce que je ferai sans faute et avec impatience, tant je suis sûr d'y trouver des perles qui m’avaient échappé, et tant j'ai envie de suivre encore cette histoire insolite et qui palpite, comme un cœur qu'on a dérangé.

Pier Mayer-Dantec

Compléments

Synopsis

Après l’alerte dans le vaisseau SpiraleIV et la rencontre Avec Hector, le lieutenant Nilaspuri se réveille lors de son procès: il est accusé d’avoir saboté la mission du vaisseau Spirale IV et d’avoir attenté à la vie de l’équipage.
Jugé coupable, le verdict lui rend sa liberté et le maintient dans ses droits. Protestant en vain de sa complète innocence, il se verra offrir pourtant une double façon de la recouvrer. Il choisira, par amour, celle qui le conduira à l’acceptation d’une fin tragique.
“Né” coupable, il devra accepter le tragique de la condition humaine. Cette évidence de simple sagesse amène pourtant à une conclusion valable pour toute conscience: il n’est guère nécessaire d’être humain pour se poser et devoir. résoudre cette question.

Synopsis

Bande annonce (3)

Extraits du making off réalisé par Orlanda Ribeiro.

Bande annonce (2)
Bande annonce (1)

09/03/2015 - Franck Jouneau signe un nouveau film de science-fiction (Presse Océan)

« C’est une longue histoire qui démarre en 1994 avec l’envie d’adapter mon premier roman. A plusieurs reprises, j’ai essayé de trouver un financement en vain. Aujourd’hui, après avoir réalisé des films sans aucun financement, j’ai eu envie de relancer « Le réveil d’Hector » avec un procédé de tournage qui permet que le projet soit réalisable sur une semaine avec une équipe réduite. En dix ans j’ai réalisé trois longs métrages, cinq moyens et un documentaire.

Extrait de l'interview dans Presse-Océan

Publié dans Cinéma

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